À Hugues de Salins, le 22 février 1667
Note [19]

« au large Cadix, il y a d’autres mers, mais aussi des ténèbres plus que cimmériennes. »

Ultra Gades nil [Il n’y a rien au large de Cadix] était une devise inscrite sur les colonnes d’Hercule (falaises de Gibraltar).

Érasme (adage no 2424, Ad Herculis columnas [Aux colonnes d’Hercule]) :

Sic enim vulgo dici solere : Τα περα Γαδειρων ου περατα, id est Quæ ultra Gades, inaccessa. Quo significant ultra columnas Herculis non esse, quo progrediare. Columnas has Hercules ibi fixisse dicitur, cum boves vestigaret Geryonis, tamquam illic esset suprema orbis meta.

[On disait ainsi communément : « Les terres au large de Cadix sont inaccessibles »  voulant exprimer par là qu’au delà des colonnes d’Hercule, il n’y avait nulle part où aller. {a} On dit qu’Hercule a dressé là ces colonnes alors qu’il traquait les bœufs de Géryon comme si ce point était l’extrémité du monde]. {b}


  1. Sauf en longeant les côtes européennes ou africaines.

  2. Après la découverte de l’Amérique, on remplaça Ultra Gades nil par Plus ultra [Il y a plus au large], « Plus oultre » en vieux français. Charles Quint (v. note [32], lettre 345) prit ces deux mots pour devise.

    V. note [58] du Patiniana I‑2 pour un emploi concret de cet adage à la gloire de Francis Drake en 1580 (soit 44 ans après la mort d’Érasme).


Les Cimmériens étaient dans l’Antiquité un peuple scythe habitant les rives du Bosphore de la mer d’Azov (Palus Meotis) ; c’est aujourd’hui le détroit de Kertch (ou d’Iénikalé, v. note [2], lettre latine 475) au nord de la mer Noire, près de la Crimée, où se jette le Don, ancien Tanaïs (v. note [20], lettre 197). Les ténèbres cimmériennes étaient proverbiales chez les Grecs, par allusion à la nuit perpétuelle à laquelle la légende condamnait les Cimmériens. Cimmeriæ tenebræ est un autre adage d’Érasme (no 1534) :

Multam obscuritatem aut animi caliginem Cimmerias tenebras appellant.

[On appelle ténèbres cimmériennes une obscurité profonde ou la noirceur de l’âme].

V. note [2], lettre latine 475, pour un commentaire complémentaire sur ces références géographiques anciennes de Patin et d’Érasme.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 22 février 1667. Note 19

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(Consulté le 07.05.2021)

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