À Charles Spon, le 26 février 1658
Note [2]

« Allons voir l’erreur populaire ». Guy Patin a tiré sa parenthèse des cinq livres de Juan Luis Vives de Veritate fidei christianæ [sur la Vérité de la foi chrétienne], {a} fustigeant deux ancêtres du « libertinage érudit » {b} (livre ii, page 264‑265) :

Angelus Politianus totam sacram lectionem aspernabatur. Domitius Calderinus ne missam quidem volebat audire, et quum ab amicis eo duceretur, dixisse fertur, Eamus ad communem errore. Sciamus quæ tandem erant occupationes istorum, præ quibus sordebant eis sacra et pietas : nam maximas et præclarissimas fuisse oportet. Domitius erat occupatus in exponenda Priapeia Vergilii, seu Ovidii potius : quid potest dici fœdius, ac detestabilius ? Politianus quærebat, decendum ne esset Carthaginensis an Carthaginiensis, scribendum primus an preimus, Vergilius an Virgilius : et de hisce nugis instruebat centurias, quibus ordinandis defessus, transferebat se ad componendum festivum aliquod epigrammation de mascula Venere græcum, ut haberet plus Veneris, et latini non intelligerent. O hominum curas, propter quas merito pietatem vel contemnerent, vel negligerent.

[Angelus Politianus {c} répugnait à toute lecture sacrée. Domitius Calderinus {d} ne voulait pas même entendre la messe, et quand des amis l’y menaient, il leur répondait, dit-on : « Allons voir l’erreur populaire ». Sachons donc à quoi s’occupaient ces gens, qui n’accordaient de valeur ni aux rites sacrés ni à la piété, car il devait s’agir de bien grandes et brillantes affaires : Domitius travaillait à commenter les Priapées de Virgile, ou plutôt d’Ovide, {e} et que peut-on juger plus ignominieux et détestable ? Politianus cherchait à savoir s’il valait mieux dire Carthaginensis ou Carthaginiensis, et écrire primus ou preimus, Vergilius ou Virgilius, {f} et il composait des centuries sur ces sornettes ; puis lassé d’y mettre bon ordre, il se mit à composer quelque divertissante épigramme grecque sur les amours masculines, prétendant qu’elles procuraient plus de plaisir, mais que les Latins ne l’avaient pas compris. Voilà bien les préoccupations d’hommes qui les mènent tout droit à mépriser ou à négliger la piété !]


  1. Bâle, 1544, v. note [14], lettre 409.

  2. V. note [9], lettre 60.

  3. Ange Politien, v. note [7], lettre 855.

  4. L’humaniste italien Domizio Calderino (Torri, près de Calderio vers 1447-Rome 1478) avait fait de si rapides progrès qu’en 1471 le pape Paul ii le nomma professeur de belles-lettres à Rome. Sixte iv l’appela aux fonctions de secrétaire apostolique. Après un voyage qu’il fit en Avignon, Calderino mourut à Rome de la peste ou, selon quelques-uns, par suite d’excès de travail. L’Académie de Rome lui fit de pompeuses funérailles. On a de lui plusieurs bonnes éditions d’auteurs latins anciens, avec des commentaires, et une édition de la Géographie de Ptolémée (Rome, 1478, in‑fo), remarquable surtout en ce qu’elle contient les premières cartes gravées sur cuivre (G.D.U. xixe s.).

  5. V. note [20], lettre 345, pour cette anthologie latine d’érudition licencieuse, imprimée pour la première fois à Venise en 1517.

  6. Subtilités philologiques sur la meilleure forme des mots « Carthaginois », « premier » et « Virgile ».

Bayle sur Calderinus cite le propos rapporté par Vivès, et ajoute :

« De là vint que Politien le régala de cette épigramme :

Audit Marsilius Missam : missam facis illam
Tu, Domiti, magis est religiosus uter ;
Quis dubitet ? tanto es tu religiosior illo,
Quanto audire minus est bona quam facere
. » {a}


  1. « Marsilius écoute la messe : toi, Domizio, tu la dis, tu es le plus religieux des deux ; qui en douterait ? Tu es plus religieux que lui car écouter les bonnes choses est moins bien que les faire. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 26 février 1658. Note 2

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(Consulté le 29.09.2022)

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