À André Falconet, le 6 février 1669, note 2.
Note [2]

Ce chiaoux {a} était Soliman Aga Mustapha Raca, premier émissaire de la Sublime Porte jamais reçu en France en vue de rétablir des liens entre le Grand Turc, Mehmed iv, et Louis xiv, rompus depuis les mésaventures des La Haye père et fils. {b}

Soliman Aga débarqua à Toulon le 4 août et fit son entrée à Paris le 3 décembre 1669. Les Mémoires du chevalier d’Arvieux, {c} envoyé extraordinaire du roi à la Porte, consul d’Alep, d’Alger, de Tripoli, et autres échelles du Levant. Contenant des voyages à Constantinople, dans l’Asie, la Syrie, la Palestine, l’Égypte et la Barbarie, la description de ces pays, les religions, les mœurs, les coutumes, le négoce de ces peuples, et leurs gouvernements, l’histoire naturelle et les événements les plus considérables, recueillis de ces Mémoires originaux, et mis en ordre avec des réflexions. Par le R.P. Jean-Baptiste Labat, de l’Ordre des frères prêcheurs. Tome quatrième, {d} chapitre vi, Relation des affaires de Constantinople, depuis le retour en France de M. de La Haye Ventelay {e} jusques à ce que M. le marquis de Nointel {f} y fût envoyé en qualité d’ambassadeur, ont laissé ce témoignage à son sujet (pages 124‑128) :

« […] il était à propos d’envoyer une personne au roi pour l’informer des sentiments du Grand Seigneur et lui faire connaître les raisons qui avaient obligé les ministres à différer de lui donner les satisfactions qu’il désirait.

Ces avis furent approuvés de tout le Divan et il fut résolu qu’au lieu du Capigi Bachi, qu’on avait résolu d’envoyer avec le caractère d’ambassadeur, on enverrait une personne en France en qualité de simple envoyé qui présenterait au roi les lettres du Grand Seigneur et suivrait les instructions qui lui seraient données ; et que, selon les bonnes ou mauvaises nouvelles qu’il apporterait, on prendrait les mesures nécessaires ou pour y envoyer une personne de la première qualité avec des présents considérables, ou pour laisser les affaires dans l’état où elles se trouvaient, en attendant une autre conjoncture.

Cet avis unanime ayant été rapporté au Grand Seigneur par le caïmacan, {g} Sa Hautesse nomma aussitôt Soliman Aga pour remplir cette commission.

Soliman Aga avait été rostangi, c’est-à-dire jardinier du sérail. Il était passé à l’emploi de mutefaraca ; on ne peut guère mieux comparer cet emploi qu’à celui de gentilhomme ordinaire de la Maison du roi.

Les mutefarcas marchent dans les cérémonies à côté des chiaoux ; ils ont 25 aspres, {h} qui font 15 sols par jour de notre monnaie ; le mot mutefaraca signifie un homme distingué.

Il était né dans la Bossine {i} et selon les apparences, enfant de tribut. {j} Il était âgé de 57 à 58 ans, d’une taille haute et bien fournie. Il avait l’air grand, l’humeur sombre, la physionomie peu agréable parce qu’il paraissait trop mélancolique ; il avait le visage long, basané et marqué de petite vérole, les yeux petits et peu arrêtés, {k} le poil grison, la barbe longue et bien fournie, le corps robuste et vigoureux. C’était un homme de bon sens, et d’un raisonnement solide, plein d’esprit, s’énonçant en bien peu de paroles.

[…] Soliman Aga reçut le 12 {l} un ordre précis du caïmacan de partir et de s’aller embarquer à Napoli de Romanie. » {m}


  1. V. note [2], lettre 664.

  2. V. note [14], lettre 663.

  3. Laurent d’Arvieux (1635-1702).

  4. Paris, Charles-Jean-Baptiste Delespine Fils, 1735, in‑12 de 572 pages.

  5. Denis de La Haye, sieur de Ventelet, v. note [35], lettre 547.

  6. Charles-François Olier, sieur de Nointel, v. note [3], lettre 910

  7. Lieutenant du grand vizir.

  8. Petite monnaie turque en argent.

  9. Bosnie.

  10. Enfants que le Grand Turc lève en certains pays par forme de tribut sur les chrétiens qui sont ses sujets.

  11. Un peu bigles.

  12. Juin 1669.

  13. Nauplie, en Grèce ; v. notes [6], lettre 960, pour la suite du voyage de Soliman Aga, et [5], lettre 973, pour son immortalisation par Molière dans Le Bourgeois gentilhomme, avec le personnage du « Grand Mamamouchi ».

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 6 février 1669, note 2.

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(Consulté le 21/04/2024)

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