Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Bornoniana 4 manuscrit, note 23.
Note [23]

Michaelis Hospitalii Galliarum Cancelarii, Epistolarum seu Sermonum libri sex. Altera Editio.

[Six livres des Épîtres ou Discours de Michel de L’Hospital, chancelier de France. Seconde édition]. {a}


  1. Lyon, Hugo Gazeius, 1592, in‑8o de 433 pages ; v. note [8], lettre 102, pour la précédente édition (Paris, 1585).

Le Borboniana transcrivait infidèlement (v. notule {b} infra) des premiers mots du long poème inachevé, intitulé Ad Amicos [À mes amis], livre vi des lettres, pages 386‑397, qui commence ainsi :

Durus et agrestis soleo plerisque videri,
Nec curare animos aliorum iungere nobis,
Aut retinere, velut stabilem æternumque futurum
Exploratum habeam magni Quæstoris honorem :
Duo tamen et multis spoliari contigit olim
Ætatis cursu medio, vitæque supremum
Ante diem, quanvis sapientibus et bene cautis :
Inde pedem tuerant et eodem sæpe revolvi.
Et quoniam historiæ veterum sunt fabula nobis,
Non adeo longinqua petunt exempla duorum,
Duorum etiam nunc fama manet, quos vidimus ipsi
(Clara togæ atque fori duo lumina) nec tamen illis
Causa vel eventus similis fuit, alter acerbo
Iudicio cecidit, nummos convictus avara
Accepisse manu, contra quam legibus esset
Permissum patriis, cessit mulieribus alter
Insidiis non post denique redditus anno.
Hunc sua nec virtus potuit servare, nec illum
Ingenii sua vis, et melle fluentia verba.
Tam favor et studium populi, tam gratia regum
Mobilis et fluxa est, tam lubricus omnis honorum
Est gradus, et comitem secum trahit ille ruinam
.

Nicolas Rapin, « Poitevin, grand prévôt de la connétablie de France » en a donné une élégante et fidèle traduction dans ses Œuvres latines et françaises, {a} sous le titre de Discours de Monsieur le Chancelier de L’Hospital à ses Amis, tourné mot à mot du latin (première partie, pages 137‑138) :

« Beaucoup de gens estiment que je suis
Rude et fâcheux : {b} d’une humeur qui ne puis
Faire d’amis, et qui me façonne
À rechercher l’amitié de personne,
Comme pouvant, par un heur singulier
Garder toujours l’état de chancelier,
Dont toutefois plusieurs grands personnages
Fins et accorts au milieu de leurs âges
Sont trébuchés, et réduits bien souvent
En pire état qu’ils n’étaient par avant.
Que si les vieux nous semblent être fables,
Nous en avons deux exemples notables
De notre temps, que nous-mêmes avons vus,
Deux hommes grands, du même honneur pourvus,
De leur bonnet deux insignes lumières,
Qui l’ont perdu par diverses manières,
Et en leur chute ont eu diverses fins :
L’un, pour avoir, contre les lois trop fin,
Sali ses mains de larcin et d’ordure,
Fut condamné par justice un peu dure ;
L’autre tomba, sous les subtils efforts
D’une grande dame, à l’aide des plus forts,
Mais il reprit neuf ans après sa place. {c}
À l’un, de rien ne profita la grâce
De bien parler, ni le miel savoureux
Que produisait son esprit vigoureux.
À l’autre aussi, sa vertu florissante
Pour le sauver ne fut assez puissante.
Tant la faveur des rois et des seigneurs
Est incertaine, et le lieu des honneurs
Toujours glissant : si bien que par ruine
Le plus souvent la faveur se termine. » {d}


  1. Paris, 1610, v. note [37] du Patiniana I‑3.

  2. « J’ai l’habitude de paraître rude et rustre à bien des gens », dans une traduction plus littérale du premier vers, que le Borboniana a abrégé en « Je semble rude et rustre », Durus et agrestis videor.

  3. En se référant à cette épître de Michel de L’Hospital, Guy Patin a désigné ces deux chanceliers dans sa lettre du 14 janvier 1659 à Charles Spon (v. sa note [7]).

    • Guillaume Poyet (1473-1548), nommé chancelier en 1538, promulgua l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539 (qui reçut alors le surnom de Guillemine). Il fut emprisonné pour malversations en 1542. En 1545, son procès le destitua définitivement de ses fonctions et le condamna à une lourde amende.

    • François Olivier (v. première notule {a}, note [28] du Borboniana 10 manuscrit), nommé chancelier en 1545, perdit les sceaux en 1551, en raison d’inimitiés courtisanes, et les recouvra en 1559.

  4. Pour sa propre part, Michel de L’Hospital (mort en 1573, moins d’un an après la Saint-Barthélemy), nommé chancelier en 1560, avait rendu les sceaux à Catherine de Médicis et au roi Charles ix en 1568, « voyant que son influence était désormais impuissante pour préserver la France d’une nouvelle guerre civile », et constatant, « avec un extrême chagrin, que Catherine, pour dominer plus facilement le jeune roi, favorisait ses débauches précoces, et corrompait son cœur et ses sens par les fêtes voluptueuses qu’elle donnait à Fontainebleau » (Alphonse-Honoré Taillandier, chapitre xiv, pages 198‑199, de la biographie citée dans la note [22] supra).

    Dans la suite de son épître, L’Hospital justifie avec beaucoup de noblesse sa démission, en concluant sur ces vers (page 397) :

    Cum genere hoc hominum contendimus, anne ferarum ?
    Non ratione, vel iis sapiens quibus assolet armis :
    Sed quibus inter se tigres torvæque leænæ.
    Nec statione tamen nostra decedimus unquam,
    Tantum animi nobis cælo datur ; at tibi virtus
    Ista quid attulerit patriæ, nisi prosit et urbi ?
    Quin tu, quando illi monitis parere recusant,
    Perpetuas leges, et formidabile nomen
    Imperii, cippos, et tetri carceris umbram
    Horridus intentas ? pœnamque a gente reposcis
    Immani et scelerum plena ? mihi deesse monenti
    Verba putas, animumque, ita si feret usus, agendi
    Legibus : at per se ipsarum vis irrita legum :
    Nil opis, auxilii nil suppetit, a quibus esse
    Debeat, aut metuunt, aut non aliena dolentes
    Aspiciunt : et quæ poterant succurrere tantis
    Sola malis, ea muta iacent oppressa timore
    Iudicia

    Traduction de Rapin (pages 150‑151) :

    « Avec ces gens sont toutes mes querelles :
    Gens qu’on devrait nommer bêtes cruelles,
    Qui n’ont rien d’homme, et envers qui n’a lieu
    Ni la raison, ni la crainte de Dieu.
    Tous leurs combats sont aux armes félonnes,
    Comme sont ceux des tigres et lionnes ;
    Et toutefois je ne laisse au danger
    De conserver ma place sans bouger ;
    Je ne fuis point par faute de courage,
    Et me tiens ferme au plus fort de l’orage.
    Penserait-on que la voix me défaille ?
    Je crie assez, et s’il advient qu’il faille
    Punir le crime et user de rigueur,
    Je montre assez de zèle et de vigueur.
    Mais quoi ? la main de la justice est morte,
    Chacun regarde et nul ne la conforte.
    Ceux qui devraient y apporter secours
    Tremblent de peur, et n’ont autre recours
    Qu’à déplorer, sans passion aucune,
    La mort d’autrui comme à eux non commune.
    Les parlements, qui seuls avaient resté
    pour maintenir du roi la majesté,
    et seuls pouvaient y donner le remède,
    N’osent parler : la peur qui les possède
    Les rend muets.

    [✱] La fin est à dire. »

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Bornoniana 4 manuscrit, note 23.

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(Consulté le 24/06/2024)

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