À Charles Spon, le 30 janvier 1654
Note [27]

Le richérisme est la doctrine d’Edmond Richer, théologien français (Chaource 1560-Paris 1631), qui enseigna la littérature, la rhétorique, la philosophie au Collège du Cardinal Lemoine, prit le grade de docteur en théologie et devint syndic de l’Université de Paris (v. note [27] des Décrets et assemblées de 1650-1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris). Vers 1587, il professait dans ses thèses l’opinion qui dominait alors en Sorbonne, « qu’on pouvait ôter le gouvernement aux princes indignes ».

En 1611, il publia son De eccelsiastica et politica Potestate, liber unus. Ecclesia est politia Monarchica, ad finem supernaturalem instituta : regimine aristocratico, quod omnium optimum et naturæ convenientissimum est, temperata à summo animarum pastore Domino nostro Iesu Christo [Livre unique sur le Pouvoir ecclésiastique et politique. L’Église est un gouvernement monarchique institué dans un but surnaturel ; le grand pasteur des âmes, Notre Seigneur Jésus-Christ l’a organisé en régime aristocratique, qui est le meilleur de tous et celui qui s’accorde le mieux avec la nature humaine] (Paris, sans nom, in‑8o). Cet ouvrage contenait la doctrine de l’ancienne École de Paris touchant les libertés de l’Église gallicane : postulant que c’est à l’Église, mais non pas à Pierre que le Christ a conféré le « pouvoir des clés », Richer affirmait que celui de gouverner et d’instruire les fidèles réside non pas dans la personne du pape, mais dans la communauté des chrétiens ; celle-ci, pour l’exercer, dispose d’un organisme, l’Ecclesia sacerdotalis, c’est-à-dire le Clergé institué par Jésus dont la hiérarchie repose sur la transmission du sacerdoce à certains hommes, les évêques successeurs des apôtres, les prêtres successeurs des 72 disciples réunis au concile de Jérusalem ; la puissance sacerdotale est la même chez les uns et chez les autres ; tous font partie du « Sénat » de l’Église ; ils constituent une aristocratie, « le régime le meilleur et le plus conforme à l’humaine nature » ; ils exercent un pouvoir de législation, par le concile général, à l’échelle de la chrétienté, et par le synode, au niveau du diocèse. Richer affirmait aussi que le principe de la liberté chrétienne doit inspirer une résistance aux ordres que l’on estime injustes, même lorsqu’ils émanent du pape, et que l’appel comme d’abus, en particulier, constitue un recours tout à fait légitime. Ce livre eut un succès considérable, mais fut pour son auteur la cause de persécutions sans nombre. Forcé de se démettre du syndicat (1612), il put à peine obtenir une place de chanoine, fut enlevé par ordre du duc d’Épernon, partisan des jésuites, et se vit enfermer dans les prisons de l’abbaye Saint-Victor d’où l’intervention du Parlement le fit sortir (G.D.U. xixe s. et R. et S. Pillorget).

Les Grotiana (pages 75) rapportent ce jugement de Grotius :

« Quand {a} le cardinal de Richelieu eut extorqué du bonhomme Richer le désaveu de son livre De Ecclesia et politica Potestate, le pape fut fort réjoui de ce désaveu car il espérait par ce moyen-là de miner le richérisme en Sorbonne et de faire recevoir le concile de Trente en France ; mais Dieu en a autrement disposé, et en est autrement arrivé à la confusion des hommes et des sages mondains, et <je> crois qu’ils sont bien loin de leur prétention. Le nonce {b} qui lors était ici me dit à moi : {c} “ Nous faisons bien état de la prise de La Rochelle, {d} mais encore plus de la rétractation de Richer. ” Voilà comment ces maîtres politiques raffinés ont beaucoup plus grand soin de leur intérêt que du service de Dieu ; et tout cela est venu du cardinal de Richelieu qui ne se souciait que de son ambition aux dépens de qui que ce pût être, ou de l’État, ou de la religion. Il n’avait autre soin que de se conserver et régner, comme il a malheureusement fait pour le bien de toute l’Europe : cet homme était aveuglé d’ambition et sur ce seul pivot roulait son esprit qui remuait toute la Terre. C’est par cette seule ambition qu’il a bâti les murailles de la Sorbonne, de laquelle en même temps il a voulu détruire les fondements lorsqu’il a tâché d’en arracher et d’en ruiner la bonne doctrine. »


  1. En 1629.

  2. Le cardinal Bagni, patron de Naudé, nonce en France de 1627 à 1630.

  3. Grotius.

  4. Le 28 octobre 1628.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 30 janvier 1654. Note 27

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(Consulté le 18.04.2021)

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