À Hugues de Salins, le 3 mars 1656
Note [4]

Un apéritif (du latin apertus, ouvert) est un médicament qui ouvre les voies naturelles (urinaires, biliaires, intestinales, etc.) pour aider à évacuer les humeurs des cavités qu’elles drainent.

Pour les mets ayant cette vertu, on employait aussi le mot ragoût, dans son sens premier de « ce qui est fait pour donner de l’appétit à ceux qui l’ont perdu, soit par quelque indisposition, soit par la satiété. La gourmandise a inventé mille ragoûts qui sont nuisibles à la santé » (Furetière).

La décoction apéritive de Rabelais fait allusion à une facétie de l’« auteur François » rapportée par François Béroalde de Verville (François Brouard, Brovardus, 1556-1626, écrivain dit libertin qui avait étudié la médecine) dans son Moyen de parvenir, œuvre contenant tout ce qui a été, est et sera (paru vers 1617), au chapitre xii, Vidimus [Nous avons vu] (pages 30‑31 de l’édition de Paris, Garnier frères, 1879) :

« Ne parlez plus de clavicules ou clavifesses, ni d’arts apéritifs, canons et artillerie, qui sont engins grandement ouvrants, puisque vous avez ces cahiers de vérité, ce bon volume, qui est la grosse clef d’ordonnance, à laquelle pend le trousseau de toutes clefs. Pour le prouver, j’ai le Père Rabelais le docte, qui fut médecin de Monsieur le cardinal Du Bellay ; {a} et je le mets ici en avant parce que les substances de ce présent ouvrage et enseignements de ce livre furent trouvés entre les menues besognes de la fille de l’auteur. Ce cardinal étant au lit malade d’une humeur hypocondriaque, fit assembler les médecins pour consulter un remède à son mal. Il fut avisé par la docte conférence des docteurs qu’il fallait faire à Monsieur une décoction apéritive qui, réduite en sirop, serait accommodée à son usage ordinaire. Rabelais ayant recueilli cette résolution, sort et laisse Messieurs achever de caqueter pour mieux employer l’argent ; et fait ledit sieur mettre au milieu de la cour un trépied sur un grand feu, un chaudron dessus plein d’eau où il mit le plus de clefs qu’il put trouver ; et en pourpoint comme ménager, remuait ces clefs avec un bâton pour les faire prendre cuisson. Les docteurs descendus voyant cet appareil et s’en enquêtant, il leur dit : “ Messieurs, j’accomplis votre ordonnance, d’autant qu’il n’y a rien tant apéritif que des clefs ; et si vous n’en êtes contents, j’enverrai à l’arsenal quérir quelques pièces de canon ; ce sera pour faire la dernière ouverture, après l’exhibition de ces apozèmes. ” »


  1. V. notes [53] du Borboniana 10 manuscrit pour la vie monastique de François Rabelais, et [15], notule {b‑3}, du Faux Patiniana II‑3 pour le cardinal Jean Du Bellay.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 3 mars 1656. Note 4

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(Consulté le 14.05.2021)

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