Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-3
Note [15]

L’article du Grand Dictionnaire de Louis Moréri (Amsterdam, 1698, tome iv, page 401) sur Johann Sleidan (v. note [2], lettre 474) a principalement inspiré les rédacteurs de L’Esprit de Guy Patin. On y lit cet éclaircissement sur ses relations de jeunesse avec les Du Bellay :

« Il passa en France l’an 1527, n’ayant alors que douze ans, {a} et y servit les trois illustres frères de la Maison Du Bellay : Langey, le cardinal et le capitaine Martin. {b} Sleidan étudia avec eux, pendant qu’il les servait à porter leurs livres au collège. »


  1. Les biographies modernes s’accordent pour une naissance de Sleidan en 1506, à Schleiden (Luxembourg, alors territoire espagnol) : en 1527, il avait donc 21 ans, et non 12.

  2. Ces trois frères étaient les trois premiers fils de Louis Du Bellay (mort en 1522), mais en 1527 aucun d’eux n’était plus collégien depuis longtemps.

    1. Guillaume, sieur de Langey (v. note [18], lettre 925), était né en 1491.

    2. Martin (1495-1559), lieutenant général de Normandie, prince d’Yvetot et sieur de Langey après la mort de Guillaume, eut une brillante carrière militaire et diplomatique ; comme son frère aîné, il a laissé des Mémoires (Paris, Abel l’Angelier, 1582, in‑fo).

    3. Jean (Souday, Anjou 1498-Rome 1560) choisit la carrière ecclésiastique et devint le cardinal Du Bellay en 1535. Il joua un rôle éminent dans les affaires politiques et religieuses du royaume, évoqué dans les notes [54] du Borboniana 10 manuscrit, et [37] du Faux Patiniana II‑7. Sleidan fut longtemps son secrétaire.

    Tous trois étaient cousins germains de Jean Du Bellay, père de Joachim, le poète (v. notes [14], lettre 739, et [42] du Borboniana 7 manuscrit).


J’ai cherché à élucider l’anachronisme de Moréri sur la jeunesse de Sleidan (v. supra notule {b}), que L’Esprit de Guy Patin a recopié sans se poser de questions.

  • L’éloge de Sleidan par Jacques-Auguste i de Thou (v. notule {a}, note [48] du Borboniana 5 manuscrit) et les deux additions qu’Antoine Teissier y a apportées (Genève, 1683, première partie, pages 115‑116 et seconde partie, page 397) jugent (avec bienveillance) ses talents contestés d’historien, mais sans parler de sa jeunesse.

  • L’Histoire de François Premier (La Haye, Jacob van Ellinckhuysen, 1590, in‑12, première édition en 1684), où Antoine Varillas (v. note [5], lettre 566) confirme ce qu’en disait Moréri (année 1530, livre vii, pages 205‑206) :

    « La France n’avait pas encore eu de négociation si dangereuse, ni si difficile dans toutes ces circonstances que celle-là ; {a} et ce fut autant par la nécessité que l’on eut de se servir de Langey {b} que par le choix du roi, qu’on lui déféra cet emploi. Il partit, tout mécontent qu’il était, et sans autre habitude en l’Allemagne que celle de l’historien Sleidan, qui lui avait porté ses livres lorsqu’il allait au collège, {c} et s’était depuis élevé par son mérite à la magistrature de Strasbourg. Mais Sleidan, quelque accrédité qu’il fût dans cette ville, ne pouvait faire autre chose pour Langey que de le cacher dans son grenier, parce que les Français y étaient en exécration, comme partout ailleurs en Allemagne. L’empereur avait persuadé à ces peuples grossiers que la France avait fait venir les Turcs en Hongrie pour ravager et conquérir ce beau royaume, qui était le boulevard {d} aussi bien que la frontière de l’Empire ; et qu’elle ne s’était tant de fois opiniâtrée à recouvrer le Milanais, sur lequel elle n’avait aucun droit, que pour ôter au corps germanique ce qui lui restait de puissance en Italie. »


    1. Il s’agissait de rallier les princes luthériens allemands aux intérêts de la France, contre ceux de l’empereur Charles Quint.

    2. Guillaume Du Bellay, v. notule {b} supra.

    3. J’ai mis en italique ce passage qui se rapporte aux dires de Moréri repris par L’Esprit de Guy Patin.

    4. Gros bastion et, par extension, « places fortes qui couvrent tout un pays, et qui en défendent l’entrée aux ennemis » (Furetière) ; devenu depuis une « promenade, large rue plantée d’arbres faisant le tour d’une ville (sur l’emplacement des anciens remparts) » (Robert).

Ni Moréri ni Teissier n’ont rapporté le bon mot de Charles Quint ; il se lit dans la Notitia rerum illustrium Imperii Romano-Germanici tripartita… [Registre en trois parties des illustres affaires de l’Empire romain germanique…] (Freistadt, Æmilius Verus, 1669, in‑4o) de Philipp Andreas Oldenburger (jurisconsulte allemand, 1617-1678), parlant des broderies historiques qu’on a reprochées à Sleidan (première partie, page 40) :

Nihil tamen eorum quicquam mundus vidit, et constat Carolum ipsum de Sleidano dixisse : Aut proditores habemus Consiliorum, aut scriptor ipse familiaris spiritus revelatione ista didicit.

[Nul au monde n’en a jamais rien vu, et Charles Quint lui-même en a attesté quand il a dit : « Ou bien nous avons des traîtres parmi nos conseillers, ou bien cet auteur a appris cela de l’esprit familier qui lui est propre. »] {a}


  1. v. note [46] du Patiniana I‑4 pour les esprits (génies ou démons) familiers de Socrate, Jean Bodin et quelques autres.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-3. Note 15

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(Consulté le 21.06.2021)

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