À Claude II Belin, le 3 mars 1636
Note [5]

Louis Barbier (1593-1670), abbé de La Rivière, était officiellement fils d’Antoine Barbier de La Rivière, commissaire de l’Artillerie en Champagne. Professeur de philosophie au Collège du Plessis, Louis avait débuté dans le monde comme aumônier de l’évêque de Cahors, puis devint aumônier, secrétaire et confident de Gaston, duc d’Orléans, dont il subissait alors la disgrâce. En décembre 1642, jute après la mort de Richelieu, Monsieur lui donna l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire et favorisa tant qu’il put son ascension.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 153, février 1644) :

« L’on dit que la reine avait fait grand bruit sur ce que M. Vincent {a} avait dit qu’elle ne pouvait donner en conscience la coadjutorerie de Narbonne à l’abbé de La Rivière, qu’il ne fût prêtre et de meilleures mœurs. L’on faisait courir le bruit qu’elle l’avait disgracié »


  1. Vincent de Paul, principal membre du Conseil de conscience de la régente, Anne d’Autriche.

Pendant toute la Fronde, l’abbé intrigua aux côtés de Gaston d’Orléans : l’un rêva de devenir régent à la place d’Anne d’Autriche, et l’autre, ministre et cardinal à la place de Mazarin. Quand le vent tourna, La Rivière sut revenir dans les faveurs du cardinal et pour récompense de ses services, il reçut le titre de seigneur de Seinemont, et fut nommé chancelier et garde des sceaux de l’Ordre du Saint-Esprit de 1645 à 1650, puis chancelier de l’Ordre de 1650 à 1654, enfin évêque-duc de Langres (v. note [1], lettre 29) en 1655, et pair de France. Boileau a salué son ascension en sa première satire :

« Mais il faut être souple avec la pauvreté.
C’est par là qu’un auteur que presse l’indigence
Peut des astres malins corriger l’influence,
Et que le sort burlesque, en ce siècle de fer,
D’un pédant, quand il veut, sait faire un duc et pair. »

Dans la mazarinade intitulée La Conférence du cardinal avec le Gazetier, envoyée de Bruxelles le septième mai dernier (jouxte la copie imprimée à Bruxelles, 1649, in‑fo) se lit un féroce jugement sur l’abbé (page 33, dans la bouche du Gazetier) :

« Cela fait que je change aussi d’avis touchant Monseigneur d’Orléans en la personne de La Rivière ; car vous devez savoir que ce nom de La Rivière n’est pas celui de son père, ni de sa famille. Son père était un gagne-deniers, ou chargeur de bois en Grève, qui s’appelait Barbier, lequel, par raillerie ou mépris, fut nommé La Rivière par ses camarades, comme on nomme un laquais La Vertu, La Fontaine ou La Rose. Sa naissance vile n’a pas été suivie d’une meilleure éducation. Il n’y a point de Collège dans l’Université qui ne retentisse encore de ses friponneries, et toute la cour sait par quels services il a mérité les bonnes grâces de son maître, qui lui ont acquis le titre glorieux d’Aumônier spermatique ; c’est dans ces combats nocturnes et secrets que ce prince a gagné les gouttes qui le mangent maintenant. Ainsi persistant en ce que je disais tantôt, s’il faut conclure pour son regard, c’est de le réduire au métier de son père, ou de le métamorphoser en rivière pour la nourriture des poissons ; en quoi j’estime que vous ferez un plaisir indicible aux Parisiens, qui n’ont pas moins d’aversion pour lui que pour vous. » {a}


  1. V. note [64], lettre 101, pour l’attribution, pour le moins hardie, de cette mazarinade à Guy Patin.

(G.D.U. xixe s., Triaire et Adam).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 3 mars 1636. Note 5

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(Consulté le 10.12.2019)

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