À Charles Spon, le 24 octobre 1645
Note [5]

« Olympie, jadis pie [pieuse], désormais harpie. »

Pasquin était le torse d’une statue mutilée, dressée à Rome dans la plazza Pasquino à laquelle elle a donné son nom. Ce monument était célèbre depuis le xive s. par l’habitude que les satiriques avaient prise d’y accrocher, selon la tradition antique, de mordantes épigrammes sur les personnages ou les faits scandaleux du prince. Pasquin eut plus de verve encore lorsqu’il eut pour compère Marforio, statue colossale d’un dieu marin découverte au commencement du xvie s. près du champ de Mars (Martis forum), dont le nom lui est resté, et qui fut d’abord placée en face du torse de Pasquin. Les faiseurs d’épigrammes s’amusèrent alors à les faire dialoguer ensemble ; et parfois, un autre débris antique, le Facchino ou, comme on l’appelait, le portier du palais Piombino, se mêlait à leur conversation. Dans sa Roma nova, Sprenger prétend que Pasquin servait d’interprète aux nobles, Marforio aux bourgeois et le Facchino au peuple ; mais outre ces personnages, il y avait encore l’abbé Luigi, du palais Valle, Mme Lucrèce, qu’on voit encore derrière le palais vénitien, près de l’église Saint-Marc, le singe qui a donné son nom à la via Babbuino ; enfin, le buste en marbre de Scanderbeg, l’ennemi mortel des Turcs, placé sur la façade de la maison que ce héros occupait à Rome. Chacun de ces personnages décochait ses épigrammes ou se mêlait à la conversation engagée entre ses compagnons. Cette multiplicité de censeurs anonymes n’a rien qui doive surprendre dans une ville où la police sacerdotale exerçait sur la pensée une surveillance ou, pour mieux dire, un espionnage si rigoureux. Pasquin alimenta les querelles de la Réforme et continua de jouer son rôle jusqu’au xixe s., notamment pendant la présence de Bonaparte à Rome (G.D.U. xixe s. et Triaire).

Le mot pasquin (pasquillus en latin) ou pasquinade était passé dans la langue courante pour désigner un écrit satirique. Il s’en publiait des recueils (v. note [46], lettre 1020).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 octobre 1645. Note 5

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(Consulté le 25.10.2020)

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