À Charles Spon, le 16 novembre 1643, note 55.
Note [55]

Dæmonum investigatio peripatetica. In qua explicatur locus Hippocratis in Progn. Si quid divinum in morbis habetur. Andrea Cæsalpino De Blancis Aretino Authore.

[Investigation péripatétique {a} des démons, où est expliqué le passage d’Hippocrate dans le Pronostic, se demandant s’il y a quelque chose de divin dans les maladies. {b} Par Andreas Cæsalpinus de Blancis, natif d’Arezzo]. 


  1. Aristotélicienne.

  2. Hippocrate, Pronostic, chapitre 1 (Littré Hip, volume 2, page 113) : « il importe […] de discerner s’il y a quelque chose de divin dans les maladies. »

  3. Florence, Junte, 1580, in‑4o de 48 pages ; 2e édition, Venise, Junte, 1593, in‑4o.

Andrea Cesalpino (Arezzo, Toscane 1519-Rome 1603), premier médecin du pape Clément viii, a professé la médecine à la Sapienza de Rome ; A.‑J.‑L. Jourdan, in Panckoucke :

« Raisonnant d’après les principes de son péripatétisme travesti, et partant surtout de l’étrange principe qu’on peut connaître les objets par le secours du sens interne seul et sans la coopération des organes extérieurs des sens, Cesalpino conclut non seulement qu’il peut exister des démons dans le monde sublunaire, mais encore que ces démons n’ont pas besoin d’un corps susceptible de frapper nos sens pour connaître et agir. Il leur accorde en outre la faculté d’agir sur les hommes, mais seulement par des moyens naturels et corporels ; d’où il conclut encore que la médecine ayant à sa disposition d’autres moyens également naturels, dont l’action est contraire, elle a le pouvoir de guérir les maladies causées par les démons. Cependant, il convient que c’est une matière dans laquelle il se glisse beaucoup de fourberies et de jongleries. Ce traité fut écrit au sujet d’une prétendue possession par le diable des religieuses d’un couvent de Pise, à l’occasion de laquelle l’archevêque de la ville, Borboni, avait consulté l’Université, demandant surtout que l’on décidât si la cause de ce phénomène était naturelle ou surnaturelle. »

Au delà de ses fumeuses analyses, Cesalpino doit une juste célébrité à ses :

Peripateticarum Quæstionum Libri Quinque…

[Cinq livres de Questions péripatétiques…] {a}

La petite circulation du sang (dite pulmonaire) y est explicitement décrite pour l’une des premières fois, et ce plus de quarante ans avant William Harvey (v. note [12], lettre 177). L’exactitude de son propos est à tout jamais admirable : {b}

Idcirco Pulmo per venam arterijs similem ex dextro cordis ventriculo revidum hauriens sanguinem, eumque per anastomosim arteiæ venali reddens, quæ in sinistrum cordis ventriculum tendit, transmisso interim aere frigido per asperæ arteriæ canales, qui iuxta arteriam venalem protenduntur, non tamen osculis communicantes, ut putavit Galenus, solo tactu temperat. Huic sanguinis circulationi ex dextro cordis ventriculo per pulmones in sinistrum eiusdem ventriculum optime respondent ea quæ ex dissectione apparent. Nam duo sunt vasa in dextrum ventriculum desinentia, duo etiam in sinistrum : Duorum autem unum intromittit tantum, alterum educit, membranis eo ingenio constitutis.

[Par conséquent le poumon puise le sang chaud dans le ventricule droit du cœur par une veine semblable aux artères {c} et le rend par un réseau d’anastomoses {d} à l’artère veineuse, {e} qui pénètre dans le ventricule gauche du cœur ; dans l’intervalle, il a été rafraîchi par l’air froid, non pas en passant par des orifices qui font communiquer les deux ventricules, comme le pensait Galien, {f} mais par le seul contact avec les canaux {g} émanant de la trachée-artère, qui s’étendent le long de l’artère veineuse. Ces structures que révèle la dissection correspondent exactement à cette circulation qui va, au travers des poumons, depuis le ventricule droit du cœur jusqu’à son ventricule gauche. Il y a de fait deux vaisseaux qui s’abouchent dans le ventricule droit, {h} comme il y en a deux dans le ventricule gauche : {i} des deux, l’un {j} fait exclusivement entrer le sang, et l’autre l’en fait sortir, {k} à l’aide de membranes {l} agencées pour remplir cet office]. {m}


  1. Venise, Junte, 1571, in‑4o.

  2. Livre cinquième, question iiii, Respiratione non intromitti aliquem spiritum externum in Cor [La respiration n’introduit pas quelque esprit externe dans le cœur], fo 111 vo, E‑F.

  3. L’artère pulmonaire.

  4. Les capillaires pulmonaires (v. note [19] de Thomas Diafoirus et sa thèse).

  5. Les veines pulmonaires et l’oreillette gauche.

  6. Galien et tous ceux qui l’ont suivi (jusqu’à Jean ii Riolan) affirmaient que le sang passe directement du ventricule droit au ventricule gauche, en traversant la cloison qui les sépare, mais sans passer par les poumons.

  7. Les bronches et leurs plus fins rameaux.

  8. L’oreillette droite (qui recueille le sang des deux veines caves, supérieure et inférieure) y entre; et l’artère pulmonaire en sort.

  9. L’oreillette gauche (qui recueille le sang venu des poumons) y entre, et l’aorte en sort.

  10. L’oreillette.

  11. L’artère pulmonaire à droite, l’aorte à gauche.

  12. Les valves du cœur qui imposent un sens unique au sang pour passer de l’oreillette dans le ventricule (valve tricuspide à droite, et mitrale à gauche), et du ventricule dans sa voie d’éjection (valve pulmonaire à droite, et aortique à gauche).

  13. VLa Circulation du sang expliquée à Mazarin, pour une description complète (incluant la grande circulation), et la note [49] du Procès opposant Jean Chartier à Guy Patin, pour les autres découvreurs de la petite circulation (Ibn Nafis au xiiie s., puis Michel Servet et Realdo Colombo au xvie s.).

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1643, note 55.

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(Consulté le 22/02/2024)

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