Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Patiniana I‑4 (1701)
Note [57]

Les deux derniers articles du Patiniana ne se lisent ni dans le manuscrit de Vienne ni dans le Pithœana.

  • L’abbaye bénédictine Saint-Pierre de Corbie, en Picardie (v. note [1], lettre 32), fondée au viie s., avait été rattachée à la Congrégation de Saint-Maur (v. note [11], lettre 290) au début du xviie s. ; elle a été démantelée à la Révolution.

  • Pélage (Pelagius), moine d’origine bretonne, passa sa vie à voyager autour de la Méditerranée, à prêcher et à écrire les ouvrages théologiques qui furent à l’origine de l’hérésie pélagienne (pélagianisme) qui prônait le libre arbitre. Il était souvent cité dans les disputes sur la grâce qui opposèrent les jansénistes aux jésuites durant le xviie s. (v. note [7], lettre 96).

  • Paschase Radbert, abbé de Corbie au ixe s., théologien bénédictin, a été canonisé.

  • Dom Philippe Des Vignes, prieur de Corbie (entre autres affectations monastiques), est auteur de trois volumes manuscrits de Méditations sur la règle de saint Benoît, tirées de ses lectures, qui sont conservés par l’abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire où il mourut en 1672. Il avait pris l’habit des bénédictins en 1622 (A. Septier, Manuscrits de la Bibliothèque d’Orléans…, Orléans, Rouzeau-Montaut, 1820, page 178).

  • Le Patiniana masquait le nom du père qu’il accusait de vol. Le fait est pourtant que le R.P. Jacques Sirmond (v. supra note [43] et la fin de la note [57]) a publié les deux manuscrits de Corbie, en les attribuant à un douteux Rufin, dit le Syrien, qui aurait été l’un des maîtres à penser de Pélage : Rufini Presbyteri Provinciæ Palæstinæ Liber de Fide. Nunc primum in lucem editus, notisque illustratus, opera et studio Iacobi Sirmondi Societatis Iesu Presbyteri [Le livre de Rufin, prêtre de la Province de Palestine, sur la Foi. Mis en lumière pour la première fois et enrichi de notes, par le travail et les soins de Jacques Sirmond, prêtre de la Compagnie de Jésus] (Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1650, in‑8o). Son épître Lectori [Au lecteur] ne laisse planer aucun doute sur la provenance du texte :

    Græci operis Latinam versionem, Lector, in publico proponimus. In qua se opus ipsum, ut reor, utilitate sua commendabit, hominisque ostendet esse doctissimi, et in sacris literis Ecclesiæque dogmatibus exercitati. Sed cuius nec nomen eloqui promptum sit, nec interpretis. Quod enim Rufino presbytero librum hunc adscribit Ioannes Diaconus in volumine quo Heptateuchum exposuit, et quod contra in binis exemplaribus Corbeiensis monasterii adnotatum vidimus, non a Rufino, sed a Pelagio editum fuisse sub nomine Rufini, facili utrumque refellitur.

    [Nous publions, cher lecteur, la traduction latine d’un ouvrage grec. Il se recommandera de lui-même pour son utilité, et se montrera appartenir à un homme fort savant, et fin connaisseur des lettres sacrées et des dogmes de l’Église. Cependant, ni son nom ni celui de son traducteur ne sont aisés à établir : dans son commentaire de l’Heptateuque, Jean Diacre {a} a attribué ce livre au prêtre Rufin ; mais nous avons vu noté dans deux copies manuscrites du monastère de Corbie {b} qu’il avait été écrit non pas par Rufin, mais par Pélage, sous le nom de Rufin, et c’est ce que vais facilement réfuter]. {c}


    1. Jean Diacre est un hagiographe du ixe s. qui a commenté l’Heptateuque (Ancien Testament).

    2. Il est tout de même permis de douter que le P. Sirmond ait eu l’effronterie de signer aussi candidement le larcin dont on l’accusait.

    3. Les jésuites n’étaient sans doute que trop contents de mettre au jour une référence antique qui défendait le libre arbitre contre la prédestination des protestants et des jansénistes, mais préféraient ne pas l’attribuer à un hérétique patenté.

      Au xviie s., le P. Jean Garnier a repris le Libellus Fidei a Rufino Palestinæ Provinciæ Presbytero scriptus [Le petit livre de la Foi écrit par Rufin, prêtre de la Province de Palestine] dans une annexe (Dissertatio v, pages 285‑307) de son édition annotée de Marii Mercatoris S. Augustino æqualis Opera quæcumque extant… [Toutes les œuvres connues de Marius Mercator (théologien antipélagien du ve s.), contemporain de saint Augustin…] (Paris, Sébastien Marbre-Cramoisy, 1673, in‑4o).

      Mary William Miller, sœur du troisième Ordre de saint François, a donné une érudite édition bilingue (latin-anglais) du Rufini Presbyteri Liber de Fide (Washington D.C., The Catholic University Press, 1964). Elle n’y résout pas l’énigme de son auteur, mais établit que le plus volumineux des deux manuscrits dérobés à Corbie (celui qui contient le Libellus Fidei, attribué au prêtre Rufin, pages 1‑80 du livre du P. Sirmond), est aujourd’hui conservé par la Bibliothèque de Saint-Pétersbourg (ancienne Léningrad).

      L’autre manuscrit n’est répertorié dans aucun catalogue : dans le livre du P. Sirmond, il est intitulé Capitula excerpta ex gestis habitis contra Pelagium hæreticum, et alia de libellis eius, quæ in Palæstina Synodo sibi obiecta ipse damnare compulsus est [Les (douze) Intitulés (ou Anathèmes) tirés des actes prononcés contre l’hérétique Pélage, et d’autres faits que le Synode de Palestine lui a reprochés et qui l’ont contraint à se condamner lui-même] (pages 81‑86).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Patiniana I‑4 (1701). Note 57

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(Consulté le 28.01.2023)

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