À Charles Spon, le 5 mars 1652
Note [7]

Journal de la Fronde (volume ii, fos 20 vo et 21 ro, premiers jours de février 1652) :

« Les avis qu’on a eus de la cour cette semaine confirment que […] <le> cardinal étant arrivé à dix lieues près de Poitiers, y avait été reçu par les gendarmes et chevau-légers du roi et de la reine qu’on lui avait envoyés au-devant ; que le roi même lui était allé au rencontre une petite lieue à cheval, et M. le duc d’Anjou {a} aussi en carrosse, et étaient revenus de même ; que ce cardinal était entré à cheval avec Sa Majesté dans Poitiers le 28 {b} à trois heures après midi ; qu’il avait trouvé la reine au cercle avec MM. de Châteauneuf, le premier président, le comte de Brienne et autres ; et qu’après y avoir été bien reçu, il en était parti pour s’aller reposer dans le logis qui lui avait été préparé […] ; qu’on y avait percé une muraille et fait une porte, pour avoir communication de ce logis-là dans celui de Sa Majesté ; qu’après qu’il fut sorti du cercle, l’on y tint Conseil où il n’assista point ; que le roi le traita ce soir-là à souper et lui donna le divertissement de la comédie ; que le maréchal d’Hocquincourt fut aussi extraordinairement bien reçu ; que les deux jours suivants on y tint encore Conseil où il n’assista pas ; que le maréchal de Villeroy ayant accompagné Sa Majesté au-devant de ce cardinal, avait fait une action fort généreuse et qui avait été fort remarquée, en ce que pour compliment il lui tint d’abord ce discours : “ Monseigneur, je ne suis pas venu ici pour vous faire excuse de ce que j’ai tâché de dissuader la reine de vous faire revenir si tôt. Ma conscience et le zèle que j’ai pour le service du roi m’y ont obligé parce que votre retour est le plus grand malheur qui peut arriver à l’État, et vous le verrez par la suite ” ; que ce discours surprit fort ce cardinal qui s’était imaginé que ce maréchal n’était venu là que pour lui faire la cour et rechercher son amitié ; que celui-ci, ni les commandeurs de Souvré et de Jars, et le marquis de Roquelaure n’avaient pas voulu se trouver au souper que le roi donna au cardinal ; que M. de Châteauneuf, après avoir montré visage fort indifférent au cardinal pendant trois jours, avait demandé son congé le 31 pour se retirer ; mais que n’ayant pas voulu demeurer, la reine lui avait fait dire qu’elle voulait donc qu’il se retirât à Leuville {c} sans venir à Paris, et qu’il devait partir le 3 {d} pour s’en venir {e} par Tours ; que la cour en devait aussi partir le même jour pour le voyage d’Anjou ; que pour cet effet elle devait aller coucher ce jour-là à Mirebeau, {f} où elle devait séjourner le 4 et en partir le 5 pour aller à Loudun ; et le 7 à Saumur où elle prendra ses mesures pour l’attaque des Ponts-de-Cé ; que le Conseil allait à Tours ; que l’on avait résolu de rendre M. Bitault ; qu’on enverrait M. de Senneterre à Angers pour traiter avec le duc de Rohan, que quelques-uns disent avoir envoyé un gentilhomme au cardinal Mazarin pour le prier de faire son accommodement, mais cet avis n’est pas cru, Son Altesse Royale n’ayant reçu aucune nouvelle ; et que M. le duc de Damville devait encore partir le même jour pour venir à Paris faire des propositions d’accommodement de la part de Leurs Majestés à Son Altesse Royale {g} qui a dit qu’elle ne tenait rien tant que le cardinal Mazarin serait en France. Les mêmes avis confirment que le prince de Tarente, ayant tiré 200 hommes de sa garnison de Taillebourg et 400 de celle de Saintes, a repris Pons où il a fait prisonnier le chevalier d’Albret, les gentilshommes qui étaient entrés avec lui et les principaux habitants du lieu, et pris 13 ou 14 000 livres que ce chevalier avait reçues de son fermier, et qu’on travaillait à échanger ce chevalier avec le marquis de Lévis. »


  1. Philippe, frère du roi.

  2. Janvier.

  3. Leuville-sur-Orge (Essonne), à 27 kilomètres au sud-ouest de Paris.

  4. Février.

  5. S’y rendre.

  6. Bignon-Mirabeau (Loiret).

  7. Gaston d’Orléans.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 5 mars 1652. Note 7

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(Consulté le 02.12.2020)

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