À Sebastian Scheffer, le 24 mai 1665
Note [73]

Page 359 (Paris, 1646), livre ii, chapitre cxxv, De Lentisco, Terebenthino, Larice, Abiete, Picea et Pinu [Le Lentisque, le Térébinthe, le mélèze, le sapin et le pin], ligne 7 (§ 12 de la section Mastic, vel Mastiche [Le Mastic ou Mastiche]), ajouter legendum esse [il faut lire] dans :

Quomodo igitur ουρητικη est lentiscus apud Dioscoridem ? Mihi contextus persuadet [legendum esse] επουλωτικη εστι. In ulceribus enim cavis et putridis, in fracturis ossium, etc. suas habet laudes.

[Comment donc le lentisque peut-il être diurétique pour Dioscoride ? Le contexte me convainc (qu’il faut lire) : il est cicatrisant ; car il se couvre de louanges dans les ulcères, creusants et putrides, dans les fractures des os, etc.]

Lentisque (Thomas Corneille) :

« Arbre fort commun en Italie, et dont on trouve beaucoup aux vieilles ruines et masures, et en la côte de la mer Tyrrhéniennne, tirant vers Gaète et Naples. On en voit de la grandeur d’un demi-arbre, et d’autres qui sont petits et qui, sans avoir un tronc fort gros, poussent à force des rejetons comme les coudriers. Plus le lentisque est massif et a ses feuilles épaisses, plus ses branches s’abaissent contre terre. Les feuilles de l’un et de l’autre ressemblent à celles des pistaches. Elles sont grasses, frêles et d’un vert obscur, quoiqu’elles aient le bout et certaines petites veines rouges. Cet arbre est toujours vert et a son écorce roussâtre, pliante et gluante. Outre ses fruits, qui sont faits en grappe, il jette de petites bourses recourbées comme une gousse, et dans ces bourses il y a une liqueur claire, qui avec le temps se convertit en bêtes semblables à celles qui sortent des vessies qui croissent sur les térébinthes {a} et les ormes. Le lentisque a une odeur forte qui oblige plusieurs à le fuir, à cause qu’il appesantit la tête. Le mastic sort du lentisque par le moyen des incisions que l’on fait à son écorce, {b} et le meilleur qu’on recueille est à Chio, île de la mer Égée où cet arbre croît en abondance plus qu’en aucun autre lieu. Matthiole dit que les insulaires de Chio l’ont en telle estime que s’il arrive que quelqu’un arrache un lentisque portant du mastic, soit sur sa terre, soit sur celle d’autrui, ils le condamnent à avoir la main coupée. On trouve aussi en Candie {c} des lentisques qui produisent le mastic, mais jaune, amer et moindre en bonté. On se sert encore de la semence du lentisque pour faire une excellente huile par expression, mais elle n’est pas beaucoup en usage en France. On fait de son bois des cure-dents merveilleux, non seulement pour se nettoyer les dents, mais encore pour se fortifier les gencives et se rendre l’haleine agréable. »


  1. V. note [4], lettre 220.

  2. Mastic (T. Corneille) : « espèce de gomme qui sort du lentisque en incisant son écorce. Le meilleur se recueille dans l’île de Chio, il doit être blanc et net, en larmes fort transparentes, et avoir l’odeur et le goût agréables. Dioscoride dit que cette gomme, appelée lentiscine par quelques-uns, si on la prend en breuvage, est bonne à ceux qui crachent le sang, aux toux invétérées et à l’estomac, et qu’on la mêle parmi les poudres qui servent à nettoyer les dents. Selon Galien, le mastic blanc, surnommé mastic de Chio, est composé de qualités en quelque façon contraires, étant astringent et remollitif, ce qui le rend propre aux inflammations de l’estomac, du ventre, des parties intérieures et du foie. Il ajoute que le mastic noir, appelé mastic d’Égypte, est plus dessiccatif et moins astringent, et qu’il ne laisse pas d’être bon aux choses qui demandent à être fort digérées et résolues par transpiration. Ce mot vient du grec mastikhê, qui veut dire la même chose, et qui peut-être a été fait de massein, exprimer le jus de quelque plante, à cause qu’on tire le mastic du lentisque qu’on incise. »

    Ce mastic végétal est sans rapport avec l’« espèce de ciment ou de composition dont on se sert pour joindre, enduire et attacher des pierres, du bois, etc. Il est fait de poudre, de brique, de cire et de résine. Les lapidaires s’en servent pour tenir les pierres quand ils le taillent ; les sculpteurs pour rejoindre les pièces d’une statue » (Furetière).

  3. La Crète.

La réédition de 1667 (page 285) a appliqué cette correction.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Sebastian Scheffer, le 24 mai 1665. Note 73

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1384&cln=73

(Consulté le 17.04.2021)

Licence Creative Commons