L. 594.  >
À Charles Spon, le 1er mars 1660

Monsieur, [a][1]

Je vous salue de toute mon affection et vous prie d’avoir pour agréable que M. Bauhin, [2] brave et sage, courtois et honnête homme, vous salue. Il est le fils de M. Bauhin de Bâle, [3][4] et de gente Asclepiadea[1] Il sera ravi de vous connaître à cause de votre mérite et peut-être (au moins je l’espère ainsi) ne serez-vous pas marri d’avoir leur connaissance. Je les ai trouvés tous deux fort honnêtes gens. Celui-ci est sage et cordial. Monsieur son père a été constamment mon ami depuis l’an 1625 que nous étions ici camarades en l’anatomie ; [2] il est savant et habile homme, de bonne réputation et de grand crédit en son pays. Je sais bien qu’il faut penser deux fois à ce qu’on fait quand on veut recommander quelqu’un à son ami, je me souviens du précepte d’Horace : [5]

Quem cui commendes etiam, atque etiam aspice, ne mox
Incutiant aliena tibi peccata pudorem
[3]

Verum tamen nobis hic nihil tale metuendum venit[4] c’est pourquoi je vous supplie de lui faire bon accueil et de contracter hardiment amitié avec lui, je tiens pour assuré qu’il correspondra à vos bonnes intentions.

Je baise ici très humblement les mains à mademoiselle votre femme et à M. Falconet. Je rencontrai ici M. Gras [6] la semaine passée, qui est gros et gras. N’aurons-nous jamais de nouvelles du livre de M. Sebizius, Speculum medico-practicum ? Il y a 18 mois qu’il a été mis sur la presse à ce que l’auteur même m’en a mandé, et depuis a été mis deux fois sur la foire de Francfort, [7] mais en catalogue seulement, c’est-à-dire en peinture. Quand sera-ce que nous aurons de Genève Theses Sedanenses en deux tomes in‑4o ? Le Cardan [8] est-il commencé ? Vale et me ama.

Tuum ex animo, G.P. [5]

De Paris, ce 1er de mars 1660.

Et combien que la paix [9] soit faite, on ne laisse point de chercher de l’argent. Le roi [10] veut faire huit maîtres des requêtes nouveaux. On parle aussi d’une Chambre de justice [11] que quelques gens veulent mettre en parti et pour laquelle on offre déjà 36 millions au roi ; mais on s’est moqué de telle offre, d’autant que, si l’on veut un peu presser l’éponge, on en fera venir plus de 150 millions. Il n’y aura qu’à ruiner deux ou trois cents partisans qui ont été les tyrans du royaume et les sangsues du pauvre peuple. [6]


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 1er mars 1660.
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(Consulté le 26.09.2020)

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