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À André Falconet, le 1er mai 1665

Monsieur, [a][1]

Ce 29e d’avril. > Le roi [2] a été aujourd’hui au Parlement [3] où il a porté une déclaration contre les jansénistes. [4] M. Talon [5] y a parlé longtemps et fortement, et même contre les moines et les religieuses, et a demandé au roi là-dessus quelque réformation. Quem das finem, Rex magne, laborum ? [1][6] Pour le Journal des Sçavans[7] on s’en moque ici et ces écrivains mercenaires se voient punis de leurs téméraires jugements par leur propre faute, turdus sibi cacavit malum[2] S’ils eussent continué dans leur folle et inepte façon de critiquer tout le monde, ils allaient attirer de terribles censures. Un savant homme, [8] qui en sait bien plus qu’eux et qui a déjà beaucoup écrit, est fort en colère contre eux. [3] Il dit que leur fait n’est que finesse pour faire valoir leurs amis et nuire à ceux qui ne le seront pas ; c’est une violence qu’on n’avait jamais vue en France. Dès le troisième Journal, M. le premier président [9] me dit seul à seul dans son cabinet, Ces gens-là se mêlent de critiquer, ils se feront bien des ennemis et nous serons bientôt obligés de leur imposer silence. Tout cela est arrivé par leur faute et à leur propre honte. [10] Je m’en vais de ce pas chez M. Parmentier [11] pour votre affaire. Il est honnête homme et mon bon ami ; il n’est guère maladif, mais quand il a quelque indisposition je suis son médecin. M. Sorel, [12] son beau-frère, [4] est aussi mon bon ami.

Dictum factum[5] j’en viens tout de ce pas. Bona verba[6] votre procès est jugé et vous l’avez gagné tout du long. Le charlatan [13] qui est débouté de ses demandes, s’il n’en demeure point là et qu’il veuille passer outre, je le recommanderai aussi à M. le premier président quand vous me le manderez. Vous faites bien de vous défendre contre ces pestes du genre humain. Morisset [14] est toujours embarrassé et Blondel [15] a toujours envie de chicaner et de plaider ; et cependant, rien n’avance. L’un sera toute sa vie badin et plein de vanité et l’autre sera toujours obstiné. M. Ferrand [16] n’est pas mort comme je vous l’avais mandé, c’est sa sœur [17] qui est morte et qui a causé le faux bruit. [7] On tient que les Anglais et les Hollandais sont tous prêts à se battre, et chaque jour on en attend des nouvelles. [8][18] Nous avons ici une saison fort tempérée, mais les blés ont besoin de pluie. Siccitates imbribus salubriores[9][19] aussi n’avons-nous guère de malades. Medici iacent, ægri ambulant[10][20] Je viens d’envoyer une lettre à mon Carolus, [21] qui reconnaît qu’il vous a des obligations particulières. Il étudie trop, et je lui dis souvent que cela le rendra mélancolique [22] et lui abrégera ses jours ; il m’a promis de s’en corriger.

On parle ici de révolte dans les états du Turc, [23] dans Constantinople [24] et au Grand Caire, [25] et autres lieux de l’Empire ottoman. [11][26] Ce serait là une belle occasion à tous les princes chrétiens de s’unir contre cet ennemi commun de notre religion et de nos muses, mais talis sapientia apud nos non habitat : [12] l’amour, l’avarice, l’ambition et la vengeance occupent tous les états des princes de l’Europe, et chacun ne songe qu’à son profit et à son plaisir, interea patitur iustus[13] Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 1er de mai 1665.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 1er mai 1665.
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(Consulté le 14.04.2021)

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