À André Falconet, le 1er mai 1665
Note [3]

La publication du Journal des Sçavans (v. note [6], lettre 814) était suspendue depuis son 13e numéro, daté du 30 mars 1665 ; elle reprit le 4 janvier suivant. Malgré une anticipation qui fait penser que le texte circulait avant d’être imprimé, Guy Patin faisait sans doute allusion à la préface que Gilles Ménage (que le numéro du 9 février 1665, pages 64‑65, avait été étrillé comme pédant) a mise (après une flatteuse dédicace à Colbert) en tête des Poésies de M. de Malherbe avec les Observations de M. Ménage (Paris, Louis Billaine, 1666, in‑8o, achevé d’imprimer du 19 janvier 1666) :

« […] Pour mes Observations, je le dis comme je le pense, je n’en ai pas une opinion fort avantageuse. Ce ne sont que petites questions de grammaire, et de grammaire française. Et non seulement je n’attends aucune louange de ce côté-là, mais je m’attends bien, si le Journal des Sçavans recommence, comme on dit qu’il va recommencer, que son auteur en fera des railleries, puisqu’il en a fait de quelques chapitres de grammaire de mes Aménités de droit, {a} qui sont beaucoup plus considérables en toutes façons. J’aurais pu facilement me venger de ces railleries par d’autres railleries, et plus fines, et plus ingénieuses. J’aurais pu faire voir au public que les gazettes de ce nouvel Aristarque, {b} qui vient ici censurer les plus célèbres écrivains du siècle, lui qui n’a rien écrit et dont le nom n’a été imprimé que dans des listes, ne sont, pour user des termes de M. Sarasin, {c} que billevesées hebdomadaires. Et sa dignité, quelque respect que j’aie pour elle, ne m’en aurait pas empêché : Senatori maledicere non licet ; remaledicere ius fasque est. {d} Mais je tire trop de gloire de ceux qui écrivent contre moi pour écrire contre eux. […] les injures, que je ne sais combien de petits envieux ont publiées contre moi dans leurs rhapsodies, et les libelles qu’on a faits pour me diffamer me sont infiniment plus glorieux que tous les livres qui ont été faits à ma louange. Mais c’est trop parler d’une chose dont il eût été mieux de ne point parler du tout et que je devais laisser ensevelie, comme elle l’était, dans le mépris et dans le silence […]. »


  1. Iuris civilis amœnitates, 1664, v. note [9], lettre 760.

  2. V. note [7], lettre 118.

  3. Jean-François Sarasin (1603-1654), poète ami de Gilles Ménage.

  4. « Il n’est pas permis de médire d’un sénateur ; le droit de Dieu et des hommes permet de répondre aux injures » [Non oportere maledici senatoribus, remaledici civile fasque esse] (Suétone, Vie de Vespasien, chapitre ix).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 1er mai 1665. Note 3

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(Consulté le 14.04.2021)

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