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À André Falconet, le 8 janvier 1666

Monsieur, [a][1]

Vous avez vu par ma dernière le peu de nouvelles que nous avons. Après ces fêtes, on pressera fort le paiement des taxes, autrement il y aura bien des emprisonnements. Le mois prochain, le roi [2] ira à Compiègne, [3] à Soissons, [4] à Amiens, [5] à Arras ; [6] delà, il visitera sa frontière ; chacun devine la suite à sa fantaisie. Notre paix s’en va se faire avec les Anglais. [1] L’Histoire de l’Université de Paris se vend rue Saint-Jacques [7] chez M. Le Petit. [8] J’entends les deux premiers tomes du grand ouvrage, le troisième est sous la presse, les autres suivront immédiatement sans aucune discontinuation à ce que m’en a dit l’auteur même, M. Du Boulay. [2][9] On dit ici que nos affaires ne vont pas bien du côté du commerce des Indes Occidentales [10] à cause du trop grand ménage qu’on y a voulu apporter. [3]

La reine mère [11] est beaucoup plus mal et extrêmement exténuée : de grasse qu’elle était, elle n’est plus qu’une squelette. [4] On est fort malcontent de ce M. Alliot [12] et même, on dit qu’il n’y fait plus rien. On n’a pas trouvé contre ses douleurs de meilleur remède que les petits grains de ces Messieurs les archiatres, qui ne sont faits, à ce que disent nos secrétistes, [5] que d’opium [13] préparé avec la rosée de mai. [6][14][15] Enfin notre M. Boujonnier, [16] fils aîné du bonhomme qui vit encore, [17] âgé de 77 ans, est mort chez sa belle-mère, à Gien-sur-Loire, [18] à son retour de Bourbon-Lancy. [7][19] Il n’avait que 33 ans, il laisse cinq petits garçons. C’est grand’pitié de mourir si jeune et laisser tant d’enfants qui sont encore si petits. Si la mère leur vient à manquer, Dieu et les lois y pourvoiront. J’ai vu ce matin passer le roi dans son petit carrosse, accompagné de cavaliers fort lestes ; j’étais dans la rue de la Verrerie et j’ai crié de bon cœur Vive le roi ! On disait qu’il allait à Grosbois, [8][20] mais il est revenu dès après midi, et de bonne heure. c’est que l’on est allé le chercher à cause d’un vomissement qui a pris à la reine mère. Faxit Deus ut ad maiorem sui gloriam, totiusque Galliæ multiplici modo oppressæ et gravatæ levamentum optima mater integræ valetudini restitatur : et in hoc voto desino[9]

Le Journal des Sçavans [21] recommence ici de paraître. Un honnête homme m’est aujourd’hui venu dire que j’étais prié de prendre ma part de la satisfaction qui m’était due dans la préface de la semaine présente et que dorénavant, personne n’aurait occasion de s’en plaindre ; je l’ai prié d’aller faire son compliment à mon fils Charles [22] qui avait été l’offensé et qui pourtant, par mon conseil, s’en était moqué et l’avait méprisé, voyant le peu de raison que cet impertinent Gazetier avait de reprendre ce qu’il n’entendait point, et même avec calomnie et double fausseté. Le même m’a dit que l’on travaillait pour y mettre le grand recueil du P. Théophile Raynaud, [23] dont j’avais présenté moi-même le mémoire l’an passé, dès la fin du mois de janvier, il y a bien près d’un an. Je serai bien aise de voir le jugement que feront ces Messieurs les critiques réformés de ce grand ouvrage. [10] Le P. Briet, [24] jésuite, qui l’a vu dans leur bibliothèque, [25] en est tout glorieux et le loue fort. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 8e de janvier 1666.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 8 janvier 1666.
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(Consulté le 15.11.2019)

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