L. 241.  >
À Claude II Belin,
le 6 septembre 1650

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Monsieur, [a][1]

Je vous fais réponse, parmi une infinité d’occupations qui m’empêchent de deçà, tant pour satisfaire à votre curiosité qu’afin de vous assurer que je suis, Dieu merci et vous, en bonne santé avec toute ma famille. Je vous remercie du soin que vous en avez. Il n’y a rien de nouveau en notre Faculté, sinon que depuis 22 mois il est mort une douzaine entière de nos compagnons, dont les deux derniers ne sont morts que ce mois d’août, tous deux jeunes. M. Merlet [2] a été jusqu’à la porte, mais il n’a point passé le guichet. Il y en a encore deux très malades. On parle fort ici des troupes à cheval du maréchal de Turenne, [3] dont on dit que l’avant-garde est venue jusqu’à La Ferté-Milon, [4] et à Dammartin. [1][5] C’est ce qui a fait résoudre à Messieurs de l’Hôtel de Ville de faire faire la garde aux portes, [6] comme l’on faisait durant la guerre de Paris l’an 1649. Le lundi 29e d’août, de peur qu’il n’arrivât quelque malheur, les trois princes [7][8][9] ont été tirés du Bois de Vincennes [10] et ont été conduits par 300 cavaliers, les uns disent à Loches, [11] les autres au Havre. [2][12] La peste [13][14] est rude et grande à Rouen, elle y a tué 4 000 personnes en moins de 15 jours. La délibération avait été prise de faire garder les portes, mais elle a été révoquée. Nous n’avons ici rien de certain de Bordeaux, [15] sinon que l’on dit qu’ils se défendent fort bien et qu’il y a toute assurance que le Mazarin [16] ne les prendra point cette année ; au moins c’est ce que je souhaite très ardemment, et beaucoup d’autres de deçà avec moi. Le Parlement a fait de deçà quelques assemblées pour Bordeaux, mais cela ne va point généreusement comme il devrait aller. J’ai peur qu’enfin le Parlement ne devienne ridicule pour le grand nombre de partisans de la tyrannie qui sont là-dedans. Si virtutis vena ulla paternæ viveret in nobis[3][17] cela irait tout autrement. Le duc d’Orléans [18] favorise si fort le Mazarin et son parti qu’il élude presque tout ce qu’on entreprend ici pour Bordeaux, à son grand déshonneur et à notre malheur ; mais je ne sais combien tout cela durera, tout le monde en gronde de deçà. Les trois princes, du jour qu’ils furent tirés de Vincennes, furent menés à Marcoussis, [19] où il y a un fort château, [4] et y sont encore ; et tout alentour il y a plusieurs troupes qui mangent rudement tout le pays circonvoisin, tandis que le roi [20] a besoin de troupes devant Bordeaux. Voilà une étrange et enragée politique. Pour l’histoire que me demandez par votre seconde < lettre >, auctore Petro Bizarro Sentinate[5][21] je vous donne avis que je ne l’ai jamais eu, ni guère de livres de cette nature ; néanmoins, à cause de vous, je m’en enquerrai et si je la puis trouver de quelqu’un de mes amis, je vous promets de vous en gratifier. Je vous baise les mains de toute mon affection et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Pais, ce 6e de septembre 1650.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 6 septembre 1650

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(Consulté le 19.11.2019)