L. 352.  >
À Charles Spon,
le 3 juin 1654

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Monsieur, [a][1]

Depuis ma dernière qui fut du mardi 26e de mai, avec un billet de 35 livressols pour les livres que m’aviez achetés en deux différentes fois, que je crois qu’avez reçu, je vous dirai que le prince de Conti [2] est parti d’ici le mercredi 27e de mai avec quelque train. On dit qu’il va en Catalogne, [3] ou à Pézenas. [4] Il n’y a encore rien de certain touchant l’affaire du comte d’Harcourt. [5] Pour le sacre, [6] on tient que c’est chose assurée, que le roi l’a tant de fois demandé qu’enfin on lui a accordé ; mais on allègue une raison d’État, et toute mystique, pourquoi il a désiré d’être sacré, sed nequit illa litteris consignari ; [1] nous en verrons les suites, si elle est vraie. On parle ici d’une éclipse [7] du soleil pour le mois d’août prochain, laquelle doit faire bien du mal ; je n’en ai point du tout peur, je crois tout à fait celui qui a dit A signis cæli nolite metuere[2][8] Quelques-uns nous menacent de la peste, [9] je n’en crois rien non plus : la saison est fort belle et bien douce, le fléau de la guerre nous incommode assez, Dieu est trop bon pour nous faire davantage de mal. Cromwell [10] ambitionne un nouveau titre, vult indigetari Rex maris et Imperator Oceani ; [3] dans les titres musqués du feu roi d’Angleterre, [4][11] il a été nommé par quelques flatteurs le roi de la mer. Cette grande puissance sur l’Océan a fait autrefois dire au feu roi de Suède [12] que s’il eût été roi d’Angleterre, il fût bientôt devenu roi et maître de toute l’Europe.

Ce samedi 30e de mai. Le roi [13] est sorti de Paris aujourd’hui au matin sur les onze heures. On le suit plutôt qu’autrement car c’est lui qui mène les autres : il veut être sacré et le sera bientôt, etiam renuentibus aliis[5] Il va aujourd’hui coucher à Meaux [14] et demain à La Ferté-sous-Jouarre. [15] Je viens de consulter avec M. Merlet [16][17] qui a bonne et grande espérance de quelque chose de bon après le sacre ; il dit que l’esprit du roi s’éveille, faxit Deus, etc[6]

Ce lundi 2d de juin[7] On dit que le roi n’est sorti qu’aujourd’hui, 2d de juin, de la ville de Meaux pour aller à Reims. [18] Il y a séjourné plus qu’il ne pensait à cause que le Mazarin [19] s’est trouvé incommodé ex agitatione currus ; creditur a peritis laborare calculo in vesica[8][20] On dit que les affaires d’Angleterre sont en bon état pour nous, mais on ne dit rien du prince de Condé [21] ni ce qu’il fera, combien qu’il soit tantôt temps. Il n’y a plus que six feuilles du livre de M. Merlet à imprimer, on commence celui de M. Perreau ; [9][22] il ne s’expédie presque rien ici faute d’ouvriers. M. Riolan est incommodé de rhumatisme [23] externe et de fluxion sur son poumon qui lui a fait venir son asthme ; [24] j’entends comme vous l’entendez mieux que moi, anhelitus difficultatem interdum summam sine febre[10] Il vieillit fort, nec satis accuratam servat victus legem : [11] il aime le bon vin et est friand, [12] qui est un symptôme de vieilles gens.

Le pape [25] a refusé les bulles [26] des sept abbayes pour le cardinal de Retz [27] au lieu de son archevêché et a défendu au cardinal d’Este [28] de lui plus parler de cette affaire, [13] de la part du cardinal Mazarin ni d’aucun autre, que ledit cardinal de Retz n’ait été six mois hors de prison et en toute sorte de liberté. Je vous prie de faire mes très humbles recommandations à M. Gras [29] qui, comme j’espère, vous rendra la présente [non, c’est M. Duhan [30] qui me l’a demandée et a voulu que je la lui donnasse] [14] et je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 9e de juin 1654. [15]

Je vous prie de savoir de M. Barbier, [31] qui est un certain Gabriel Fontanus, medicinæ doctor et professor[32] duquel il a imprimé un petit livre de huit demi-feuilles l’an 1647, intitulé Tetras gravissimorum Capitis affectuum, in‑8o[16] Le médecin de Venise [33] qui doit envoyer quelque chose pour mettre au Van Helmont [34] de M. Devenet, [35] s’appelle Taken et est allemand. [17][36] On imprime en Hollande Thomæ Bartholini Observationes anatomicæ[18][37] de nouvelles épîtres de Grotius ad Belgas et Germanos[19][38] un Thesaurus linguæ Latinæ Vossii[20][39] un nouveau livre de Fr. Bacon de Verulam, [21][40] et Vita Melanchthonis per I. Camerarium[22][41][42]

Je vous prie de dire à M. Ravaud [43] qu’il ne pense plus au livre de M. Gassendi, [44] lequel s’est engagé et je n’en ai pu rien obtenir ; je pense que c’est à M. Barbier, mais la copie n’en est pas prête et ne le sera de deux ans. Je lui baise les mains, et à MM. Huguetan. Je n’entends point de nouvelles de M. Musnier [45] de Gênes ; [46] je ne puis croire autre chose de lui, sinon qu’il est mort.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 3 juin 1654

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(Consulté le 15.11.2019)