L. 896.  >
À André Falconet,
le 29 décembre 1666

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Monsieur, [a][1]

Le roi [2] a dit à M. le premier président [3] que dès le mois de mars, il ira faire un voyage en Bretagne. On dit aussi que M. le chancelier [4] y ira et qu’il partira avant le roi. On dit qu’il y a du bruit en Angleterre entre la noblesse et la Chambre basse ; on en dit autant du Portugal, et même de l’Espagne aussi. Tout ce qu’on a dit de la maladie du pape [5] était une fiction. On a ouvert le côté à Maître Élie Béda des Fougerais, [6] homme d’honneur si jamais il en fut. À ce qu’il dit, on lui a tiré bien de la boue, il s’en porte mieux. Voilà comment Dieu envoie du secours aux gens de bien, Non vult mortem peccatoris, sed magis ut convertatur et vivat. [1][7] Il y a ici des plaintes contre notre nouveau lieutenant criminel, [8] M. Defita, et au Châtelet [9] et à la Cour. On dit qu’il a fait donner le fouet [10] à un marchand de blé sans autre forme de procès, sur le simple rapport d’un commissaire, et pour ce fait il en est appelé au Parlement ; comme aussi pour avoir fait sortir de prison une certaine femme dont le procès était distribué à un conseiller du Châtelet nommé M. Duret, [2][11] sans que le rapporteur ait été ouï. Le dernier fait est jugé tant plus hardi et violent que cette femme méritait une rude punition, et plus que la corde, quoiqu’on ne soit pas informé de son crime.

On parle ici d’un nouveau mariage à la cour, savoir de la fille de M. Colbert, [12][13] qui est aujourd’hui le Topanta Cæsaris[3] avec M. le duc de Chevreuse, [14][15][16] qui est le fils de M. de Luynes [17] et petit-fils du connétable [18] qui mourut l’an 1621. [4] M. d’Albert de Luynes était un petit gentilhomme provençal de noblesse fort mince, qui fit fortune auprès du roi Louis xiii [19] par le débris du marquis d’Ancre, [20] l’an 1617, et pour avoir aidé à apprendre à des petits moineaux à voler après et à attraper des mouches. [5] M. Colbert, fils de marchand, est devenu grand seigneur et gouverne sous main toute l’Europe ; au moins est-il comme le maître de la France. Voilà deux favoris qui font de leur côté chacun un grand pas et qui cherchent à se rencontrer ; quod utinam succedat utrique parti certe, [21]

                     nihil est quod credere de se
non possit, quum laudatur Dis æqua potestas
[6]

Je viens d’apprendre que vous êtes échevin de Lyon. [7][22] J’en suis ravi et j’en loue Dieu, le priant d’augmenter vos honneurs et votre prospérité, mais surtout de vous faire vivre longtemps en bonne santé. Generatio Iustorum benedicetur[8][23] La nièce [24] du cardinal Mazarin mariée au fils de M. de La Meilleraye [25] a quitté son mari et a écrit au roi les causes de son divorce. [9] Je ne sais si cette famille fera bonne fin, aussi bien que celle du cardinal de Richelieu, [26] car enfin, Dieu est juste et hait l’inhumanité et la cruelle philargyrie. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 29e de décembre 1666.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 29 décembre 1666

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(Consulté le 23.10.2019)