L. 1004.  >
À André Falconet,
le 10 août 1671

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Monsieur, [a][1]

On parle beaucoup ici de M. de Lionne [2] qui, avec la permission du roi, [3] a fait enlever sa femme [4] et l’a fait mettre dans un monastère. On dit que c’est à cause de son jeu [5] et de ses profusions. [1] La cour est en tristesse pour M. le duc d’Anjou, [6] et de ce que M. le Dauphin [7] ne se porte guère bien. M. de Guise, [8] âgé de 22 ans, est mort d’une fièvre continue [9] avec la petite vérole [10] et une oppression de poitrine, sans avoir été saigné et sans médecins. Il n’a eu pour secours iatrique [2] qu’un grand charlatan d’apothicaire nommé Beaurains, [11] qui est, à ce qu’il dit, plus savant que tous les médecins, qui lui a donné des remèdes cordiaux [12] et des poudres de perles, [13] et un nommé Du Fresne, [14] soi-disant médecin, qui était ci-devant valet de chambre de feu Mme de Guise. [15] His gradibus transeunt principes in terram Australem, nulli mortalium adhuc cognitam[3] Les sages ne savent rien de cette géographie, que par la grâce des jansénistes [16] ou par la voie de la révélation. [4] On me vient de dire que Vallot [17] est fort malade et qu’il s’est fait ramener de Saint-Germain [18] à Paris, où il est présentement. Il est devenu si gros et si pesant qu’il ne saurait se soutenir s’il n’est aidé par deux hommes ; enfin, il est fortement asthmatique. [19]

Ce 4e d’août. Deux évêques sont morts depuis peu, savoir celui d’Auxerre [20][21] et celui du Mans. [5][22] Un de nos médecins nommé Fabien Perreau [23] mourut pareillement hier ici, âgé de 33 ans. Il est mort d’une fièvre continue maligne [24] qui lui est venue du mauvais air de l’Hôtel-Dieu [25] où il était un des médecins. Il a été saigné [26] douze fois ; mais ce qui lui a bien aidé à mourir ont été trois jeunes médecins de ses amis qui lui ont fait prendre plusieurs verres d’eau de casse [27] dans lesquels, par une finesse ridicule et même punissable, on faisait mettre quelque once de vin émétique, [28][29] pur poison en cette conjoncture car il était fort assoupi et même, avait des mouvements convulsifs ; mais erat in fatis ut misere periret ingratissimus disciplus D. Francisci Blondel[6][30] Voici un malheur d’une autre nature : un de nos médecins, M. de Launay, [31] âgé de 74 ans, est tombé en enfance ; [32] son fils unique, [33] avocat célèbre a été conseillé de faire une assemblée de parents et par autorité des juges, il l’a fait mener à Saint-Lazare [34] où on a accoutumé de mettre de telles gens ; il y a été gardé quelque temps et enfin, le mal augmentant, on l’a mis où on met les fous, savoir dans les Petites-Maisons [35] du faubourg Saint-Germain. Vallot est au lit fort pressé de son asthme, [36] peu s’en fallut qu’il n’étouffât avant-hier au soir, mais il en fut délivré par une copieuse saignée. [37] Il a reçu l’extrême-onction, [38] c’est pour lui rendre les genoux plus souples pour le grand voyage qui lui reste à faire. Il n’a été qu’un charlatan en ce monde, mais je ne sais ce qu’il fera en l’autre, s’il n’y [de]vient crieur de noir à noircir ou de quelque autre métier où on puisse gagner beaucoup d’argent, qu’il a toujours extrêmement aimé. [7]

Pour son honneur, il est mort au Jardin royal [39] le 9e d’août à six heures après midi ; on ne l’a point vu mourir et on l’a trouvé mort en son lit. [8] Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

Ce 10e d’août 1671.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 10 août 1671

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(Consulté le 18.10.2019)