L. latine 314.  >
À Werner Rolfinck,
le 6 septembre 1664

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 176 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Werner Rolfinck, docteur en médecine, à Iéna.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Voilà longtemps que je vous dois une réponse, mais aussi d’immenses remerciements, à la fois pour vos livres et disputations, que le très distingué M. Volckamer m’a transmis, [2] pour votre amour à mon égard et pour cette exceptionnelle doctrine que, tel un soleil levant, vous avez si souvent et heureusement déversée sur le monde médical tout entier. Voilà 7 ans que, pour mon immense chagrin et pour le malheur commun de toute la médecine, notre très éminent Riolan [3] a pénétré là quo pius Æneas, quo Tullus, dives et Ancus, pulvis et umbra sumus[1][4] C’était le 21e de février < sic > 1657, cinq heures avant d’avoir achevé sa 80e année d’âge. Au moment de sa mort, j’occupais depuis trois années pleines sa chaire dans le Collège royal de Cambrai, [5] bien que très loin de l’égaler en mérites comme en talents ; [6][7] mais pourtant avec grande et constante foule d’auditeurs qui, pour étudier la médecine, accourent et s’assemblent tous les ans à Paris. [8] Ils y viennent de toute la France et des pays voisins pour les nombreuses dissections anatomiques qu’on a coutume de pratiquer pendant les mois d’hiver en différents lieux, tant publics que privés, [9] ainsi que pour l’étude de la botanique qu’on cultive soigneusement, aux mois de printemps et d’été, dans le Jardin royal, vraiment royal mais exclusivement royal, pour l’avantage apparent du public. [2][10]

[Ms BIU Santé no 2007, fo 176 vo | LAT | IMG] Pour la cataracte, sa nature et son traitement, je n’en pense rien de plus que le commun des anatomistes et des médecins. [11] Jamais je n’ai été affecté par cette curieuse démangeaison de la nouveauté qui sévit aujourd’hui dans les écoles de médecine. Je dois cela, entre autres, à mes très vénérables maîtres, dont je prie encore très souvent pour les mânes. Ce furent de très grands personnages, Nicolas Piètre, [12] Jean Riolan, André Du Chemin [13] et René Moreau. [14] Élevé à leurs pieds et imprégné des meilleurs préceptes, ayant rejeté la frénésie de la nouveauté, je me suis fortement attaché aux premiers maîtres de l’art médical, Hippocrate, [15] Galien, [16] Fernel, [17] et j’ai fait tout mon possible pour embrasser fermement leurs dogmes, sans avoir à m’en repentir. Jamais leur méthode de remédier ne m’a abusé dans les opérations du métier ; elle m’a heureusement réussi, au moyen de la diète bien conduite, [18] de la phlébotomie [19] et de la purgation à l’aide de remèdes peu nombreux, mais choisis et éprouvés. [20] Que triomphe donc Galien, que triomphe la vérité, plutôt que toutes les ruses et impostures de novateurs ! Je me renseignerai pourtant sur la question que vous posez et vous écrirai si j’y trouve quelque réponse utile. [3] En attendant, je vous en prie, très distingué Monsieur, vale et aimez-moi.

De Paris, le 6e de septembre 1664.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Werner Rolfinck, le 6 septembre 1664

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(Consulté le 11.05.2021)