L. latine reçue 5.  >
De Marten Schoock,
le 12 août 1656

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[Ms BIU Santé 2007, fo 344 ro | LAT | IMG]

Éminent Monsieur, ornement choisi de votre Compagnie, [a][1][2]

[…] le très entreprenant M. Christiaen Utenbogard [3] […] très distingué personnage et fort connu chez nous […] quelques-uns des fruits que j’ai produits dans la précipitation, et qu’il est ordinaire de tenir pour une obole à un éléphant. [1] Je n’ai jamais composé mes ouvrages pour la renommée ni pour l’apparat, et depuis que je vis ici, il m’a toujours fallu batailler contre l’insouciance et l’ignorance des imprimeurs. [4] Si j’écris quelque ouvrage, c’est que mes amis ou mes étudiants me l’ont presque arraché de force. Et cependant, bien des livres de divers genres ont paru sous mon nom et (soit dit sans vouloir vous heurter) ont mérité quelque louange ; je ne puis vous les offrir tous car ce serait me dépouiller des seuls exemplaires qui me restent et, surtout, me faire maudir pour les sornettes que j’y ai contées. On est en train d’en imprimer certains qui traitent de théologie, plusieurs d’histoire et quelques-uns d’histoire naturelle. Je dépends du bon plaisir de ces gens qui ont coutume de tenir en leur pouvoir les petits cœurs des Muses ; je ne montrerai aucune mansuétude à leur égard car, comme étant de modeste condition et père d’une neuvaine de nouveau-nés, ils ne se soucient pas de moi et me contraignent au silence. [2] J’hésite sur l’origine de l’inspiration, je croirais avoir prouvé qu’elle est engendrée par la bile ; [5] quant à son absence, j’ai très lestement épuisé les arguments de Valerianus et de votre Mersenne, homme qui, pour le reste, πολλων ανταξιου αλλων ; [3][6][7] mais où trouverai-je des écrivains qui partagent de telles opinions ? En ce siècle, très éminent Monsieur, on met la notoriété du nom sur le même pied que la destinée : des ânes dorés accaparent les universités et l’imprimerie, en ayant exclu tous ceux qui donnent du prix à la pudeur, et qui ne tolèrent pas de sacrifier publiquement à l’effronterie (déesse hautement estimée) ; moi tout particulièrement, et je m’enveloppe de ma vertu. En attendant, très distingué Monsieur, je me tiendrais pour heureux si je pouvais me compter au dernier rang de vos vassaux. Je ne sais être esclave de personne ; mais suivant mon sentiment et ma sincérité, je sais profondément estimer τον πανυ [4] Patin, pilier de la purification de la médecine, perfection de la philosophie naturelle, très élégant soutien des belles-lettres, et même gardien qui empêche les Muses de s’enfuir. Puisque, suivant l’antique formule, je suis disposé à offrir une partie de mes ans à l’incomparable Patin, je prie Dieu, qui en est le comptable, de nous conserver longtemps un si éminent personnage, pour le bien commun de la république des lettres, et de l’inciter à me ménager sa faveur. Je serai son perpétuel admirateur, même si je ne me suis pas considéré jusqu’ici comme digne d’être son vassal,

Marten Schoock.

Écrit en très grande hâte, de Groningue, au lendemain des calendes d’août 1656 (style local). [5]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Marten Schoock, le 12 août 1656

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(Consulté le 05.04.2020)