À Charles Spon, le 24 novembre 1642
Note [11]

« à laquelle il attachera le discours qu’il a publiquement tenu sur le nombre quaternaire ».

Dans la philosophie pythagoricienne (v. note [27], lettre 405) le nombre quaternaire (τετρακτυς) est le nombre 10 formé par l’addition des quatre premiers nombres (1 + 2 + 3 + 4), considéré comme le fondement de toutes choses. Les quatre licenciés de juin 1642, en l’honneur des quels le doyen Du Val avait composé son discours, avaient été, par ordre de mérite : Roland Merlet (v. note [6], lettre 450), Jean ii Cousin (v. note [67], lettre 150), Nicolas Crespon (v. note [12], lettre 179) et Jean Le Prévost (natif de Vire en Normandie, les trois autres étant de Paris) (Baron).

Du Val consacrait les dix dernières pages (numérotées 13‑23) de son Υγιαινειν, sive Presentatio licentiandorum quatuor Facultatis medicinæ Parisiensis ann. 1642 [Être en bonne santé, ou Présentation des quatre licentiandes de la Faculté de médecine de Paris pour l’an 1642] à une digression sur le nombre quatre, dont voici le début :

Iam vero si altum sapere liceat, et numerorum mysteria sanctiora perscrutando, fidem habere abstrusis ac reconditioribus illis Pythagoricæ Philosophiæ Logismis, arcanisque documentis, iure vobis Doctores Medici quotquot adestis, Collegæ mei sapientissimi, iure et mihi nunc Decano vestræ Facultatis, lætandum esse censeo, prorsusque gratulandum, quod in insignes hosce Quadrum viros, Quatuor inquam, Licenciatos inciderimus, atque eos quidem suo Marte arteque claros ac longe ornatissimos ; sed quorum maxime numerus qui Quaternarius est, omnino videatur sitque revera sacer, augustus, felix, plenusque mysteriis ; et qui propterea omnium numerorum habeatur sanctissimus, locupletissimus, fœcundissimus ; quod eminenti quadam, prorsusque admiranda ratione, Rerum principia, primævasque origines, et ipsas essentiarum radices, ac thesauros ; unoque verbo, naturæ fontes, arcana Entium, ipsorumque numerorum dignitatem, fundamenta, perfectiones pulcherrime contineat.

Eam quippe ob rem (Doctissimi Auditores) Sapiens ille Samius, et Harmonicæ ac Numeralis Philosophiæ princeps Pythagoras, solenne sacrumque iusiurandum, δια τετρακτην, quasi mysterium, atque maximum Sacramentum creditur instituisse, ως μεγιστου ορκου οντος της τετραδος, ac si Quaternarius, inquit Plutarchus in Placitis Philosophorum, sit Iusiurandorum maximum.

[Et maintenant, s’il est légitimement permis, tant à vous, docteurs en médecine ici présents, mes collègues les plus sages, qu’à moi, qui suis maintenant doyen de votre Faculté, de prendre de la hauteur et, sondant les plus sacrés mystères des nombres, d’aaccorder crédit à ces calculs abstrus et très mystérieux de la philosophie pythagoricienne, et à ses secrets enseignements, je pense qu’il faut nous réjouir et nous féliciter profondément, parce que nous y aurons rencontré ce carré d’hommes remarquables, je veux dire nos quatre licenciés {a}. Certes, leur combat et leur art les ont rendus brillants et leur ont fait atteindre les plus hauts sommets de la distinction ; mais surtout, leur nombre, qui est le quaternaire, paraît tout à fait et est véritablement sacré, auguste, heureux et plein de mystères ; de tous les nombres, on le tient donc pour le plus saint, le plus riche et le plus fécond parce que, pour quelque raison supérieure et tout à fait admirable, il contiendrait magnifiquement les principes des choses, les origines premières et les racines mêmes des essences, ainsi que leurs trésors ; soit en un mot, les sources de la nature, les mystères des êtres et la grandeur, les fondements, les perfections des nombres eux-mêmes.

Pour cette raison, très doctes auditeurs, on crédite Pythagore, ce sage de Samos et le prince de la philosophie harmonique et numérale, d’avoir institué un serment solennel et sacré, δια τετρακτην, {b} presque un mystère, et le plus grand des engagements : ως μεγιστου ορκου οντος της τετραδος, {c} dit Plutarque dans De Placitis philosophorum, {d} pour dire que le nombre quaternaire était le plus grand de tous les serments]. {e}


  1. Page 22, Du Val confère des qualificatifs aux quatre licenciés : Merlet est Δαιμονα [le Divin], Cousin est Ερωτα [le Passionné], Crespon est Αναγκην [l’Indispensable] et Le Prévost est Τυχην [le Chanceux].

  2. « Par le nombre quaternaire ».

  3. « Par le nombre de quatre, en effet admirable, je jure, et ce serment est le plus redoutable ».

  4. Les Opinions des philosophes, livre i, chapitre iii.

    La suite du texte de Plutarque précise les vertus du nombre quaternaire :

    « Notre âme, ajoute Pythagore, est aussi formée sur l’analogie du nombre quatre. Ses facultés sont l’intelligence, la science, l’opinion et la sensation. Ces quatre facultés ont été les sources de tous les arts et de toutes les sciences ; et c’est par là que nous sommes des êtres raisonnables. »

  5. Le reste du discours de Du Val glorifie lyriquement le nombre quatre au travers des saisons, des vents, des humeurs corporelles, des divinités catholiques (Trinité et Vierge Marie), etc.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 novembre 1642. Note 11

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(Consulté le 06.12.2022)

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