Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii
Note [13]

Matthiole a parlé du bézoard à la fin de son commentaire (page 755) sur le chapitre lxxiii, De la terre seellée (terre sigillée de Lemnos, v. supra notule {a} de la note [6]), livre v de Dioscoride (Lyon, 1579, v. note [42], lettre 332). Il en a reconnu les grandes vertus alexitères, en remarquant toutefois que « cette pierre est difficile à recouvrer car on en trouve d’autres semblables, lesquelles n’ont aucune vertu contre le poison ».

Marie-France Claerebout, l’inépuisable correctrice de notre édition, m’a aidé à identifier le père José (Joseph) de Acosta (Medina del Campo vers 1540-Salamanque 1600), théologien et supérieur provincial des jésuites au Pérou (1576-1585), auteur de l’Histoire naturelle et morale des Indes, tant Orientales qu’Occidentales : où il est traité des choses remarquables du ciel, des éléments, métaux, plantes et animaux qui sont propres de ce pays. Ensemble, des mœurs, cérémonies, lois, gouvernements et guerres des mêmes Indiens. Composée en castillan par Joseph Acosta et traduite en français par Robert Regnault, Cauchois. Dédié au roi. Dernière édition, revue et corrigée de nouveau (Paris, Marc Orry, 1600, in‑8o, première édition en espagnol à Séville, 1590). Le chapitre xlii du livre iv est intitulé Des pierres de bézoards, avec ce passage (fo 207 ro‑vo) :

« Les pierres de bézoard qui viennent de l’Inde Orientale ont le premier lieu d’estime entre ces pierres, lesquelles sont de couleur olivâtre, le second, celles du Pérou, et le troisième, celles de la Neuve-Espagne. {a} Depuis que l’on a commencé de faire état de ces pierres, ils disent que les Indiens en ont sophistiqué et fait d’artificielles, et plusieurs, quand ils voient de ces pierres plus grandes que les ordinaires, croient que ce sont des pierres fausses et une tromperie. Néanmoins, il y en a de grandes fort fines, et de petites qui sont contrefaites. L’épreuve et expérience est le meilleur maître de les connaître. Une chose digne d’admirer est qu’ils naissent et se forment sur des choses fort étranges, comme sur un fer d’aiguillette, {b} sur une épingle ou sur une bûchette, que l’on trouve au centre de la pierre ; et pour cela, ne tiennent-ils pas qu’elle soit fausse, pource qu’il arrive que l’animal peut avoir avalé cela, et que la pierre se caille et s’épaissit là-dessus, qui va croissant, une coquille l’une sur l’autre, et ainsi s’augmente. Je vis au Pérou deux pierres fondées et formées sur des pignons {c} de Castille, ce qui nous fit tous beaucoup émerveiller pource qu’en tout le Pérou nous n’avions point vu de pignes ni de pignons de Castille, s’ils n’étaient apportés d’Espagne, ce qui me semble chose fort extraordinaire. »


  1. Le Mexique.

  2. Aiguillette : « cordon ou tissu ferré par les deux bouts, qui sert à attacher quelque chose à une autre » (Furetière), comme les deux pans d’une braguette (v. note [24], lettre 99).

  3. Fruits de la pomme de pin.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii. Note 13

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(Consulté le 14.10.2019)

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