À Marten Schoock, le 7 juillet 1663, note 2.
Note [2]

La principale charge de l’historien luthérien Johann Philippson Sleidan (v. note [2], lettre 474) se trouve dans son Histoire entière déduite depuis le Déluge jusques au temps présent, par Jean Sleidan. En laquelle est premièrement compris l’état des quatre Empires souverains ; puis de la Religion et République, jusques à la mort de l’empereur Charles v (Genève, Jean Crespin, 1561, in‑4o ; ouvrage d’abord publié en latin et traduit en diverses langues), au livre iii (numéro que Patin a laissé en blanc dans le manuscrit et que j’ai ajouté entre chevrons), année 1521, fo 18 vo :

« Au temps susdit, les théologiens de Paris condamnèrent les livres de Luther, après avoir recueilli quelques articles de celui qui est intitulé De la captivité de Babylone, et des autres, comme Des Sacrements, Des décrets et lois de l’Église, De l’Indifférence des œuvres, Des Vœux, De la Contrition, absolution, satisfaction, Du Purgatoire, Du libéral Arbitre, De l’Immunité des ecclésiastiques, Des Conciles, Des Peines des hérétiques, De la Philosophie, De la Théologie scolastique, et plusieurs autres. Sur cela admonestent le lecteur et tous chrétiens de se donner garde de telle doctrine : car la coutume des hérétiques est de mettre d’entrée quelques choses plaisantes en avant, lesquelles, si une fois sont imprimées en l’esprit, il est malaisé de les arracher. Mais sous ces paroles amiellées, {a} il y a du poison mortel. Puis ils font un rôle des hérétiques qui ont été par chacun temps, {b} et y mettent Wiclef et Jean Hus, et Luther pour le dernier ; {c} lequel ils blâment fort, comme téméraire et arrogant, pource qu’il pense plus voir et être plus aigu que tous autres, en tant qu’il ne fait compte des jugements des Saints Pères et interpréteurs, tous tant qu’ils sont, ni des conciles ou universités, en tant qu’il rejette la coutume et consentement de l’Église observé par tant d’âges, comme s’il était vraisemblable que le Christ eût voulu cependant laisser en si grandes ténèbres d’erreurs. Mais c’est le propre des hérétiques de détourner les Écritures à leur fantaisie. Après ils viennent à nombrer quelques livres par lui composés et montrent quels hérétiques il ensuit en chacun point. Or vu que leur état et profession requiert de retrancher selon leur puissance les erreurs, quand ils commencent à naître à cette cause ils ont diligemment épluché les livres d’icelui, pour montrer à chacun comment il se doit donner garde. Finalement, après avoir tout bien examiné, ils trouvent que sa doctrine est pernicieuse et digne d’être mise au feu, et que l’auteur d’icelle doit être contraint de l’abjurer et détester. Melanchthon {d} répondit à cette censure et Luther aussi, mais plaisamment. Quant aux théologiens de Paris, ils se prisent par-dessus tous ceux de cette profession qui sont en Europe. Ils ont deux collèges principaux, Sorbonne et Navarre, où abordent gens de toutes nations pour apprendre. Ceux qui sont reçus en cette Faculté de théologie (ils les appellent communément bacheliers) sont exercés par maintes disputes tout l’été ; et faut qu’en un certain acte (qu’ils nomment sorbonique) ils répondent aux arguments de tous leurs compagnons par douze heures sans bouger. Là se traitent de merveilleuses questions, et souvent des choses frivoles, et qui surpassent l’entendement humain. On y crie à puissance, et les disputes se finissent le plus souvent par le bruit et tintamarre des auditeurs, quand l’une des parties est trop longue en son propos, ou trop inepte. Les docteurs, qui ont le nom de Nos Maîtres, écoutent au dehors par des treillis. Ceux-ci sont les censeurs de toute doctrine, et comme petits rois, car nul n’ose rien publier de théologie sinon par leur permission. La plupart d’entre eux vit en oisiveté, et < ils > semblent aspirer à ce degré pour être à leur aise et condamner aux autres. Entre eux il y a quelques bons esprits ; mais ils mériteraient autre compagnie et meilleure instruction. »


  1. Mielleuses.

  2. Une liste chronologique des hérésies chrétiennes contestant l’autorité de Rome sur les âmes.

  3. V. note [84] de L’Esprit de Guy Patin, faux Patiniana II‑7 pour le Tchèque Jean Hus, brûlé en 1415, et sa notule {b} pour l’Anglais Jean Wiclef (mort en 1384), tous deux précurseurs de la Réforme prononcée par Martin Luther en 1517 (v. note [15], lettre 97).

  4. V. note [12], lettre 72.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Marten Schoock, le 7 juillet 1663, note 2.

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(Consulté le 30/05/2024)

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