Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-7, note 84.
Note [84]

L’article du Moréri sur le théologien réformateur tchèque Jean Hus (Jan Huss, 1373-1415) est bien plus riche que l’abrégé moralisateur fourni par L’Esprit de Guy Patin :

« Recteur de l’Université de Prague, son nom, qui signifie oie, était celui d’un petit bourg de Bohème {a} où il naquit de parents de la lie du peuple. Il [reçut le degré de bachelier ès arts à Prague l’an 1393, et celui de maître en 1395, et fut fait prêtre en 1400. Presqu’aussitôt qu’il eut été ordonné, il] entreprit de renouveler les erreurs des vaudois et de Wiclef, {b} qu’il commença à publier en Bohème l’an 1407 avec une ardeur incroyable. Il ajouta depuis de nouvelles erreurs à celles de Wiclef, se joignit à Jérôme de Prague {c} et se fit un grand nombre de disciples. Ils prêchaient que les réprouvés ne sont point membres de l’Église, que saint Pierre n’en a point été le chef, et d’autres erreurs que nous marquerons en parlant des hussites. {d} Ces hérétiques causèrent des maux incroyables dans la Bohème. Le roi Venceslas {e} s’en mit peu en peine parce qu’il ne songeait qu’à ses plaisirs et à la bonne chère ; mais l’empereur Sigismond, {f} frère et héritier présomptif de ce roi, crut avec raison qu’il ne devait pas négliger d’apaiser ces troubles. Il écrivit à Venceslas et envoya de ses gens à Jean Hus pour lui persuader de venir défendre sa doctrine devant le concile de Constance, {g} où cet empereur devait se trouver. Jean Hus ne le refusa pas et fit d’abord afficher, devant la porte du palais et devant celle des églises de Prague, qu’il irait à Constance rendre compte de sa foi. Il fit encore afficher cet écrit dans plusieurs villes d’Allemagne. Ensuite, il se mit en chemin et arriva à Constance au mois de novembre 1414. L’empereur lui avait envoyé un sauf-conduit. On employa sept mois à examiner ses opinions. On envoya deux évêques en Bohème pour informer de la doctrine qu’il avait prêchée et enseignée, dont ils firent leur rapport au concile. On nomma des commissaires pour recevoir la déposition des témoins et pour examiner les propositions qu’on avait tirées de ses livres, et il eut lui-même la permission de parler et de se défendre. Les plus habiles hommes qui étaient à Constance travaillèrent à lui persuader d’abjurer ses erreurs. Il le promit, puis il le refusa ; de sorte que, persistant à soutenir ses erreurs, il fut condamné à être brûlé avec ses livres ; ce qui fut exécuté le 16e de juillet 1415. Un auteur de sa secte qui était présent à son supplice dit que Jean Hus monta sur le bûcher avec une grande intrépidité, et qu’il mourut en chantant des psaumes et en invoquant le nom de Jésus-Christ. Les protestants se plaignent de ce qu’on le fit mourir malgré le sauf-conduit que lui avait donné l’empereur Sigismond. On répond à cela qu’ils n’ont peut-être pas examiné ce sauf-conduit, que nous avons dans Cochlæus, dans Bzovius et ailleurs, {h} car il paraît que le concile n’y avait point de part ; et qu’outre cela, ce n’était qu’une recommandation aux villes, chez qui Jean Hus arrivait, de le bien recevoir et de le laisser passer librement. Ses disciples le mirent au nombre de leurs martyrs. Les protestants rapportent beaucoup de fables au sujet de Jean Hus, et disent qu’en mourant, il s’était écrié qu’on faisait mourir une oie ; mais que cent ans après sa mort, il renaîtrait un cygne de ses cendres, qui soutiendrait la vérité qu’il avait défendue. Ce cygne est, selon les protestants, Luther {i} et ses disciples […], qui firent graver diverses pièces de monnaie de l’un et de l’autre, sous la forme d’une oie et d’un cygne. »


  1. Aujourd’hui Husinec en Tchéquie. Le passage qui suit, mis entre crochets, vient du Moréri de 1718, tome 3, page 604.

  2. V. note [11], lettre 403, pour les vaudois, qui adhéraient à l’hérésie propagée par Pierre Valdo au xiie s.

    Jean Wiclef (John Wyclif ou Wyckiffe), prêtre et théologien anglais natif du Yorkshire (vers 1330-1384), est tenu pour avoir été le plus ancien précurseur de la Réforme anglicane (1531, v. note [42] du Borboniana 10 manuscrit) : en se fondant sur l’étude et l’autorité de la Bible, il a contesté le pouvoir de l’Église, romaine comme anglaise, sur les âmes de ses fidèles.

  3. Jeronym Prazsky (1379-1416), théologien tchèque, ami de Hus, périt sur le bûcher un an après lui.

  4. Moréri, 1716, page 605 :

    « Ces errants soutenaient presque les mêmes opinions que les calvinistes soutiennent aujourd’hui contre le pape et les prêtres, et pour ce qui regarde la communion sous une seule espèce ou, pour nous servir de leurs termes, le retranchement de la coupe ; mais ils ne niaient pas la présence réelle du corps et du sang Jésus-Christ dans l’Eucharistie. Ils prétendaient que l’Église est le corps des prédestinés et que les réprouvés n’en peuvent être les membres ; que la condamnation des quarante-cinq articles de Wiclef, faite par les docteurs orthodoxes, était impie et déraisonnable ; etc. »

  5. Venceslas de Luxembourg (1361-1419), dit l’Ivrogne, roi de Bohème en 1378.

  6. Sigismond de Luxembourg (1368-1437), roi de Hongrie en 1387, roi des Romains en 1411, roi de Bohème en 1419, empereur germanique en 1433.

  7. Réuni à Constance (v. note [6], lettre 26) de novembre 1414 à avril 1418, par Sigismond et l’antipape Jean xxiii (1410-1415) pour mettre fin au grand schisme d’Occident (v. note [67] du Faux Patiniana II‑5).

  8. V. notes [25], lettre 348, pour Iohannes Cochlæus, et [21], lettre 408, pour Abraham Bzovius.

  9. Fondateur de la Réforme protestante définitive un siècle plus tard (1517, v. note [15], lettre 97).

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-7, note 84.

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(Consulté le 20/05/2024)

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