À Charles Spon, les 5 et 7 juin 1652
Note [22]

Guy Patin empruntait sa locution latine à Joseph Scaliger qui l’a utilisée, dans la longue lettre de 1594 à Janus Douza où il a écrit l’histoire de sa famille et la vie de son père (Ép. lat., livre i, i, v. note [10], lettre 104), pour évoquer la mauvaise fortune d’un franciscain lors de la guerre qui opposa François ier, roi de France, au duc Charles ii de Savoie en 1536 :

Itaque ingenti præda potitus, impedimenta omnia, et magnum captivorum numerum abduxit, in quibus erat Anna Ducis Sabaudi concubina, mulier egregia forma, et Thomas ille Franciscanus, decantatissimus Agyrta, quatuor millibus coronatorum instructus, quæ ipse histrionicis concionibus suis et aliis vernilibus technis in Gallia per aliquot annos quæsiverat. Annam in arce Vici novi pudice a matronis nobilibus habitam Dux paulo post precio redemit. Thomæ non alia redemptione opus fuit, quam illis, quæ secum gestabat, quatuor millibus aureorum, quibus Galerum Cardinalitium redimere constituerat. Sed cum amissos nummos nulla spes recuperandi aut reparandi esset, moerore vitam paulo post finivit.

[Alors, riche d’un immense butin, le roi emporta tous les bagages des armées et un grand nombre de captifs, parmi lesquels étaient Anna, maîtresse du duc de Savoie, qui était une fort jolie femme, et ce franciscain Thomas, charlatan très célèbre, riche de quatre milliers de couronnes qu’il s’était acquises en France en quelques années par ses harangues de comédien et d’autres moyens serviles. Peu après, le duc racheta Anna que de nobles dames avaient vertueusement tenue dans la citadelle de Vicus Novus. {a} Pour le rachat de Thomas, il n’y eut besoin de rien d’autre que de ces quatre milliers de pièces d’or qu’il portait avec lui, avec lesquelles il avait prévu de se mettre un bonnet de cardinal sur la tête ; mais, sans aucun espoir de récupérer ou de refaire l’argent perdu, il mourut de chagrin peu après].


  1. Vinovo en Piémont.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, les 5 et 7 juin 1652. Note 22

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0288&cln=22

(Consulté le 11.07.2020)

Licence Creative Commons