À Charles Spon, le 8 mars 1644
Note [48]

C’est-à-dire depuis le 24 juin 1643, soit en moins de 9 mois : un succès fulminant. Le privilège de La fréquente Communion est daté du 29 mai 1643, avec l’appui de 39 approbateurs, archevêque et évêques, docteurs, chanoines et amis augustiniens.

Pour donner une idée du retentissement que cet ouvrage eut sur le public, Raoul Allier a rapporté les réactions et les propos amers de Vincent de Paul à son sujet (La Cabale des dévots, pages 167‑169) :

« Cependant, le livre d’Arnauld sur la Fréquente communion avait désolé Vincent de Paul. Au fond, il n’en blâmait point l’austérité morale. Il est probable que la même thèse, soutenue par un docteur bien noté, ne l’aurait point scandalisé. Sous la plume d’un disciple de Saint-Cyran, elle avait un air de menace. N’était-ce point le début de l’assaut détourné que des hérétiques masqués méditaient contre le catholicisme ? Et, sous main, le saint agissait. Dans le “ Conseil de conscience ”, il décidait la reine régente et le cardinal Mazarin à commander qu’Arnauld allât à Rome défendre son livre devant le tribunal de l’Inquisition (mars 1644). Mais il échouait devant l’opposition du Parlement, qui jugeait ce voyage contraire aux libertés gallicanes. On le voit, en 1646, écrire au cardinal Grimaldi {a} et lui recommander le libelle ridicule de Raconis contre le docteur de Port-Royal. {b} C’était encore une façon de solliciter l’intervention de Rome.

En 1648, Vincent n’y tenait plus. “ L’on ne voit plus, écrivait-il à l’abbé d’Horgni, {c} cette hantise {d} des sacrements qu’on voyait autrefois, non pas même à Pâques. Plusieurs curés se plaignent de ce qu’ils ont beaucoup moins de communiants que les années passées : Saint-Sulpice en a trois mille de moins ; M. le curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, {e} ayant visité les familles après Pâques, en personne et par d’autres, nous dit dernièrement qu’il a trouvé quinze cents de ses paroissiens qui n’ont point communié ; et ainsi des autres. L’on ne voit quasi personne qui s’en approche {f} les premiers dimanches du mois et les bonnes fêtes, ou très peu, et guère plus aux religions (maisons religieuses), si ce n’est encore un peu aux jésuites. ” Et à mesure qu’il écrit, il laisse apercevoir de plus en plus sa pensée : “ Il est véritable que ce livre détourne puissamment tout le monde de la hantise {d} fréquente de la sainte communion et de la sainte confession, quoiqu’il fasse semblant, pour mieux cacher son jeu, d’être fort éloigné de ce desein. ” Il finit par laisser échapper l’idée qui le poursuit : “ Ce livre n’a été fait qu’à dessein de détruire la messe et la communion. ” {g}

Cette fois, l’accusation est formelle. Il s’agit bien de ce complot mystérieux que Vincent a flairé, auquel on l’a fait croire, et qu’il est impatient de dénoncer. Et le saint est obligé de constater que, dans une société fondée pour assurer le règne de la vérité catholique, les suppôts d’hérésie ont leurs libres entrées. Et il doit se résigner à une paix apparente qui révolte sa conscience. » {g}


  1. V. note [15], lettre 311.

  2. Examen et jugement du livre de la Fréquente communion, fait contre la fréquente communion, et publié sous le nom du Sieur Arnauld, docteur de Sorbonne. Où est ajouté un traité très important du directeur solide et apostolique, pour opposer au directeur visionnaire de nos nouveaux prophètes. Par Messire Charles François d’Abra de Raconis [vers 1580-1646], docteur en théologie, conseiller du roi en ses Conseils, prédicateur ordinaire de la reine, évêque de Lavaur [Tarn] (Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1644, in‑4o de 470 pages ; dédié à la reine régente, Anne d’Autriche).

  3. Le 25 juin.

  4. Fréquentation ordinaire.

  5. V. note [29] des Affaires de l’Université en 1651‑1652, dans les Commentaires de Guy Patin sur son décanat.

  6. Du banc de communion.

  7. Lettre du 10 septembre 1648.

  8. Raoul Allier explique ensuite comment la Fréquente communion détermina la Compagnie du Saint-Sacrement, dont Vincent de Paul était l’agent visible, à s’élever contre Port-Royal et à exclure de ses rangs ceux qui lui étaient liés : « dans une cabale déjà secrète, il s’en forme une encore plus secrète. Des confrères se mettent à part, délibèrent dans les coins et cherchent les moyens d’expulser ceux qui leur déplaisent. Ils entendent que la Compagnie, qui veut purifier l’Église et le monde, commence par se purifier elle-même. Il faut obtenir une décision de Rome qui obligera les téméraires à se soumettre ou à se retirer » (page 169).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 mars 1644. Note 48

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(Consulté le 24.11.2020)

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