À Claude II Belin, le 3 mars 1635
Note [7]

L’Empire, l’ancien Saint-Empire romain germanique, occupait tout l’est de l’Europe continentale, à l’exception du Danemark et de la Pologne, depuis le Rhin, jusqu’aux frontières de Russie (la Moscovie) et de Turquie (l’Empire ottoman). Cet immense territoire, composé de plus de 300 États, était placé sous la tutelle, volontiers symbolique, d’un souverain catholique qui portait le nom exact d’« empereur romain de nation germanique ». La désignation de l’empereur était soumise au vote des électeurs germaniques. Depuis la Bulle d’Or (diète de Nuremberg, 1356), leur nombre était fixé à sept : trois étaient ecclésiastiques (les électeurs de Mayence, de Cologne et de Trèves), et quatre laïques (le roi de Bohême, le comte palatin, le duc de Saxe et le margrave de Brandebourg, qui portait le nom de Grand Électeur). Après la paix de Westphalie (1648), leur nombre passa à huit, avec l’ajout d’un cinquième électeur laïque, celui de Bavière. Cela n’empêchait pas l’hérédité de jouer un rôle prépondérant dans les successions impériales : depuis 1438 le sceptre impérial était entre les mains de la Maison d’Autriche-Habsbourg, dont le plus illustre représentant fut Charles v (Charles Quint) qui, depuis son élection en 1519 jusqu’à son abdication en 1556, cumula les titres d’empereur germanique et de roi d’Espagne.

Pendant toute la période des lettres de Guy Patin, l’empereur élu a été un catholique, membre de la famille des Habsbourg d’Autriche. Ce furent successivement Ferdinand ii (élu en 1619, mort en 1637, v. ci-dessous), Ferdinand iii (1637-1657, v. note [11], lettre 44), fils unique de Ferdinand ii, et Léopold ier (1658-1705, v. note [8], lettre 432), fils cadet de Ferdinand iii. Avant d’accéder au trône impérial, ces trois souverains avaient porté le titre de roi de Bohème et de Hongrie. Avant de devenir empereur, il fallait être élu roi des Romains (rex Romanorum), c’est-à-dire héritier désigné de l’empereur régnant. À défaut de roi des Romains (comme à la mort de Ferdinand ii), on élisait directement et le roi des Romains, et l’empereur. Le dernier des empereurs issus de la famille Habsbourg d’Autriche fut Charles vi, qui régna de 1711 à 1740.

L’empereur était alors Ferdinand ii de Habsbourg (1578-1637), petit-fils de Ferdinand ier (frère puîné de Charles Quint). Roi de Bohême en 1617, de Hongrie en 1618, Ferdinand avait été couronné empereur l’année suivante. Élève des jésuites et leur instrument dévoué, il poursuivit pendant toute la durée de son règne un double but, l’établissement du pouvoir absolu et l’extinction du protestantisme. Ses persécutions avaient déterminé en Bohême un soulèvement qui avait été le commencement de la guerre de Trente Ans (1618-1648). Vainqueur de l’électeur palatin Frédéric v, que les Bohémiens avaient choisi pour roi, Ferdinand avait exercé les plus sanglantes représailles contre les réformés, et attaqué ensuite la ligue des princes protestants, dont le chef, Christian iv de Danemark, avait été vaincu à Lutter (1626) par Tilly et Wallenstein. Menaçant les côtes de la Baltique l’empereur n’avait plus dissimulé son projet d’extirper la Réforme en Allemagne. La publication de son fameux édit de restitution (1629), qui dépouillait les protestants de leurs biens et de leurs droits, lui avait suscité de nouveaux ennemis. Richelieu, alarmé de la puissance croissante de la Maison d’Autriche, avait alors négocié secrètement avec les protestants. Le roi de Suède, Gustave-Adolphe, s’était jeté en Allemagne pour appuyer ses coreligionnaires et avait écrasé les généraux de l’empereur à Leipzig (1631) et à Lutzen (1632), où il avait perdu la vie. Toutefois, cette mort n’avait amélioré que momentanément la position de Ferdinand, qui s’attira une déclaration de guerre de la France et mourut peu de temps après les victoires du général suédois Bauer, emportant dans la tombe la douleur d’avoir vu tous ses projets renversés (G.D.U. xixe s.).

V. note [3], lettre 16, pour la paix entre les Suédois et les Impériaux qu’on espérait encore alors, mais qui ne se fit pas.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 3 mars 1635. Note 7

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(Consulté le 20.10.2019)

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