À Johann Daniel Horst, le 28 novembre 1664, note 8.
Note [8]

De son premier mariage avec Barbara Pithot (ou Bitot, 1613-1646), Johann Caspar i Bauhin (1606-1685) avait eu dix enfants, dont trois fils qui s’étaient destinés à la médecine :

  • Johann Caspar ii, turbulent aîné né en 1632 (v. note [28], lettre 229), ne poursuivit pas ses études jusqu’au doctorat ; Guy Patin a plusieurs fois parlé de lui dans ses lettres de 1650 à 1658 ;

  • Hieronymus, troisième fils, né en 1637, a correspondu avec Patin ;

  • Johann Jacob, sixième fils, né en 1641, fait ici son unique apparition dans la Correspondance de Patin. La Bibliothèque universitaire de Bâle conserve et met en ligne (cote G I 57:Bl.59‑60, référence que Marie-France Claerebout m’a fort aimablement signalée) une lettre de Johann Jacob à son père, datée de Paris le 6 novembre 1662, avec ces premières lignes :

    Clarissimus D.D. Patinus quamplurimam, Tibi Domine Parens observandissimo, impertitur salutem. Mirabar quod prima vice primo intuitu, meo me alloqueretur nomine, quæsivique quam sciret me hunc esse, respondit faciem Bauhinianam tam altas in imaginatione sua egisse radices ut inter plures hominum myriades, eam progeniem cognosceret.

    [Monsieur mon très vénérable père, le très distingué M. Patin vous adresse toutes ses salutations. J’ai été surpris qu’au premier regard jeté sur moi, après que je lui eus dit mon nom et demandé s’il savait qui j’étais, il m’ait répondu que les traits des Bauhin étaient si profondément enracinées en sa mémoire qu’il reconnaîtrait un homme pour un des leurs parmi plusieurs dizaines de milliers].

Lors de leurs séjours à Paris, tous trois, apprend-on ici, avaient été auditeurs de Patin au Collège de France. En 1654, leur père s’était remarié avec Anna Maria Meyer (1629-1685) qui lui donna quatre autres enfants, dont un fils qui devint aussi médecin : Friedrich (1656-1696), qui était trop jeune pour figurer dans la correspondance de Patin, fut reçu docteur à Bâle en 1678 et devint médecin de la duchesse douairière Sibylla de Wurtemberg.

Philosophe grec du vie s. av. J.‑C., Héraclite d’Éphèse était réputé mélancolique et misanthrope, pleurant de tout quand Démocrite (v. note [9], lettre 455) riait de tout. Diogène Laërce (Vies et doctrines des philosophes illustres, livre ix, 13) cite une lettre d’Héraclite au roi Darius ier (v. notule {a}, note [45] des Triades du Borboniana manuscrit) qui l’invitait à rejoindre sa cour :

« Tous ceux qui se trouvent vivre sur terre sont bien éloignés de la vérité et de la justice : ils se soucient de leurs désirs insatiables et de leur soif d’honneurs, à cause de leur misérable démence. Pour moi, j’entretiens en moi l’oubli de toute mesquinerie, j’évite le rassasiement de toutes choses, qui est le compagnon habituel de l’envie ; et parce que je redoute l’éclat excessif, je ne saurai me rendre dans le pays des Perses, me contentant de peu selon mon idée. »

Patin a souligné le mot « métamorphose » et l’a écrit avec une majuscule initiale (Metamorphosin), pouvant suggérer un renvoi aux Métamorphoses d’Ovide ; mais cette piste ne m’a mené à rien. Je me suis contenté de penser que Patin voulait rire du triste naufrage qui avait emporté Johann Caspar ii dans la déchéance, puis dans un monastère (v. note [11], lettre 532). La carrière médicale de Johann Jakob fut probablement aussi un échec, comme le laisserait penser l’absence de données biographiques le concernant. Le rire narquois (« démocritique ») de Patin à leur sujet tenait, me semble-t-il, à la froideur de Johann Capar i, leur père, à son égard, dont il s’est plusieurs fois plaint dans ses lettres.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Daniel Horst, le 28 novembre 1664, note 8.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1359&cln=8

(Consulté le 21/02/2024)

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