L. 42.  >
À Claude II Belin,
le 20 août 1638

Monsieur, [a][1]

Je vous envoie les deux livres que je vous ai promis à votre partement[1][2] monsieur votre petit frère [3] a été ici rudement attaqué d’une fièvre continue, [4] laquelle lui a un peu donné de relâche depuis. Si cette rémission persévère, il espère de s’en aller bientôt à Troyes, [5] y prendre l’air. [2] Regardez si votre herbier est intitulé Observationes stirpium, car le mien est intitulé Stirpium adversaria nova ; [6][7] et si cela est, nous biguerons pour ce que vous voudrez le vôtre. [3] Le roi [8] arriva hier à Saint-Germain. [9] Son Éminence [10] est demeurée sur la frontière, d’où l’armée a été dépêchée de nouveau en bon ordre pour un nouveau siège de place, mais on ne la nomme pas encore. [4][11] Nous espérons l’accouchement de la reine [12] vers le commencement de septembre. Dieu vous veuille bien délivrer des loyolites [13] et vous tenir en bonne santé, vous et madame votre femme, à laquelle je baise très humblement les mains, pour être toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 20e d’août 1638.


a.

Ms BnF no 9358, fo 48 ; Triaire no xlii (pages 143‑144) ; Reveillé-Parise, no xxxiii (tome i, pages 55‑56).

1.

Claude ii Belin était donc venu récemment voir Guy Patin à Paris.

2.

Ce convalescent était Sébastien Belin, v. note [4], lettre 10.

3.

Les Observationes stirpium que Guy Patin souhaitait « biguer » (échanger) avec Claude ii Belin pouvaient être une des rééditions des :

Stirpium Adversaria nova, perfacilis vestigatio, luculentaque accessio ad Priscorum, præsertim Dioscoridis, et Recentiorum, Materiam Medicam. Quibus propediem accedet Altera Pars. Conientaneorum de Plantis appendix, de succis medicatis et metallicis sectio, antiquæ et novatæ Medicinæ lectiorum remediorum thesaurus opulentissimus, de succedaneis libellus. Authoribus Petro Pena et Matthia de Lobel, Medicis.

[Répertoire nouveau des Plantes : recherche très aisée, copieuse augmentation à la matière médicinale des Anciens, principalement Dioscoride, et des Modernes. Une seconde partie y sera très prochainement adjointe : Appendice des conjectures sur les plantes ; section sur les potions médicinales et métalliques ; très riche thésaurus des remèdes les mieux choisis de l’ancienne et nouvelle médecine ; et livret sur les succédanés. {a} Par Pierre Pena et Matthias de Lobel, médecins]. {b}


  1. Je n’ai trouvé dans les catalogues ni cette seconde partie, ni aucune des parties qui en étaient ici annoncées.

  2. Londres, Thomas Purfœtius, 1571, in‑fo, richement illustré, dédité à la reine Élisabeth ire d’Angleterre, pour la première édition.

    Aucune réédition ne correspond au titre d’Observationes stirpium [Observations des plantes]. Celle d’Anvers (Christophe Platin, 1576) est en deux tomes in‑fo) dont le second est intitulé : Plantarum seu Stirpium Historia… Additis Guilielmi Rondeletti aliquot Remediorum formulis, nunquam antehac in lucem editis [Histoire des plantes ou racines… On y a ajouté quelques formules inédites des remèdes de Guillaume Rondelet (v. note [13], lettre 14)].

    L’« herbier » que possédait Belin devait être les :

    Icones Stirpium seu Plantarum tam exoticarum quam indigenarum, in gratiam rei herbariæ studiosorum in duas partes digestæ. Cum septem linguarum Indicibus, ad diversarum nationum usum.

    [Images des Racines ou Plantes, tant exotiques que domestiques, présentées en deux parties, au profit de ceux qui étudient la botanique. Avec index en sept langues, pour l’usage des diverses nations]. {i}

    1. Anvers, Plantin, chez la veuve et Jean Moret, 1591, in‑8o, atlas sans texte explicatif autre que les noms de plantes dessinées. L’épître du libraire en attribue la source à Lobel.

Matthias de Lobel (Lobelius, Lille 1538-Highgate 1616) avait été reçu docteur en médecine de l’Université de Montpellier, puis avait voyagé longuement en Europe avant de s’installer à Anvers où il devint médecin de Guillaume d’Orange. Il passa ensuite en Angleterre où le roi Jacques ier se l’attacha en qualité de botaniste.

Pierre Pena (1535 ?-1605 ?), médecin provençal, était lié d’une étroite amitié avec Lobel. Ils s’étaient rencontrés dans le Midi de la France. Dans ses observations, Lobel fit usage d’un nombre considérable de plantes que son ami avait recueillies dans ses voyages. Lobel se montra peu reconnaissant envers Pena, dont le nom ne se trouve qu’à la tête de ses Nova stirpium adversaria. Deux genres de plantes, lobéliacées et pénæacées, ont immortalisé les noms de ces deux botanistes (O. in Panckoucke). V. note [15] des Actes de la Faculté en 1650-1651, dans les Commentaires de Guy Patin, pour son neveu Lazare Pena, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris.

4.

Ce nouveau siège de place flamande allait être Le Catelet (v. note [2], lettre 30).


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 20 août 1638

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0042

(Consulté le 13/06/2024)

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