L. 14.  >
À Claude II Belin,
le 4 janvier 1633

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Monsieur, [a][1]

J’ai, Dieu merci, vu en cette ville Monsieur votre frère [2] qui a pris la peine de me venir voir par plusieurs fois. Je me fusse réputé bien honoré de l’aller voir chez lui, comme j’eusse fait, mais il a si peu séjourné ici que je n’ai pu m’acquitter de ce devoir, duquel je vous prie tous deux de m’excuser. Il m’a suffisamment montré par sa conférence qu’il était très habile homme et qu’il était bien plus encore que vous ne m’aviez mandé. C’est de lui que je puis dire à bon droit ce que Cicéron [3] disait à Atticus [4][5] du livre de Varron : [1][6] Is est mundus doctrinæ et thesaurus eruditionis locupletissimus ; [2] ou bien, ut cum Eunapio Sardiano loquar, vivens musæum et spirans bibliotheca, omni scientiarum genere refertissima[3][7] Je regrette bien de ce qu’il est parti si tôt de cette ville, sur l’espérance que j’avais de bien amender mon ignorance par sa conversation. Quand il prit la peine de me dire adieu, je lui donnai pour vous rendre un arrêt de la Cour de Parlement, pour le procès qui avait été grand entre les apothicaires [8] et les épiciers [9] de cette ville. [4] Maintenant je vous envoie deux autres pièces, savoir le catalogue des docteurs de notre École, [10] nouvellement imprimé, avec un autre petit livret qu’on n’a mis en jour que depuis huit jours et que l’auteur m’a donné dans le dernier jour de l’an passé, auquel j’en demandai un second pour un de mes amis, vous entendant. Vous verrez au catalogue le nom de M. Mallet [11] effacé, qui mourut ici le 28e de décembre 1632. [5] Pour le petit livret de M. Mentel, [6][12] il est plus curieux pour sa rareté que nécessaire ni utile pour ce qu’il contient, étant un pur acte de flatterie envers quelques particuliers, lesquels je confesse bien être dignes de louanges, comme d’habiles et savants hommes que j’honore beaucoup, mais aussi qui méritent d’être autrement loués, et en meilleur endroit et de meilleure sorte. Mais Quisque suos patimur manes[7][13] et savez bien aussi que stulto unicuique suo more licet insanire[8] Pour votre libraire de Troyes, [14] il me dit devant Cottard [15] que j’avais étrangement loué ledit Cottard en ma lettre que je vous avais envoyée, et ledit Cottard le savait déjà bien, disant ledit libraire que lui aviez montré ma lettre. Je leur répondis à tous deux que je vous avais mandé, comme à un ami, que Cottard était bien fin et que quand il ne trompait point, ce n’était que faute d’occasion, et non de bonne volonté ; mais le tout en riant, etc. Mais je ne veux plus parler de ces gens-là qui troublent la fête et la joie de nos entretiens : habeant sibi res suas lucriones isti sordidissimi ; [9] c’est assez que nous sachions nous garder d’eux qu’ils ne nous trompent. Quod spectat ad consilium de dysenteria Zachariæ Tonnelier[10][16] si vous le jugez digne d’être imprimé, je tâcherai de trouver quelque occasion pour ce faire et vous le manderai alors ; attendant laquelle, vous le garderez s’il vous plaît. Nous avons eu un Tonnelier, [17] mais il ne s’appelait pas Zacharias[11] Je voudrais avoir vu ce que dites de abditis morborum causis [12] et de la mort de M. Rondelet [13][18] d’Adrien Le Tartier, [19] étant chose que je n’ai jamais vue. [14] Je vous prie de présenter mes très humbles baisemains à Monsieur votre frère et à M. Dacier le bonhomme. On travaille ici au traité de Sennertus, [20] De Consensu, etc., après lequel on imprimera sa Physique. On imprime aussi son quatrième livre de Pratique qui est dédié à la reine de Suède [21] et est de morbis mulierum et infantium ; on réimprime aussi, sur une copie nouvellement augmentée et revue par l’auteur, son traité de febribus ; [15][22] lesquels tous je vous conseille d’avoir dès qu’ils seront achevés, non pour la bonne pratique qui y soit, mais seulement à cause de la grande quantité de questions qui y sont agitées. Pour Dupleix, [23] il travaille présentement à l’histoire du roi Louis xiii[24] nous ayant donné en un petit in‑fo à part, depuis six mois, celle du feu roi Henri iv ; [25][26] tout le surplus de l’histoire se trouvant en trois autres volumes in‑fo d’assez juste grosseur, qui plaît aux uns et déplaît aux autres, comme font la plupart des historiens. On traduit ici l’Histoire latine de M. le président de Thou, [27] de laquelle il y aura six volumes en français. [16] Le roi est allé à Dourdan, [17][28] où doit arriver demain M. le cardinal de Richelieu [29] que l’on amène du Poitou en litière. [18][30] Quant aux livres d’Italie, je désirerais fort d’en recouvrer un petit fait par Epiphanius Ferdinandus, [19][31] lequel je crois être in‑8o dédié au pape Paul v[32] si je ne me trompe. Il traite περι μακρω βιοτητος de vitæ longitudine ; [20] je voudrais l’avoir bien payé et le tenir. Il y en a aussi un autre petit nommé Lud. Septalii, Animadversionum et cautionum medicarum, libri duo. Patavii, apud Paulum Frambottum, in‑8o, 1630[21][33] J’aimerais mieux ces deux petits-là que d’autres plus gros, cum magnus liber sit magnum malum[22] Si pouvez avoir ces deux-là pour moi, je m’en tiendrai tant plus obligé à vous, en espérance de vous servir en récompense de tout mon pouvoir en toute sorte d’occasion, comme étant à jamais, Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur.

Patin.

De Paris, ce 4e de janvier 1633.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 4 janvier 1633

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(Consulté le 16.09.2019)