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À Johann Daniel Horst, le 1er avril 1666

[Ms BIU Santé 2007, fo 207 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Daniel Horst.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Salve ! [1] Pour vous remercier de votre lettre, je vous adresse celle-ci, profitant de M. Sebastian [2] qui quitte cette ville avant même que j’aie bien eu le temps de savoir qu’il y était arrivé. Ce jeune Jean Houssaye est français, [3] de Tours, Tourangeau, et non pas de Thorn. [2][4] Je me réjouis que notre ami Scheffer se porte bien ; [5] je lui ai récemment écrit. Je n’ai pas encore vu M. Colot et n’ai pas entendu dire qu’il était de retour. [3][6] Les juifs extravaguent au sujet de leur Messie : tous les fous disent des sottises. [7] On espère ici une paix entre nous, les Anglais et les Hollandais, [8] par l’entremise du Suédois, [9] du Danois [10] et des autres princes qui sont favorables à la déesse Pax ; [4][11] Dieu veuille que, sûre et certaine, elle apparaisse bientôt sous de bons présages, sans nulle fourberie. Je remercie votre fils de se souvenir de moi. [12] Si vous avez quelque chose à m’envoyer, confiez cela à notre Scheffer, ou à qui vous voudrez ; j’en prendrai les dépenses à mon compte. Je souhaite avant tout acquérir des thèses et des disputations médicales, en particulier de Peste, de Theriaca, de Febribus, etc. ; [5][13][14][15] non pas tant nouvelles, comme il en paraît tous les jours, qu’anciennes, jadis imprimées en Allemagne. Vivez et portez-vous bien, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, le 1er avril 1666.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


1.

« Bonjour cher Monsieur ! » : introduction facétieuse, unique dans les lettres de Guy Patin, que je trouve distrayant de mettre en relation avec la date de celle-ci. « On dit proverbialement donner un poisson d’avril pour dire engager quelqu’un à faire quelque démarche inutile, pour avoir lieu de se moquer de lui. Cette mauvaise plaisanterie ne se fait que le premier jour d’avril » (Académie).

Saint-Simon s’en est amusé à l’année 1711 de ses Mémoires (tome iv, page 6), avec cette anecdote sur l’archevêque-électeur de Cologne, Joseph-Clément de Bavière (1671-1723), en visite à la cour de France :

« Il n’y avait point de cérémonies qu’il n’aimât à faire. Enfin il aimait même à prêcher, et on peut juger comment il prêchait. Il s’avisa, un premier jour d’avril, de monter en chaire ; il y avait envoyé inviter tout ce qui était à Valenciennes, et l’église était toute remplie. L’Électeur parut en chaire, regarda la compagnie de tous côtés, puis tout à coup se prit à crier : “ Poisson d’avril ! poisson d’avril ! ” et sa musique, avec force trompettes et timbales, à lui répondre. Lui cependant fit le plongeon, {a} et s’en alla. Voilà des plaisanteries allemandes, et de prince, dont l’assistance, qui en rit fort, ne laissa pas d’être bien étonnée. »


  1. « On dit qu’un homme fait le plongeon quand il se baisse et s’échappe dans une foule, en sorte qu’il ne paraît plus » (Furetière).

2.

L’italique est en français dans le manuscrit et y explicite le mot latin Turonensis.

Deux lettres latines plus loin (9 avril 1666 à Sebastian Scheffer) Guy Patin a reparlé de Jean Houssaye, jeune médecin de Tours qui voyageait en Allemagne. Il ne figure pas dans les listes des gradués de Paris et de Montpellier établies par Baron et Dulieu. V. note [30], lettre 547, pour Thorn en Poméranie, nom de ville que Johann Daniel Horst avait confondu avec Tours.

3.

Le précédent brouillon de lettre à Sebastian Scheffer que conserve le Ms BIU Santé 2007 est daté du 17 décembre 1665.

Dans la seconde partie de sa lettre du 6 janvier 1666 à Johann Daniel Horst, Guy Patin avait parlé du chirurgien cystotomiste François Colot (v. note [17], lettre 455), parti à Hambourg tailler la vessie d’« un juif fort riche ».

4.

Pax est le nom latin de la déesse Eiréné, celle des trois (ou cinq) Heures, filles de Zeus, qui incarnait la paix dans la mythologie grecque.

5.

« sur la Peste, sur la Thériaque, sur les Fièvres, etc. »

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Daniel Horst, Ms BIU Santé 2007, fo 207 ro.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 207 ro.

Cl. viro D. Io. Dan. Horstio.

Salve Vir Cl. Ex hac urbe discedenti D. Seb. quem hîc esse nescie-
bam, hanc ad Te scribo Epistolam, ut gratias agam pro tua : Iuvenis ille Iean Houssaye
Gallus est, Turonensis, de Tours, Tourangeau, non Thorunensis. Gaudeo quod
Schefferus noster bene se habeat : nuper ad eum scripsi. D. Colot nondum
vidi nec audivi reducem. Iudæi delirant de suo Messia : omnes stulti insaniunt.
Pax hîc speratur inter nos, Anglos et Hollandos, mediantibus Sueco, Dano, et
alijs Principibus, Divæ Paci faventibus, quæ utinam faustis avibus brevi appareat,
quæ tuta sit et secura, nihilque habeat insidiarum. Filio tuo gratias ago,
quod mei meminerit. Si quid habueris ad me mittendum, trade Scheffero nostro,
aut cui volueris : habebo rationem impensarum : Theses et Disput. Medicas im-
primis opto, præsertim de Peste, de Theriaca, de febribus, etc. non tam novas
quæ quotidie prodeunt, quàm ex veteribus, antehac in Germania excusis. Vive, Vir Cl.
bene vale, et me ama. Parisijs, 1. Aprilis, 1666. Tuus ex animo, Guido Patin.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Daniel Horst à Guy Patin, le 1er avril 1666.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1430
(Consulté le 26.01.2020)

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