L. 82.  >
À Claude II Belin,
le 15 mai 1643

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Monsieur, [a][1]

Entre autres choses, je vous dirai que le roi Louis xiii [2] mourut hier à Saint-Germain [3] entre deux et trois. [1][4] La reine mère [5] et le nouveau petit roi, Louis xiv[6] doivent arriver ce soir au Louvre. [2][7] La reine mère est régente sans aucune contradiction. Je tâcherai de vous faire part de ce qui arrivera de nouveau par ci-après. J’ai céans le Capucin de Du Moulin [8][9] à vous envoyer, [3] ce que je ferai à la première commodité avec quelques autres pièces. J’ai vu ici Mme Langlois [10] bien malade d’une fièvre tierce [11] qui a de rudes accès. C’est une femme fort bilieuse [12] et assez délicate. J’espère néanmoins que Dieu me fera la grâce d’en venir à bout et de vous la renvoyer en meilleur état qu’elle n’est venue. [4] Je ne sais si votre ami, M. Corps, a gagné son procès ; j’y ai fait ce que je lui avais promis.

Pour les sotériques, [13][14] ils ne battent plus que d’une aile depuis qu’ils ont perdu M. de Noyers. [15] On les appelait ici marchands de blé ; ils ont obtenu un arrêt de défense à cet effet, ne voilà pas d’habiles gens ! Pour le Theologia Patrum, on ne l’aura pas encore de sitôt et c’est grand dommage ; les sotériques sont assez matés. [5] Il y a néanmoins encore un autre livre contre eux, un peu plus gros que l’Apologie et qui part de même main, [16] l’auteur est un bachelier de Sorbonne [17] qui n’a que 25 ans ; il est intitulé Observations importantes, etc[6] Quand Madame votre sœur s’en retournera, je lui donnerai ce qu’il y aura ici de présent. Le deuxième tome de Zacutus [18] in‑fo n’est pas encore achevé ; les deux, bien reliés, coûteront pour le moins six écus, si bene pono calculum[7] Je crois qu’on fera un recueil d’épitaphes contre le cardinal, [19] sa mémoire étant ici fort odieuse et fort décriée[8] On en a imprimé quelque chose en Flandres, [20] mais il n’y en a pas qui vaille le rondeau de M. Miron, [21][22][23] mon bon ami : Il a passé, il a plié bagage, etc. ; [9] je pense que vous l’avez. Le roi est mort ex lenta symptomatica et abscessu prægrandi in mesenterio, et aliis pene innumeris symptomatibus gravissimis[10] Je vous baise très humblement les mains, à Mme Belin, à Messieurs vos frères, à MM. Camusat et Allen, et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 15e de mai 1643.

La reine est ici arrivée à quatre heures du soir, accompagnée de plus de dix mille hommes en bonne conche, [11] sans compter tous les cavaliers et les volontaires [24] de Paris qui étaient allés au-devant du petit roi. [12] Le corps du feu roi a été ouvert à dix heures du matin : on y a trouvé quantité de vers morts, [13][25] un grand ulcère dans le mésentère, [26][27] un gros abcès sous le foie, [28][29] un autre dans la poitrine au-dessous du poumon, beaucoup de désordre dans l’estomac, etc.

Ce vendredi, 15e de mai, à dix heures du soir.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 15 mai 1643

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(Consulté le 20.11.2019)