L. 260.  >
À Jean-Baptiste II de Salins,
le 28 mars 1651

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À Monsieur M. de Salins le jeune, docteur en médecine à Beaune.

Monsieur, [a][1]

Je vous remercie de l’enquête qu’avez faite touchant Feyneus [2] et ai grand regret que je n’en puis rien apprendre. [1] Ceux de Montpellier [3] mêmes sont aujourd’hui si ignorants et incerti rerum suarum [2] qu’ils n’en savent rien. Son livre n’est point tant mauvais, il est de genere bonorum [3] et passe de quelque chose le meilleur de ceux du commun. Il est vrai qu’il y a trop de fatras et de bagatelles pharmaceutiques, mais c’est le vice du pays et morbus sæculi in quo vixit : πολυφαρμακια  morbus est quo laborant potissimum Monspelienses[4] Tout le pays d’Ousias [4] en est entiché (in re verissima liceat mihi uti verbo emphatico) licet multitudo remediorum sit filia et fœtus ignorantiæ[5] Vous êtes bon et sage de vous-même pour vous préserver et garder de telles embûches, outre que vous avez bon conseil en votre famille.

Pour le doute que vous me proposez de Galien, [5] je vous avertis de deux choses : 1. que tout ce traité-là n’est ni ne peut être de lui ; 2. que Galien n’a jamais su (voici un grand mot, ne le dites point à votre curé) ni entendu la nature des médicaments purgatifs[6] Stultissima est et ineptissima divisio medicamentorum purgantium in cholagoga, phlegmagoga, et melanagoga. Quidquid enim pollicetur, totum esse falsum : medicamento non elective trahenti, sed per irritationem commoto et concitato cedit humor sequari natura sua, et paratus ad excretionem ; sic prima proderit alvi recrementa, qua primas vias et intestinorum ductum obturabant ; postea serosi humores effluunt, et qua data porta ruunt ; tandem crassi, viscidi et viscerum ductibus, vel pancreati aut mesenterio impacti humores crassi et mucosi educuntur : et hoc est quod vulgo dicitur des glaires : [7] fatere tamen in toto illo negotio intricatissimo et dificillimo remanere αρρητον τι, et primo intuitu inexplicabile[6] Mais si vous daignez prendre garde à l’opération desdits purgatifs, ou en vous-même, en vous purgeant quelquefois comme vous devez faire, debet enim vir bonus et bonam valetudinem tueri, et intemeratam famam servare (O formose puer, nimium ne crede colori, etc. Speciosa sanitas est suspecta : qui sunt bene colorati debent habere suspecta sua bona)[7][8][9] ou en vos malades lorsque vous les purgerez, comperies esse verissima quæcumque nuper attuli[8] Si bien que omne medicamentum purgans dividi debet in ea quæ vel crassas humores, vel serosas et aquas educunt. In primo genere repono senam, rheum, aloem, syr. de rosis solutivum, si vetus fuerit, imo et agaricum, qui tamen apud nos raro usurpatur, et re vera parum frequenter debet in usum deduci. In secundo repono mel aerium, syr. de rosis solut. recentem, et florib. mali persicæ, scammonium, gummi gutta : ab hoc excludo colocynthidem et stibium, qui sunt mihi venena, nec unquam tibi usurpando, si sapias[9][10][11][12][13][14][15][16][17][18][19] Et voilà une partie de ce qu’en ont pensé de grands hommes, et entre autres feu MM. Simon [20] et Nicolas [21] Piètre, vere heroes ambo, et plane Incomparabiles ; viri mihi felicissimæ memoriæ, et quorum manibus bene precor, ob accurate et generose navatam operam in artis nostræ difficultatibus enodandis, et solvendis controversiis[10] Au reste, pour en savoir davantage, lisez ce qu’en a écrit Gulielmus Puteanus, in libello de medicamentis purgantibus, et Thomas Erastus in libro de occultis pharmacorum potestatibus[11][22][23] qui est in‑4o[24][25]

Au reste, le passage que vous m’alléguez en ce prétendu livre de Galien est vrai, selon l’opinion et les principes dudit Galien. En voici le sens qui se pratique encore tous les jours par ceux qui aliter sentiunt quam Galenus, in ipso negotio : [12] il ne faut point mêler ensemble deux médicaments de différente nature si vous n’en avez quelque indication particulière, comme la rhubarbe, [26] quod lentissime agit[13] avec la scammonée, quod citissime egreditur ; [14] ou ne faut point mêler deux médicaments dont l’un, selon leurs principes, purge la bile [27] et l’autre la pituite, [15][28] s’il n’y a dans le corps ces deux humeurs toutes prêtes à purger ; autrement, vous tourmentez en vain un pauvre malade.

Il y a dans le Guainerius [29] quelque chose de bon, [16] mais je pense que vous ferez encore mieux de lire Houllier [30] en sa Pratique, cum commentariis L. Dureti[17][31] La plupart des flux de ventre [32] se font d’impuretés de la première région cum excessu caloris et intemperie viscerum[18] Il faut premièrement saigner [33] puis purger doucement cum leviter adstringentibus[19][34] ou au moins sans irriter. Vomitus vomitum curat, diarrhea diarrheam[20][35] Pourvu que l’on veuille se servir de ces remèdes généraux à propos, on en viendra à bout. Ayez soin de votre santé, trempez fort votre vin ; [36] ut sis nocte levis, sit tibi cœna brevis ; [21][37][38] étudiez tous les jours trois ou quatre heures, principalement ad auroram[22] et faites votre profit de ce vers en l’appliquant sur vous et à votre profit : [39]

Est Veneri Bacchus, Venus est inimica Minervæ[23][40][41]

Excusez si je suis trop hardi et prenez en bonne part nos petits avis : hoc expressit amor in te meus[24]

Nous faisons toujours ici la garde des portes ; [25][42] nos trois princes [43][44][45] sont en très bonne intelligence avec M. le duc d’Orléans ; [46] le Mazarin [47] est devers Sedan, [48] fort empêché de sa personne et ne sachant où aller ni à qui se commettre. Vix habet unde suum paupertas pascat amorem (per paupertatem, amicorum penuriam in hoc homine intelligo)[26][49] Le pauvre diable commence à sentir sa misère et à voir la faute qu’il a faite de ne point faire provision d’amis. Il est mort depuis peu à La Rochelle [50] un médecin, fort habile homme et un des plus savants de France, nommé M. Chanet. [51] Ne priez point Dieu pour lui, il était huguenot ; [52] mais fort mon ami, aussi bien que M. Rivet [53] qui est mort aussi, en Hollande, âgé de 80 ans, qui avait été professeur du défunt prince d’Orange, [54] le dernier mort. [27] Il est aussi mort à Rouen un ancien médecin nommé M. de Lampérière, [55] licencié de notre Compagnie il y a 55 ans, il a laissé 25 000 livres de rente[28] M. le duc d’Orléans et les autres princes ont accordé avec la reine, [56] que l’Assemblée du Clergé [57] finira, [29] que les députés de la noblesse ne s’assembleront plus ; mais en récompense, que l’on tiendra les états généraux [58] de tout le royaume le 8e de septembre prochain. L’on dit que ce sera à Tours, [59] je pense que c’est à cause que la reine hait Paris ; je crois pourtant qu’à la fin ce sera ici, en cas que le roi, [60] qui alors sera majeur, veuille bien souffrir cette grande assemblée. Je ne puis vous mander autre chose pour le présent. Je vous baise les mains, et à mademoiselle votre femme (aux bonnes grâces de laquelle je vous prie de me mettre), à Monsieur votre père [61] et à Monsieur votre beau-père, M. Brunet. [30][62] Je vous prie de les assurer de mon très humble service et je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 28e de mars 1651.

On dit que dorénavant les princes s’en vont travailler à faire chasser du Conseil du roi les âmes mazarines et qui y maintiennent encore les intérêts de ce malheureux ministre, tels que sont Le Tellier, [63] Servien, [64] Lionne, [65] et autres.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Jean-Baptiste II de Salins, le 28 mars 1651

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(Consulté le 14.10.2019)