L. 847.  >
À André Falconet,
le 20 novembre 1665

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Monsieur, [a][1]

Ce 14e de novembre. Je continue de vous écrire en attendant qu’il nous vienne quelque bonne nouvelle après tant de mauvaises. Un bénéficier Milanais qui a quantité de remèdes en son esprit s’est présenté pour guérir la reine mère [2] et pour prendre, s’il peut, la place de M. Alliot [3] qui n’a guère de crédit à la cour ; je ne sais ce qui en arrivera. [1] On parle de trois ducs et pairs nouveaux, savoir de MM. les maréchaux de La Ferté-Senneterre, [4] Du Plessis-Praslin [5] et d’Aumont. [6] On dit que le roi [7] viendra bientôt au Parlement pour faire vérifier les taxes que l’on signifie en grande quantité à plusieurs particuliers, partisans ou héritiers de partisans, et aussi pour la paulette. [2][8][9] On a signifié une taxe de 1 600 000 livres à M. du Plessis Guénégaud ; [10] il est secrétaire d’État, il a répondu qu’il abandonnerait sa charge pour sa taxe. M. Nicolas Lambert, [11] maître des comptes (et frère aussi bien qu’héritier de feu M. Jean-Baptiste Lambert, [12] commis de l’Épargne sous M. de Fieubet) [13] a reçu deux taxes, une de 200 000 livres et l’autre d’un million. Il a hérité quatre millions de son frère, il est fils de la sœur aînée de feu M. Guillemeau [14] le médecin. M. Languet, [15] aujourd’hui grand audiencier, est taxé à 400 000 livres, la veuve Girardin [16] à quatre millions. [3]

Ce 18e de novembre. Une dame m’a dit ce matin que l’on comptait hier pour 89 millions de taxes signifiées ; dans l’Île Notre-Dame [17] seule on y en compte pour huit millions. Il y a un quatrième duc et pair, qui est M. de Montausier. [18] M. du Plessis-Guénégaud a été menacé s’il ne fait ce qu’on désire de lui : on veut qu’il prenne une abolition, [4] ce que son conseil ne trouve point à propos qu’il fasse. Voici une autre nouvelle de même nature : on dit que ce n’est point la Chambre de justice [19] seulement qui fait les taxes, que le roi lui-même et la Chambre d’en haut [20] en font aussi, et que le roi < en > a fait signifier à M. de La Ferté-Senneterre une de 180 000 livres et une pareille à M. de Montdejeu, [21] gouverneur d’Arras, [22] autrement dit M. le maréchal de Schulemberg. On parle aussi de Mme de Chavigny [23] et de sa fille, [24][25] qui est veuve du maréchal de Clérambault ; [5][26] on parle aussi de M. le maréchal d’Estrées. [27] On dit qu’il y aura plusieurs conseillers de la Cour taxés, qui ont trempé dans les partis, que les trois trésoriers de l’Épargne [28][29][30][31] sont taxés à 22 millions et que c’est d’une réserve qui n’entre point dans les 110 millions. [6] Il y a un autre prétendu traitant qui s’offre de prendre ce parti de 110 millions et le faire monter encore une fois aussi haut, pourvu que le roi lui veuille donner la permission d’exécuter son dessein. J’ai peur que celui-là ne cherche que le moyen de s’ériger en bourreau, ou le dernier écorcheur des chrétiens.

Il me semble que M. Boissat [32] ne fait point bien de s’engager pour la nouvelle édition des œuvres de M. Meyssonnier, [33] qui est aussi fou à Lyon que notre Tardy [34] l’est à Paris. S’il le fait, j’ai peur qu’il n’en soit mauvais marchand. Pour le P. Théophile, [35] on n’en voit point ici. Quelqu’un m’a dit que les pères [36] ne veulent point qu’il soit mis en vente si premièrement on n’en refait beaucoup de feuilles qui leur déplaisent. [37] Voilà une tyrannie bien grande sur les esprits des savants et sur les écrits des hommes morts. Je n’en ai du regret que pour M. Boissat qui manque à gagner et à distribuer son grand ouvrage par tout le monde où il y a des curieux. Jamais je ne l’achèterai que l’on me fournisse les feuilles retranchées ; c’est peut-être le meilleur de tout l’ouvrage et j’en ai bonne opinion puisqu’il déplaît à ces bons pères passefins, nigra cohors[7]

Nos troupes sont passées au delà de la Flandre [38] et ont déjà fait peur à l’évêque de Münster, [39] qui recule et qui aime mieux s’accorder. L’hiver prochain couvera des œufs de quelque autre guerre. Qu’est devenu le traité du P. de Saint-Rigaud [40] de utroque cometa ? [8] Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 20e de novembre 1665.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 20 novembre 1665

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(Consulté le 23.10.2019)