L. 955.  >
À André Falconet,
le 9 avril 1669

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Monsieur, [a][1]

Je viens d’apprendre que M. de La Haye, [2] ambassadeur de France à Constantinople, [3] en est parti, et qu’il vient delà à Malte [4] y prendre M. le comte de Saint-Pol [5] pour s’en revenir en France. [1] Le roi [6] n’est pas content des parlements et outre la paulette [7] qui ne leur est guère avantageuse au prix qu’elle leur est accordée, on prend encore le chemin de les ruiner ; voilà qui fait belle peur à tous les officiers du Parlement. Mais outre ces Messieurs les officiers des cours souveraines, [8] tous les marchands se plaignent fort ici de ce qu’il y a peu d’argent et de commerce. On ne parle plus que de manufactures nouvelles, de gros impôts que l’on met sur les marchandises étrangères afin qu’on n’en amène plus. [2][9] On dit que le duc de Savoie [10] viendra à Paris l’été prochain et que le roi lui fera une fort belle et somptueuse entrée, et qu’il viendra voir le camp et les revues que le roi a faits dans la campagne devers Saint-Germain. [3][11]

Nous avons ici un des nôtres nommé Pierre Yvelin, [12] premier médecin de Mme la duchesse d’Orléans, [13] qui est fort malade d’une inflammation de poumon. On dit que la reine mère d’Angleterre [14] est fort malade, que le roi d’Angleterre [15] et Messieurs des États de Hollande apprêtent une grande ambassade pour envoyer vers le roi, lui proposer qu’il rende aux Espagnols ce qu’il a pris en Flandres, [16] en récompense de quoi on lui donnera Cambrai [17] et tout ce qui en dépend. On dit que le roi veut ôter les privilèges à Messieurs du Parlement, Chambre des comptes et Cour des aides [18] en leur ôtant le franc-salé, [19] le droit de noblesse, etc. [4][20] La déclaration fut lue publiquement hier devant tout le monde en la chancellerie et c’est ce qui fait bien parler du monde. Il y a aussi un arrêt du Conseil pour le retranchement de tous les couvents de moineries qui ont été bâtis ici alentour depuis 30 ans. [5][21]

Ce 6e d’avril. Notre M. Yvelin se porte un peu mieux et il y a bien de quoi espérer qu’il guérira, mais il a le poumon bien faible. Et en contre-change, en voici un autre qui est tombé dans une atteinte d’apoplexie, [22] in ictum sanguinis[6] d’où il est déjà paralytique de la moitié du corps : c’est Urbain Bodineau, [23] qui a été mon compagnon de licence [24] et qui est aujourd’hui âgé de 72 ans.

M. Bodineau est mort de son apoplexie. On lui a trouvé du sang dans sa tête, épandu en plusieurs endroits, vere fuit ictus sanguinis, de quo Aurelius Victor, in Vero Imp. [7][25][26][27] Il nous viendra bientôt un jubilé [28] de Rome pour obtenir la grâce de Dieu et victoire contre les Turcs par le moyen des troupes que l’on va embarquer en Provence la veille de Pâques prochaines. Le P. Nithard, [29] jésuite allemand qui est chassé d’Espagne, doit passer par Lyon pour retourner à Vienne. [8][30] On dit que le roi va mettre les rentes au denier 24 afin que l’on mette son argent au commerce. [9] Je vous baise très humblement les mains et suis de toute mon âme votre, etc.

De Paris, ce 9e d’avril 1669.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 9 avril 1669

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(Consulté le 24.10.2019)