L. latine 443.  >
À Sebastian Scheffer,
le 3 novembre 1667

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[Ms BIU Santé 2007, fo 220 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Sebastian Scheffer, docteur en médecine, à Francfort.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je répondrai brièvement, à votre dernière, datée du 18e d’août. J’y trouve la note écrite de votre propre main, m’annonçant que m’a été envoyé un tonnelet contenant sept exemplaires des Quæstiones medico-legales de Paolo Zacchias, [2] les Attica Bellaria de Pontanus, [3] le Kornmannus[4] et deux recueils de disputations académiques de l’Université d’Iéna. [5] Je n’ai encore eu aucune nouvelle de ce tonnelet et n’en ai rien entendu dire. Quand je l’aurai reçu, je vous écrirai pour vous en aviser ; je ne saurais deviner où il est aujourd’hui arrêté. Mais le voilà qui m’arrive à l’instant ! Quant à l’autre tonnelet, celui qui est en cette ville depuis quatre mois et qui contient les Opuscula medica de Caspar Hofmann, [6] de Medicamentis officinalibus, de Partibus similaribus et de Spiritibus, je ne puis encore rien vous en écrire de certain ou de précis. Le syndic des libraires le retient encore, [7] le procès n’étant pas achevé (mais seulement commencé) en raison des vacances d’automne du prétoire de Paris (à cause des vacances du Châtelet). [1][8][9] Je me démènerai pour le récupérer le mois prochain ; il m’appartient de m’en charger et ce souci ne vous incombera pas. Dieu aidant, je viendrai à bout de l’obstination, de la malice et de l’opiniâtreté de ces directeurs de la librairie. Les Opera pathologica de Caspar Hofmann courent désormais sous la presse à Lyon, [10] chez Laurent Anisson, [11] elles verront le jour avant deux mois. Deux opuscules médicaux de ce grand homme me resteront, qui attendront d’être publiés : sa Praxis Medica, sive Commentarii in Galeni Methodi medendi libros xiv et sa Vita Medica, sive Commentarii in libros sex de Sanitate tuenda. ; [12] j’y ajouterai aussi un troisième opuscule intitulé Casp. Hofm. Additamenta Annotationum in Plinium, post Iac. Dalecampium ; [2][13][14] les ayant ici entre les mains et à ma discrétion, je vous les enverrai libéralement quand vous voudrez, si vous avez un imprimeur qui veuille songer à les éditer. Tous ces textes ne sont pas de moins bonne qualité que les autres œuvres de cet immense écrivain. Je souhaite qu’enfin, grâce à vous, nous voyions son livre de Humoribus, dédié à Robert Patin, docteur en médecine et professeur royal. [3][15] [16] J’ai toujours fait grand cas du très distingué M. Lotich [17] et le vénère comme une grande étoile qui brille intensément dans le ciel des lettres ; faites-lui, s’il vous plaît, connaître à quel point je l’admire. Ni moi ni mon fils n’avons reçu de ses lettres, peut-être sont-elles cachées dans le tonnelet que retient le syndic. Beaucoup de gens espèrent ici une paix entre notre roi et celui d’Espagne sur les Pays-Bas espagnols. [18][19] Dieu fasse que, pour le bien de tous, elle soit rapidement conclue. [20]

[Ms BIU Santé 2007, fo 220 vo | LAT | IMG]

Chaque fois que je me rappelle M. Lotich ou que son nom me vient à l’esprit, je m’enflamme et m’emporte contre le malheur des hommes lettrés qui ne peuvent mettre au jour leurs écrits, même quand ils sont voués à l’éternité, tant sont insondables l’ignorance, la paresse, la méchanceté et la philargyrie de certains libraires malveillants, vauriens de la pire engeance qui sont les plus acharnés des grippe-sous. [21] Beaucoup de gens se promettent ici une paix avec l’Espagnol avant la fin de l’hiver. J’espère que nous la verrons, et qu’ensuite paraîtront enfin les commentaires d’un si éminent auteur sur le Pétrone, avec le désir que mes soins pourront y contribuer en quelque façon. [22] Je n’ai pas vu votre Jus regium et n’en ai rien entendu dire. [4] Que nous reste-t-il donc à attendre de votre graveur, n’achèvera-t-il pas enfin l’ouvrage qu’il a commencé ? Si vous le trouvez bon, recevez ici le distique d’Henri de Valois qu’il faut mettre au-dessous de mon portrait : [23][24]

In effigiem Guidonis Patin, Doctoris Med. Paris. et Professoris regii.

Hic est Patinus, clarus Asclepi nepos,
Per quem perire non licet mortalibus
[5][25]

Mais puisque vous vous êtes occupé des écrits de Caspar Hofmann, loin de moi la pensée d’en omettre un, car il avantagerait grandement les affaires de votre imprimeur : [26] ses remarquables Institutiones medicæ ont été publiées à Lyon il y a 22 ans ; [27] tous les exemplaires en sont épuisés depuis longtemps, il n’en reste plus un seul en vente à Paris, ni ailleurs. Convainquez donc votre libraire d’en procurer une nouvelle édition ; par ce conseil très salutaire, vous contribuerez certainement à sa bonne fortune. Je les ai très souvent recommandées à mes auditeurs, [28] qui déplorent quotidiennement leur extrême rareté. [6] Il vous appartiendra de décider si vous voulez y remédier en faveur de ce très éminent et savant auteur, qui fut jadis mon grand ami et votre compatriote. Si votre imprimeur n’approuve pas ce conseil, mais cherche un autre livre à mettre sous la presse, je puis vous en suggérer un autre, tout aussi remarquable : qu’il fasse le recueil de toutes les œuvres médicales du très distingué Thomas Éraste, [29] qui fut autrefois un très savant médecin de chez vous ; elles tiendront tout entières en un seul tome in‑fo, comme le très distingué M. René Moreau [30] l’a fait à Genève voici 30 ans pour les œuvres de Jacobus Sylvius, [31] professeur royal. [7] S’il venait à approuver mon dessein, je vous offrirais à tous deux, pour ce faire, tous les livres de Thomas Éraste qu’on a précédemment imprimés in‑4o, in‑8o et in‑12o, et il pourra en tirer cette édition. Si je devenais imprimeur, je ne chercherais certainement aucun projet plus avantageux pour faire une bonne affaire et gagner de l’argent. [8] Et même plus, [Ms BIU Santé 2007, fo 221 ro | LAT | IMG] je ne voudrais pas avoir oublié de vous dire que je le recommanderais très chaudement à mes auditeurs et ferais en sorte qu’il soit rapidement connu de tous. Mais Thomas Éraste a été le fouet des chimistes et le plus sévère critique de Paracelse, [32] me dirait quelque ami des ténèbres ; [33] voilà qui est parfaitement exact, je pense néanmoins que quiconque s’y entend en l’art de soigner estime Thomas Éraste et en fait le plus grand cas, car il fut excellent médecin et très clairvoyant philosophe. En un mot, il a été l’égal de notre Fernel, [34] ou l’a du moins suivi de très près. En votre Allemagne, vous avez eu des hommes remarquables, dont Thomas Éraste dirige la troupe ; je range après lui Philippus Scherbius, [35] son disciple, avec Salomon Alberti, [36] Caspar Hofmann, Daniel Sennert, [37] Johann Crato, [38] les deux Zwinger, [39][40] Gesner, [41] Schenck, [42] Stupan, [43] Platter, [44] Doringius, [45] Sebizius, [46] van Heurne, [47] Dodoneus, [48] Vander Linden, [49] Willem Piso, [50] Gerardus Blasius, [51] Vopiscus Fortunatus Plempius, [52] Fienus, [53] Deusing, [54] les deux Horst, [55][56] les deux Bauhin, [57][58] et quantité d’autres qu’il serait trop lassant de dénombrer. [9] Thomas Éraste me semble devoir être placé devant tous ceux-là, tout comme Fernel a facilement surpassé tous nos remarquables et brillants Parisiens, bien qu’ils aient été de véritables héros de la médecine : Jacques Houllier, [59] Jacques Sylvius, les deux Duret, [60][61] Jacques Charpentier, [62] Jean Haultin, [63] Guillaume Baillou, [64] les deux Riolan, [65][66] René Moreau, Michel de La Vigne, [67] Pierre Seguin, [68] André Du Chemin, [69] Charles Bouvard, [70] Jacques Cousinot [71] et la remarquable triade des Piètre, Simon, [72] Nicolas [73] et Jean. [74] Je cesse enfin pourtant, manumque tollo de tabula[10] afin de ne pas vous importuner davantage par mon caquetage, bien qu’il loue hautement de dignes personnages et honore grandement leur souvenir. Pardonnez-moi donc, très distingué Monsieur, et trouvez juste et bon que je m’exalte si facilement et me précipite si volontiers pour glorifier d’honnêtes gens qui ont tant mérité de notre république. Portez-vous donc bien et continuez de m’aimer comme vous avez fait jusqu’à présent.

De Paris, le 3e de novembre 1667.

Je salue de tout cœur M. Matthias Götze, le libraire, qui est excellent et parfaitement honnête homme, et lui promets tout genre de services ; je prie de toute mon âme pour que les dieux favorisent ses entreprises.

Vôtre et sien, Guy Patin.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Sebastian Scheffer, le 3 novembre 1667

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(Consulté le 25.08.2019)