Fiche biographique
Breüning, Gottlieb

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Médecin allemand de Stuttgart (1606-1678) [1] qui n’a pas laissé de trace dans les biographies et bibliographies médicales. Notre édition contient trois lettres latines que Guy Patin lui a écrites, datées des 10 août 1665, 26 janvier 1666 et 9 février 1669. Il lui y a donné les prénoms latins de Theophilus (Gottlieb en allemand) ou, par inadvertance, de Gothofredus (Gottfried, Godefroy en français), et nous y a appris que Breüning : était premier médecin du duc de Wurtemberg ; connut Charles Patin pendant son exil (1669) ; et avait un fils (prénommé Ludwig Gottlieb, 1641-1679) [2] qui fut auditeur au Collège de France, en 1664-1665, et à l’origine de la correspondance entre Patin et son père.

Ces renseignements et le prénom Theophilus mènent à l’acte imprimé intitulé Decanus et Collegium Facultatis Medicæ in Academia Tubingensi [Le doyen et le Collège de la Faculté de médecine de l’Université de Tübingen], célébrant le doctorat de Ludwig Gottlieb Breüning, conservé et généreusement mis en ligne par la Bibliothèque universitaire de Tübingen. En voici un long extrait qui met les deux Breüning en lumière :

Exemplis agendum est, non verbis ; rebus non umbris. Nos hodie, non in tabula pictum, neque in fabula fictum, sed factum hujus rei vivumque sistimus exemplar ; Esque, Nobilus ille, præclarissimus ac Literatissimus Dominus Ludovicus Theophilus Breüning, Medicinæ Candidatus meritissimus, cui de triplici quadam divinorum corona beneficiorum terque quaterque gratulamur. Prior harum, gemmea felicioris genituræ corona est. Ecquid enim Stutgardia aliud, quam micantissima Würtembergiæ urbium gemma est ? In hac autem, noster ille anno labentis seculi xlimo, vitales, divina faventia, salutavit auras. Quid pater ipsius, quam corusca Medici chori gemma est ? Vir nimirum Prænobilis, Amplissimus et Experientissimus, Dominus Theophilus Breüning, Med. Doctor Præcelentissimus, Serenissimi Würtembergiæ Eberhardi Consiliarius atque Archiater, uti meritissimus : ita Celebratissimus. Quid mater ejusdem, quam pretiosa virtutum gemma ? Matrona nempe Condecoratissima, Domina Anna Christina, Laudatissimæ stirpus Mülleriana progenies. Atque hæc gemmea est, huic altera insuper se attexit rosea quidem ; sed et spinosa virtutis doctrinæque corona, quæ quanto constiterit sudoris laborisque spinosi pretio, haud obscura ejus in propatulo stant testimonia. Postquam etenim Candidatus noster, paterno jussu curaque, in Tubia hæc Musarum Tempe, decennio ab hinc transmissus fuit, haud inertem ipse fucum, sed sedulam, integrum per quadriennum, in philologico et philosophico apiculam egit floreto. Quin et in Medicum abhinc Palladium receptus, binos in artis hujus tyrociniis assidue consumptit annos. Dehinc, cum honoratissimus Dominus Parens ejus, in Frisiam Orientalem proficiscens, filium hunc suum, itineris sibi comitem adsociabat, juxta nonnullas in transitu Academias salutandi ; Medicosque clarissimos videndi, audiendique occasionem haud neglexit. Abinde Argentoratum, et porro Basileam ingressus, annuum et hic, et illic annuum Medico Studio tempus consecravit. Postmodum ferventiore Artis accendus desiderio, in regiam Galliæ, quæ Parisiis est, transit Academiam, ubi integro ferme biennio, Medicis, Chirurgicis, Anatomicis, Botanicisque rebus animum manumque admovendo, totum sese devovit, præprimis autem a famigeratissimi illius Medicorum Coryphæi, Domini Guidonis Patini ore et corde indivulsus pependit. Reliquis demum Galliæ Scholis ac Provinciis intra trimestre perlustratis, propitio vel tandem Numine, ad patrias aras focosque redux, in Medicæ praxeos rudimentis, sub Hippocratico Domini parentis moderamine aliquantisper sese exercuit, donec sub præterlapsi finem anni, subinde etiam in patrium hoc reversus Athenæum, suis vel tandem Academicis coronidem imponere studiis, paterno ex consilio nutuque decrevit. Nec defuere, omni laude digna eo perveniendi merita. Præterquam enim quod, qua publice, qua privatim discendo, seseque exercendo sudavit et alsit, suæ adhæc etiam industriæ fragrantes post se reliquit odores. Argentinæ siquidem sub Magni illius Dn. Melchioris Sebizii Senioris præsidio Disputationem de diaphragmate publicam alacriter superavit. Lutetiæ porro, ad extemporanea, prælaudati Galliarum Archiatri (cui publice profitenti id moris erat) interrogata et objecta, in frequentissimo Auditorio nunquam sese mutum videri aut rideri, sed erudite se vocalem audiri ac laudari operam dedit. Hic Tubingæ autem, ad ultima jam contendens merita, decenter primo exoratis et patefactis, ea de causa, Collegii nostri foribus, binorum a nobis subjectus fuit examinum, tam privati, quam publici malleo et incudi ; Quibus ultimo, solenni impetrata prius Licentia, suam quoque hesterna luce, Inauguralis Disputationis de inflammatione Aurium, præclaram subjecit coronidem. Ubi Passim, uno verbo, multa ut dicamus, filium Arte nostra, tantoque parente dignum sese præstitit. Quid ergo superest ? quid impedit ? quo minus tertiam quoque, Lauream videlicet aureamque Doctoris Medici, omni cum apparatu, ornatuque suo coronam eidem imponamus. […] Dominica Lætare. Anno Christi. ciↄ iↄc lxvii.

[Il faut plaider en usant d’exemples et non de verbiage, de faits et non d’apparences. Pour preuve de cette sentence, nous présentons aujourd’hui un modèle qui n’est ni peint sur un tableau ni déguisé en fable, mais réel et vivant : voici le noble, très brillant et savant M. Ludwig Gottlieb Breüning, très méritant candidat de médecine que nous félicitons triplement et quadruplement pour ses trois couronnes de divins bienfaits. La première est la couronne de pierreries que sa très heureuse naissance lui a conférée. Stuttgart est-elle en effet autre chose que le plus reluisant joyau des villes du Wurtemberg ? Par la faveur divine, notre collègue y a en effet vu le jour en la 41e année du présent siècle. Son père n’est-il pas l’étincelant diamant du Collège médical, puisqu’il s’agit du très noble, éminent et expérimenté M. Gottlieb Breüning, très distingué docteur en médecine, et illustre conseiller et archiatre du sérénissime duc Eberhard de Wurtemberg ? {a} Sa mère n’est-elle pas une précieuse perle des vertus, puisqu’il s’agit de la plus respectable des femmes, Dame Anna Christina, issue de la très fameuse famille Müller ? {b} À cette première couronne de gemmes, s’en est attachée une autre de roses, celle de la vertu et de la science, qui est piquante, tant notre candidat se l’est acquise au prix épineux du labeur et de la sueur, qui témoignent publiquement de son mérite, qui n’a rien d’obscur. Voici dix ans, en effet, sur la décision et sous la surveillance de son père, il s’est rendu à Tübingen, ce Tempé {c} des Muses, et durant quatre années entières, sans faux semblant, mais comme une petite abeille zélée, il y a butiné les fleurs du jardin philologique et philosophique ; puis il a été reçu dans notre Palladium {d} médical pour consacrer deux années à l’apprentissage assidu de notre métier. Après quoi, il a accompagné Monsieur son très honoré père quand il se rendit en Frise-Orientale ; {e} pendant leur voyage, outre qu’il a visité quelques universités, il n’a laissé passer aucune occasion d’y voir et écouter de très distingués médecins. Ensuite, il est allé à Strasbourg puis à Bâle ; il y a consacré deux fois un an à étudier la médecine. Puis, embrasé par le très ardent désir de maîtriser notre art, il est parti à Paris, où se trouve le Collège royal de France ; pendant deux années complètes, il y a entièrement voué son esprit et son énergie à l’étude de la médecine, de la chirurgie, de l’anatomie et de la botanique, se pendant assidûment aux lèvres et au génie de M. Guy Patin, ce très célébré coryphée des médecins. Enfin, ayant visité pendant trois mois les provinces et les autres facultés de France, Dieu aidant, il a regagné ses pénates et s’est exercé pendant un moment aux rudiments de la pratique médicale sous la conduite hippocratique de Monsieur son père. Sur son conseil et son ordre, vers la fin de l’an passé, il est finalement revenu en notre Athénée, décidé à y couronner ses études académiques, et il n’a pas manqué d’y parvenir avec un mérite digne de toute louange. En plus d’avoir souffert la froidure comme la chaleur en apprenant et en disputant, en public comme en privé, il y a en effet semé jusqu’à ce jour les délicieuses senteurs de son zèle. Déjà, à Strasbourg, il avait publiquement soutenu avec ardeur une thèse de Diaphragmate, sous la présidence du grand Melchior Sebizius l’Ancien. {f} Plus tard, à Paris, quand, dans la grande salle des actes, remplie de monde, le très honoré archiatre de France {g} (dont la coutume était qu’il disputât en public) a questionné ou objecté, il s’est efforcé de ne jamais demeurer muet ou de se ridiculiser, mais de parler savamment et d’être complimenté pour ce qu’il disait. Mais ici à Tübingen, désireux d’obtenir les suprêmes honneurs, ses prières en ce sens lui ont ouvert les portes de notre Collège ; deux des nôtres ont soumis ses compétences, tant publiques que privées, au marteau et à l’enclume des examens. Ayant d’abord satisfait au rituel de la licence, il a soumis hier la brillante conclusion d’une thèse inaugurale de Inflammatione aurium. {h} En un mot, là où nous aurions pu en dire bien plus, il s’y est montré le digne fils d’un très éminent père. Pourquoi en dire davantage, pourquoi s’embarrasser de paroles superflues ? Pour son embellissement et avec toute la somptuosité requise, nous lui mettons une troisième couronne sur la tête : c’est le laurier doré du docteur en médecine. (…) Dimanche de Lætare 1667]. {i}


  1. V. note [6], lettre 956, pour le duc Eberhard iii de Wurtemberg (1614-1674).

  2. Les Familiendaten der Martinszellerschen Familienstiftung [Données généalogiques de la fondation de la famille Martinzeller] renseignent sur la généalogie et la chronologie des Breüning. Ils donnent le nom d’Anna Katharina Christine Molitor (forme latinisée de Müller ; 1613-1680) à la mère de Ludwig Gottlieb, son unique fils ; elle avait épousé Gottlieb Breüning en 1631.

  3. Dans la mythologie, la Tempé est une « vallée de Thessalie, entre les monts Ossa et Olympe ; c’était le plus riant de tous les vallons ; les dieux et les déesses l’honoraient souvent de leur présence » (Noël). J’ai interprété Tubia comme étant un diminutif de Tubingensis [de Tübingen].

  4. V. note [33], lettre 223.

  5. Région côtière du nord de l’Allemagne, en Basse-Saxe, contiguë aux Provinces-Unies (Frise-Occidentale) dont le port d’Embden est la ville principale.

  6. Le qualificatif d’Ancien ne convient guère à Melchior Sebizius (1578-1674) dont le père (mort en 1625) et le petit-fils (né en 1664) ont aussi porté le prénom de Melchior, mais dont le fils (1615-1685) se prénommait Johaan Albrecht. Tous les quatre ont successivement professé la médecine à Strasbourg.

    Quoi qu’il en soit, les Melchioris Sebizii, Med. Doctoris ac Professoris, Com. Pal. Cæsar. ac Reipubl. Argentoratensis Archiatri, Exercitationes Medicæ. Antehac in Illustri Argentoratensium Universitate ad disputandum proposita, nunc denuo recognitæ, et indice tum quæstionum, tum rerum auctæ… [Exercitations médicales de Melchior Sebizius, docteur et professeur de médecine, et archiatre du comte impérial palatin et de la République de Strasbourg. Naguère soumis à la dispute publique en l’illustre Université de Strasbourg, les voici maintenant revus, et enrichis d’un index des questions traitées et des matières…] (Strasbourg, Josias Stædel, 1672, in‑4o) contiennent (pages 203‑205) une thèse (sans indication de date ni de candidat) intitulée Sitne diaphragma membrana potius quam musculus : an partim membrana, partim musculus ? [Le Diaphragme n’est-il pas plutôt une membrane qu’un muscle, ou l’un et l’autre à la fois ?].

  7. Méprise entre le premier médecin du roi, alors Antoine Vallot (v. note [18], lettre 223), qui ne pouvait assister aux actes des Écoles puisqu’il n’en était pas docteur régent, et le doyen de la Faculté, François Le Vignon (v. note [33], lettre 335).

  8. Disputatio inauguralis de Inflammatione aurium, quam pro summis in arte Medica Honoribus et Privilegiis Doctoralibus rite acquirendis, adjuvante divino Numine, permittente inclyto Facultatis Medicæ Tubingensis Collegio, Præside Johanne Conrado Brotbequio, Phil. et Med. Doctore, hujusque Professore ordinario, et Medicæ Facultatis t.t. Decano, Solenni et publico examini exponit Ludovicus Theophilus Breüning Studgardianus. In aula nova, horis consuetis, ad diem 16. Martii [Thèse inaugurale sur l’inflammation des oreilles pour obtenir, selon les règles en vigueur, les plus hauts honneurs et privilèges doctoraux ; avec l’aide de Dieu et la permission de l’illustre Collège de la Faculté de médecine de Tübingen, et sous la présidence de Johann Conrad Brotbeck (1620-1677), docteur en philosophie et médecine, discipline dont il est professeur ordinaire (enseignant aussi l’astronomie), ainsi que doyen titulaire de ladite Faculté, Ludwig Gottlieb Breüning] (Tübingen, Johannes-Henricus Reisius, 1667, in‑4o de 20 pages).

  9. Quatrième dimanche de carême 1667, soit le 24 mars du calendrier julien (3 avril grégorien).


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Fiche biographique. Breüning, Gottlieb

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(Consulté le 20.06.2021)