Autres écrits : Une thèse cardinale de Guy Patin :
« La Sobriété » (1647), note 109.
Note [109]

Ceci est l’unique mention de Marsile Ficin (Marsilius Ficinus, Marsilio Ficino, 1433-1499) dans les écrits de Guy Patin. Humaniste toscan néoplatonicien {a} qu’Érasme admirait, {b} il eut pour élève Jean Pic de la Mirandole. {c} Parmi les nombreux ouvrages qu’il a publiés, j’ai consulté ses trois livres de triplici Vita [sur la triple Vie]. Une édition {d} est pourvue d’un index qui m’a mené aux dernières lignes du livre ii, De vita longa [La longue vie], chapitre xx, page n ro :

Tris parcas fere omnes poetæ canunt. Tris quoque nos non poetæ canimus. Prudens quidem in omni victu parcitas vitam nobis longam incohat. Constans quoque in curis subeundis parcitas producit vitam : parcitas vero in cœlo fruendo negligens vitam occat. Tres pythagoras temperentias ante omnia celebrat : tres etiam nos impræsentia celebramus. Temperantiam in affectibus conservato, temperantiam in omni victu servato. Temperiem aeris observato : Hac enim providentia humorum intemperiem quæ citæ senectutis et tempestivæ mortis causa est aspirante deo procul admodum propulsabis. Aspirabit autem auctor ille vitæ : si ea tantum conditione vitam optaveris diuturnam : ut diutius cum generi humano vivas : tum maxime vivas illi : quo mundus totus inspirante vivit.

[Presque tous les poètes chantent les trois Parques. {e} Nous, qui ne sommes pas poètes, en chantons aussi trois : une sage modération en toute nourriture est certes pour nous le début d’une longue vie ; une constante modération dans les soucis à subir prolonge aussi la vie ; mais une modération qui ne se soucie pas de tirer sa jouissance du ciel brise la vie. {f} Pythagore {g} loue trois tempérances par-dessus toutes choses, et à présent, nous en louons aussi trois formes : celle qui contient nos sentiments, celle qui est observée en toute nourriture, et celle qui veille à la température de l’air. {h} Par cette prévoyance, en effet, tu écarteras l’intempérie des humeurs, qui est une cause de vieillissement rapide et de mort prématurée, si Dieu souffle favorablement ; mais ce Créateur de la vie ne soufflera ainsi que si tu as opté pour ce qui prolonge l’existence, car tu vivras d’autant plus longtemps ici-bas que tu vivras pour celui dont l’inspiration permet au monde tout entier de vivre]. {i}


  1. V. note [46] du Borboniana 7 manuscrit.

  2. V. note [45] du Patiniana I‑1.

  3. V. note [53] du Naudæana 2.

  4. Bologne, Benedicto Hectoris, 1501, in‑4o de 27 feuilles.

  5. V. note [31], lettre 216, pour les trois Parques qui présidaient à la vie et à la mort des humains.

  6. J’ai maintenu la construction négative de cette proposition, mais elle est peut-être plus compréhensible et harmonieuse en étant traduite positivement : « une modération qui se soucie de tirer sa jouissance du ciel (de l’au-delà) maintient la vie. »

  7. V. note [27], lettre 405, pour Pythagore, dont la philosophie est une des sources du néoplatonisme.

  8. Pour dire : à se préserver de ce que nous entendons à présent par intempéries (climat trop chaud, trop froid, etc.).

  9. Ficin était fils de médecin et avait entrepris de le devenir lui-même avant de se consacrer à la philosophie. Il ne dit certes pas que la tempérance est omnis virtus, « toute la vertu », mais il l’explique clairement dans la conclusion de son livre, dont l’auteur de la dédicace n’avait peut-être qu’entendu parler.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Une thèse cardinale de Guy Patin :
« La Sobriété » (1647), note 109.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8223&cln=109

(Consulté le 21/05/2024)

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