À Charles Spon, le 16 novembre 1643
Note [20]

Au livre ccxxiii (Henri iv, 1599) des Histoires de son temps (Thou b, tome xv, pages 392‑407), Jacques-Auguste i de Thou raconte comment la prétendue possession satanique de Marthe Brossier (v. note [10], lettre 37) déchira la Faculté de médecine de Paris. Michel i Marescot (v. note [14], lettre 98) et Jean i Riolan plaidaient la supercherie, tandis que Louis Duret et Nicolas Ellain croyaient à l’authenticité des faits. Le cinquième expert, Jean Haultin, quant à lui, demeura longtemps indécis :

« il demanda encore trois mois pour la faire observer avec plus de soin. “ C’est, disait-il, le sentiment de Fernel qui, dans son livre des Causes secrètes, {a} rapporte qu’il n’avait pu décider qu’au bout de trois mois de l’état d’un homme de qualité qui était tourmenté par l’esprit. ” […] Il est incroyable combien cette dispute échauffait les esprits, quelle division elle causa dans Paris ; en sorte qu’il était à craindre qu’elle n’y excitât peut-être un soulèvement général. En effet, les gens sages regardaient le zèle et la vivacité que quelques-uns témoignaient dans cette affaire comme l’effet d’un dessein formé pour anéantir l’édit {b} que le roi venait de donner, et rendre à cette occasion ce prince odieux dans l’esprit du peuple. […] Ainsi il manda au Parlement de prendre connaissance de cette affaire et d’arrêter de bonne heure ces assemblées qui approchaient fort de la sédition. En conséquence, le Parlement ordonna que Marthe serait remise entre les mains du magistrat pour la faire examiner en présence des médecins et des personnes les plus habiles, et qu’il en ferait son rapport à la Cour dans un mois. On chargea de ce soin Lugoli, lieutenant criminel, et Villemonte, procureur du roi au Châtelet, qui la tinrent enfermée pendant 40 jours. Au bout de ce temps-là, Nicolas de La Rivière, premier médecin du roi, André Du Laurens aussi, premier médecin de la reine, Pierre Lafilé, doyen de la Faculté de médecine, Albert Le Fèvre, Marescot, Ellain, Haultin, Lusson, Piètre, Renard, Héroard, Cousinot, d’Amboise, Le Paulmier, Marcés, tous docteurs de la même Faculté, après l’avoir bien examinée, déclarèrent par écrit qu’ils n’avaient rien remarqué que de très naturel dans cette fille. Aussi communia-t-elle tranquillement aux fêtes de Pâques ; et depuis qu’on l’eut changée de prison, on vit cesser peu à peu ces agitations violentes qui d’abord avaient fait tant de bruit. »


  1. De abditis rerum Causis, v. note [48], lettre 97.

  2. L’édit de Nantes.

L’histoire n’en était pas pour autant terminée : v. note [11], lettre 37, pour la relation de la suite par le cardinal d’Ossat.

Le récit complet de Thou a été traduit et repris dans les 15 premières pages de l’Histoire de Marthe Brossier prétendue possédée, tirée du latin de Messire Jacques Auguste de Thou, président au Parlement de Paris. Avec quelques remarques et considérations générales sur cette matière, tirées pour la plupart aussi du latin de Bartholomæus Perdulcis, célèbre médecin de la Faculté de Paris. Le tout pour servir d’appendice et de plus ample éclaircissement au sujet d’un livre intitulé La Piété affligée ou Discours historique et théologique de la possession des religieuses dites de Sainte-Élisabeth de Louviers, etc. par le Sr Congnard D.M. (Rouen, Jacques Hérault, 1652, petit in‑fo de 39 pages). La suite de cet opuscule, jusqu’à la fin, est composée des Remarques et considérations générales sur le sujet de la possession, suivant notamment ce qu’en a écrit Perdulcis au livre intitulé De Morb. animi (1639, ch. 7 et 8).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1643. Note 20

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(Consulté le 11.07.2020)

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