L. 98.  >
À Charles Spon,
le 24 décembre 1643

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Monsieur, [a][1]

Je vous donne avis que le vendredi 11e de ce mois j’ai donné au coche de Lyon un petit paquet de livres pour vous, port payé, dans lequel vous trouverez ce qui suit : le livre de M. de Baillou [2] De Morbis virginum et mulierum, etc., in‑4o ; le Rappel des juifs, in‑8o ; [3] Palmarius de vino et pomaceo, in‑8o ; [4] Disquisitio disquisitionis de Magdalena Massiliensi, in‑8o ; [5] La Rome ridicule, in‑8o ; [6] Vita Loisellorum Ant. et Guidonis, in‑8o ; [7][8][9] Examen de la Requête présentée à la reine par le Gazetier, in‑4o ; Factum de notre doyen contre le Gazetier, in‑4o ; Requête du Gazetier à la reine, in‑4o ; Factum du Gazetier, in‑4o ; [1][10] Factum pour M. de Bouillon par M. Justel, in‑4o ; [2][11][12] Seconde apologie pour l’Université de Paris, in‑8o ; [13] Théologie morale des jésuites, in‑8o ; Discours contre Marthe Brossier par M. Marescot, in‑8o ; [3][14][15][16] plus cinq thèses de médecine, et une qui m’a autrefois été dédiée. De ces cinq, la dernière est la mienne, je vous prie de la lire et de m’en donner votre avis. [4][17][18] J’aurais volontiers attendu que le livret de M. Du Val, [19] qui est un catalogue et des éloges des professeurs du roi, fût achevé ; mais ce bonhomme, corpore menteque senescens[5] est devenu si lent que je ne vois non plus de dessein en lui de bien achever qu’il a eu de bien commencer. Quand il sera fait, ce sera pour un autre paquet avec les autres choses qui se présenteront. Je vous prie de prendre en attendant de bonne part ce petit présent qui n’est rien au prix de ce que je vous dois ; je tâcherai de faire mieux à l’avenir. M. Huguetan [20] a-t-il commencé les Institutions de C. Hofmannus ? [21] Bon Dieu ! quid moratur in tam pulcro opere ? [6] Si M. Le Gagneur [22] ne vous a vu, il vous verra bientôt ; je vous remercie du bon accueil que vous lui voulez faire à cause de moi, il est honnête homme et bon ami. Depuis que M. de Saumaise [23] est parti, je n’ai rien entendu de lui : utinam secundo vento et felici cursu delatus sit in Hollandiam[7] M. Petit [24] de Nîmes [25] est fort mal et tout hectique, [8][26] à ce qu’on m’écrit de Montpellier. M. Du Moulin [27] s’en est retourné, laborabat ab atra bile, et intemperie calida sicca viscerum[9][28] Je vous maintiens et vous assure qu’il est très faux qu’il ait été malade d’imagination ; [10] je l’ai trouvé très sage et très posé, et ai eu grande consolation de le voir en ce grand âge. C’est un mal qu’on lui impose et suppose, [11] à cause de sa vieillesse. Je lui ai trouvé l’esprit aussi réglé et aussi présent, la mémoire aussi ferme et assurée qu’il puisse jamais avoir eus, et sur une grande diversité de matières dont je pris grand plaisir de l’entretenir ; aussi fut-il bien aise de voir que je savais beaucoup de ses nouvelles. Il est retourné à Sedan. [29] S’il avait le corps aussi frais et bien tempéré que je trouve son esprit, il pourrait y vivre longtemps, mais il faut dire en ce cas avec Horace [30] Vitæ summa brevis, spem nos vetat inchoare longam[12] parce qu’il est bien sec et bien cassé. Pour ses œuvres, dont il n’y a encore rien de commencé, reposez-vous en sur moi, nihil quidquam ex iis prætermittam quæ sunt officii erga te mei[13]

Le traité de Marthe Brossier que trouverez dans votre paquet est proprement de maître S. Piètre, [31] mais il passa sous le nom de M. Marescot [32][33] le bonhomme, qui était son beau-père. [14] J’ai grand regret et vous en demande pardon, je viens de prendre garde en relisant votre lettre que j’ai oublié de mettre dans votre paquet le Castellanus de vitis Medicorum [34] que m’y aviez demandé. [15] Voyez, je vous prie, et m’indiquez comment je pourrai en amender la faute, pour quoi faire je suis tout prêt. Je serais ravi d’avoir le Divorsio celeste en français, [35] j’espère qu’il viendra de deçà[16] J’ai vu ici les Mémoires de M. de Rohan [36] manuscrits ; ce livre devrait être imprimé à Genève, il est très bon. J’ai vu pareillement le livre De Plantis a sanctis, etc.[17][37] duquel s’est servi notre maître Guillaume Du Val en sa fourberie des saints médecins que je vous envoyai in‑4o il y a quelques mois. Pour le Sinibaldus, [38] j’espère que je le verrai quelque jour. [18] Il y a ici du bruit à la cour pour une querelle qui a été entre M. de Guise [39] et M. de Coligny, [40] qui est fils de M. le maréchal de Châtillon. [41] Ils se sont battus en duel [42] dans la place Royale [43] et se sont blessés l’un l’autre, [19] mais pas un d’eux n’en mourra ; chacun d’eux est blessé en trois endroits, mais légèrement et sans danger de mort. [20] Nouvelles nous sont arrivées que M. de Saumaise est en Hollande en bonne santé et qu’il y a été reçu de grand cœur par tous ses amis. Un intendant des finances chez lequel j’ai aujourd’hui dîné m’a dit que M. le surintendant, qui est le président de Bailleul, [44] veut obliger M. de Saumaise en ami (je sais bien qu’il l’aime fort), et qu’il veut trouver les moyens de le faire revenir en France et de l’arrêter à Paris à bonnes enseignes, quod utinam fiat ; [21] et c’est pourquoi beaucoup de gens disent à Paris que M. de Saumaise reviendra ici l’été prochain. Je souhaiterais volontiers qu’il ne revînt pas de deçà qu’il n’eût fait imprimer à Leyde [45][46] tout ce qu’il a tout prêt en ce qui regarde la religion, [22] d’autant qu’il n’en aura jamais ici guère de liberté, vu que nous sommes ici tous entourés et obsédés de moines et de moineaux de tout plumage qui per fas et nefas veritatem in iniustitia detinent[23][47] Je pense que vous avez eu le Davila [48] en italien, imprimé tant à Lyon qu’en Italie, in‑4o. Il a été traduit en français et imprimé ici in‑fo en deux petits tomes qui se peuvent relier tout en un ; on le vend ici 20 livres aux curieux, qui en font grand état, et ce avec raison car, outre qu’il coûte bien cher, il y a de fort belles choses en cette histoire. [24] Le sieur Dupleix, [49] qui est en sa maison à Condom [50] en Gascogne, [25] et qui travaille à achever l’histoire du dernier roi depuis dix ans, a ici envoyé son fils pour recevoir des mémoires [26] du duc d’Orléans, [51] de M. le Prince [52] et du cardinal Mazarin, [53] et quelques-uns de moi aussi, touchant la mort du rouge tyran [54] et du roi Louis xiii[55] J’ai peur que sur cette grande diversité de mémoires, qui partent de mains et d’intentions si différentes, il ne fasse rien qui vaille et qu’il ne se fasse autant d’ennemis à cette deuxième partie qu’il a fait à la première. Il aura lui-même bien de la peine à accorder tous les mémoires tant faux que vrais qui lui seront délivrés de la part de ces princes, qui voudront tous être crus et être mis dans l’histoire, selon leur caprice ou le degré du crédit qu’ils auront ; et ainsi ce sera une belle pièce que cette histoire écrite ad libidinem dominantium[27] M. le président de Bailleul, surintendant des finances, tomba fort malade avant-hier tout d’un coup. Fuit aliqua suspicio veneni[28] Il est fort incommodé d’une grande perte de sang quæ repente oborta est[29] Ces grandes charges font envie aux ambitieux et les poussent à de violentes extrémités per multa scelera[30] Si vous prenez la peine de lire ma thèse,  je vous prie de considérer le nez et les mœurs du Gazetier ubi actum est de morbis nasi[31] Après le mot de nebulones, vous y trouverez son nom en prenant chaque première lettre des huit mots suivants, dont le premier est ridiculi, le deuxième effrænes, le troisième nefarii, etc. [32][56] On dit qu’à la cour il y a quelque brigue contre M. Cousinot, [57] premier médecin du roi. On dit qu’il ne gardera guère longtemps cette place qui est fort enviée sur lui, combien que jusqu’ici la reine l’ait toujours protégé. Je ne saurais deviner qui en sera le successeur et en doute fort. M. de Noyers [58] est ici de retour de sa maison où le dernier roi l’avait envoyé. La reine lui a permis d’être ici, toute la troupe loyolitique [59] emploie tout son crédit pour le faire entrer dans le gouvernement, mais ils n’ont pu jusqu’ici tous ensemble rien avancer en cette affaire ; et Dieu aidant, n’en viendront jamais à bout. Ces maîtres fourbes, sous ombre de religion, feraient bien valoir leurs coquilles s’ils avaient du crédit durant cette minorité. [33] On me vient d’assurer que le Gazetier, qui est un autre incommodum sæculi[34] aussi bien que les loyolites, est malade il y a 15 jours ; qu’il n’a pas la fièvre, mais qu’il est fort maigre et qu’il prend force breuvages ut se vindicet. Quidam suspicantur ulcus imminens in pulmone, alii luem veneream, quod facilius crediderim ; scio enim eiusmodi nebulonem esse libidinosissimum[35] Dieu le veuille bien amender. Je vous baise bien humblement les mains et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 24e de décembre 1643.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 décembre 1643

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(Consulté le 16.10.2019)