À Charles Spon, le 18 janvier 1644
Note [26]

« parce qu’on la voit habituellement se reproduire chaque cinquième heure » (phrase citée par Littré DLF pour définir la quinte de toux).

La quinte est caractéristique de la coqueluche. Guillaume de Baillou est le premier à en avoir clairement décrit les symptômes, dans ses Epidemiorum et Ephemeridum libri duo… [Deux livres des Épidémies et des Éphémérides…] (1640, v. note [3], lettre 48), qui ont été traduits en français : Épidémies et éphémérides traduites du latin de Guillaume de Baillou…, avec une introduction et des notes par Prosper Yvaren, docteur en médecine de la Faculté de Paris… (Paris, J.‑B. Baillière et fils, 1858, in‑8o). Le passage signalé par Guy Patin se trouve à l’année 1578.

  • Printemps et commencement de l’été de l’année 1578 (page 402) :

    « L’hiver ne fut pas très insalubre, quoiqu’il n’eût pas tout à fait conservé la température qui lui est propre. Mais le vent du Midi ayant soufflé vers la fin de l’hiver, et celui du Nord ayant ensuite dominé durant quelques jours au commencement du printemps, il se déclara des maladies de mauvais caractère, et surtout des douleurs de tête très aiguës. Je ne sais comment, sous l’influence du vent du Sud, ou sous toute autre influence atmosphérique, une sérosité maligne et dépravée s’était engendrée dans la tête, qui donnait des marques de sa virulence, sur quelque organe qu’elle se portât, sur quelque partie qu’elle se fixât. Fluxionnait-elle la gorge et la trachée-artère, elle provoquait une toux violente, un certain chatouillement dans la poitrine et un besoin de tousser sans expectoration. {a} En voyant la violence de cette affection épidémique, les médecins la regardaient comme étant la même maladie qu’autrefois on avait appelée la coqueluche. Il y avait du moins entre elles la plus grande affinité. La toux résistait à tous les remèdes. »


    1. Note de Baillou : « Ces affections fluxionnaires, qui régnaient en si grand nombre, s’accompagnaient de fièvre, et d’une fièvre intense. Une toux fatigante donnait lieu à de violents efforts, n’amenait pas l’expectoration, mais bouleversait l’estomac et amenait le vomissement ; ou bien, elle ébranlait les veines du cerveau, en faisant jaillir le sang, et donnait lieu à des hémorragies. Ces accidents cessèrent pendant quelques jours ; mais vers le mois de juillet et vers le mois d’août, ils reparurent plus violents et attaquèrent de préférence les enfants. Qu’était-ce que cela. »

  • Constitution de l’été de l’année 1578 (pages 419‑422) :

    « Il vient d’être question du commencement de cet été. Il régna sur la fin à peu près les mêmes maladies qu’au commencement de cette saison, qui fut chaude, brûlante dans toute sa durée. Les enfants de quatre à dix mois, et même d’un âge un peu plus avancé, furent attaqués de fièvres qui en firent périr un grand nombre, et surtout de cette toux violente dont j’ai parlé et qui est connue sous le nom vulgaire de quinte, de quintane, et dont les symptômes sont les plus graves. Le poumon est si irrité que, dans les efforts qu’il fait pour détacher ce qui l’incommode, il ne peut inspirer l’air et l’expirer qu’avec difficulté. On dirait qu’il se gonfle ; et le malade, près de suffoquer, sent son souffle arrêté au milieu de son gosier. {a} Il est assez difficile de savoir d’où lui vient le nom de quinte. Les uns croient que ce nom a été fabriqué par onomatopée, d’après le son et le bruit que font les malades en toussant ; d’autres rejettent cette étymologie et veulent que l’on ait donné à cette toux le nom latin de quintane parce qu’elle ne revient qu’à certaines heures, ce qui est un fait d’expérience. Car ce tourment de la toux est quelquefois suspendu pendant quatre ou cinq heures, après quoi revient un paroxysme, souvent si violent qu’il fait jaillir le sang du nez et de la bouche, et que très fréquemment il soulève l’estomac et fait vomir. Je n’ai encore pu trouver aucun auteur qui fasse mention de cette espèce de toux. On ne sait si la cause de cette maladie, sérum, ichor, {b} ou flux malin, dérive de la tête, du corps du poumon ou d’ailleurs. Il semble que c’est du poumon lui-même, car nous avons vu la plupart des malades affectés de cette toux, après des efforts longtemps inutiles, rendre enfin une incroyable quantité d’une matière à demi purulente ; ce qui donne à croire que cette matière, stagnante et ramassée dans cet organe, est la cause de la toux. […] car si cette pénible toux que l’on appelle quinte ne provenait que d’une fluxion maligne, elle ne s’accompagnerait pas de l’expectoration d’une incroyable quantité de matière ; quoique je sois loin de nier qu’il ne puisse descendre de la tête quelque flux irritant. » {c}


    1. Latin original : et quasi stragulabundus æger mediis faucibus hærentes spiritus habet.

    2. Ichor : synonyme de sanie (v. note [11], lettre de François Rassyne, datée du
    3. ), sérosité purulente et putride qui s’écoule d’une plaie ou d’un orifice naturel.

    4. Note de Baillou : « Quelqu’un affirme avoir lu dans un auteur le nom de quinte de toux ou de toux quintane, dont il est bien difficile de trouver la raison. Les uns veulent qu’on l’appelle quinte, parce que la toux se reproduit toutes les cinq heures ou à peu près (ce nombre précis ne devant s’entendre que dans un sens approximatif). C’est de là qu’est venue l’expression d’hommes quinteux, appliquée à ceux qui sont par moments désagréables et insupportables à autrui. D’autres veulent que ce terme ait été emprunté aux musiciens. Et de même qu’il existe entre l’octave et la quinte une certaine proportion, un certain rapport, malgré la différence des degrés et des nombres ; de même, chez ceux qui souffrent de cette toux, il se forme dans le larynx un son qui répond à un autre son, parti de la profondeur des poumons. Que d’autres que moi décident. »

À l’exception de la fièvre intense (mais, au xviie s., fièvre n’avait pas le sens de température mesurée), la description correspond à la coqueluche d’aujourd’hui : infection contagieuse due au bacille de Bordet et Gengou (Bordetella, Bacillus ou Hæmophilus pertussis) qui survient principalement durant l’enfance (deux premières années de vie dans 40 pour cent des cas), la quinte en est la caractéristique la plus frappante ; c’est une toux impressionnante qui survient par accès, s’accompagnant d’un crachement de mucus purulent, et parfois de vomissements et d’hémorragies (nasales, oculaires, bronchiques). La maladie était rarement mortelle, on en protège désormais les enfants à l’aide d’un vaccin. Pour le mot coqueluche, « Ménage croit qu’il vient de ce que ceux qui étaient malades de ce mal portaient une coqueluche ou capuchon de moine pour se tenir chaudement » (Furetière) ; mais il existe d’autres explications et il est sage de conclure, à la manière de Baillou pour le mot quinte, par un prudent « Que d’autres que moi décident ». Dans sa thèse, Estne totus homo a natura morbus ? (vUne thèse de Guy Patin : « L’homme n’est que maladie »), Guy Patin a fait allusion à la quinte :

Nondum firmum cibis os aphthis scatet ; pulmo quintana tussi, ferina et contumaci, a sero maligno et ατεραμνω, e venis exudante ; ventriculus vomitu rumpitur ; alvum vexant tormina, umbilicum inflammatio, mentem vigiliæ et pavores.

[Encore incapable de mâcher les aliments solides, la bouche est en proie aux aphtes ; et le poumon, à la toux quinteuse, rauque et rebelle, due à une sérosité maligne et crue qui suinte des veines ; le vomissement brise l’estomac ; les coliques sont un tourment pour le ventre, comme l’inflammation pour l’ombilic, et les insomnies et les terreurs pour l’esprit].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 18 janvier 1644. Note 26

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(Consulté le 15.09.2019)

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