À Charles Spon, le 8 juillet 1650, note 28.
Note [28]

V. note [9], lettre 235, pour Joseph de Voisin, le député du parlement de Bordeaux auprès de celui de Paris, dont la venue avait obligé la cour à repasser par Paris, au lieu d’aller directement de Compiègne à Bordeaux.

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, pages 285‑287, mercredi 6 et jeudi 7 juillet 1650) :

« Ce matin, les chambres assemblées et M. le duc d’Orléans présent, le député de Bordeaux nommé Voisin a dit sa créance et déclaré sa députation, portant que la jonction des deux parlements était aux fins de supplier le roi qu’il lui plût révoquer le duc d’Épernon, pacifier les troubles de la ville et de la province, et d’accorder la liberté aux princes prisonniers. On fut aux voix. Le sieur de Bachaumont-Le Coigneux, {a} conseiller et fils du vieil président, {b} dit que faire comme on faisait n’était que plâtrer une affaire, et qu’il fallait aller au fond et à la racine, y couper le mal et l’origine de tous les désordres. Son frère, {c} le président en survivance, surpris de l’ouïr ainsi parler, lui demanda tout haut à quelle charge de la cour ou gouvernement il prétendait, voulant dire par là que tous ceux qui avaient poussé le cardinal Mazarin avaient eu des prétentions particulières que l’on avait assouvies pour les faire taire.

M. Broussel dit son avis, qui fut fort suivi, portant que deux députés du Parlement seraient choisis pour aller vers le roi porter à Sa Majesté copie de la créance et demande du député de Bordeaux, qui les baillerait par écrit pour être mises aux registres du Parlement, et serait Sa Majesté très humblement suppliée d’y avoir égard et d’en accorder l’effet touchant la révocation du duc d’Épernon. Le sieur Coulon, {d} conseiller, dit, touchant la liberté des princes, que cette corde n’ayant point encore été touchée, méritait bien que l’on y pensât. […]

Jeudi matin 7, le Parlement étant encore assemblé, M. le duc d’Orléans a dit que si l’on passait outre sur le point de la liberté des princes, qu’il se retirait, ne pouvant assister à telles propositions qui ne pourraient qu’être préjudiciables au royaume, attendu l’état des affaires présentes ; que les créatures, partisans et amis desdits princes se trouvant les armes à la main, il était expédient {e} pour le salut public que lesdits princes demeurassent arrêtés et mis en sûreté. Là-dessus, on lui a dit que ce n’était point que les avis de Messieurs {f} ne fussent pour la liberté desdits princes, mais seulement pour la leur, parce qu’ils prétendent être libres de recevoir les députations et propositions des autres parlements et d’en dire librement leur avis. À quoi ledit duc d’Orléans a répliqué qu’il ne voudrait pour rien au monde leur ôter la liberté qu’ils ont de proposer et dire leurs sentiments ; et que, pour la leur laisser entière, il choisissait de se retirer au cas que, comme dit est, ils voulussent passer outre en ce point. M. de Broussel a donné par écrit son avis d’hier, qui a été reçu par le greffier et passé par la Compagnie qui en a fait un arrêt. M. le duc d’Orléans sortit, la tête couverte, ayant les duc de Beaufort et coadjuteur de Paris à ses côtés, nu-tête, aucuns de la foule criant “ La paix ! la paix ! et point de Mazarin ! ” »


  1. François de Bachaumont-Le Coigneux, v. note [8], lettre 715.

  2. Jacques i Le Coigneux, v. note [5], lettre 84.

  3. Jacques ii Le Coigneux, v. note [1], lettre 317.

  4. Jean Coulon, v. note [39], lettre 294.

  5. Utile.

  6. Du Parlement de Paris.

Retz (Mémoires, pages 634-636) :

« Les coups de canon que l’on tira à Bordeaux avaient porté jusqu’à Paris, devant même que l’on y eût mis le feu. Aussitôt que le roi fut parti, Voisin, conseiller et député de ce parlement, demanda audience à celui de Paris. L’on pria Monsieur de venir prendre sa place et comme j’étais averti qu’il y aurait bien du feu à l’apparition de ce député, je dis à Monsieur que je croyais qu’il serait à propos qu’il concertât ce qu’il aurait à dire à la Compagnie avec M. le garde des sceaux et avec M. Le Tellier. […]

Quoique M. d’Orléans eût dit d’abord que le roi avait commandé à M. d’Épernon de sortir de la Guyenne et de venir au-devant de lui sur son passage, dans la vue de porter les affaires à la douceur et d’agir en père plutôt qu’en roi, il n’y eut pas dix voix à ne pas recevoir le député. L’on le fit entrer à l’heure même. Il présenta la lettre du parlement de Bordeaux ; il harangua, et avec éloquence ; il mit sur le bureau les arrêts rendus par sa Compagnie et il conclut par la demande de l’union. L’on opina {a} deux ou trois jours de suite sur cette affaire et il passa à faire registre de ce que M. d’Orléans avait dit touchant l’ordre du roi à M. d’Épernon ; que le député de Bordeaux donnerait sa créance par écrit, laquelle serait portée au roi par les députés du Parlement de Paris qui supplieraient très humblement la reine de donner la paix à la Guyenne. La délibération fut assez sage, l’on ne s’emporta point, mais ceux qui connaissaient le Parlement virent clairement, dans l’air plutôt que dans les paroles, que celui de Paris ne voulait pas la perte de celui de Bordeaux. Monsieur me dit dans son carrosse au sortir du Palais : “ Les flatteurs du cardinal lui manderont que tout va bien et je ne sais s’il n’aurait pas été à propos qu’il eût paru aujourd’hui plus de chaleur. ” »


  1. Débattit.

En 1660, Guy Patin a reparlé de Joseph de Voisin, devenu prêtre (v. note [10], lettre 656).

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 juillet 1650, note 28.

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(Consulté le 23/04/2024)

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