À André Falconet, le 30 avril 1670
Note [4]

En réponse à ce que Guy Patin lui avait écrit du scorbut (lettre du 14 mars 1670), André Falconet avait dû lui envoyer un exemplaire de son propre livre sur le sujet : Moyens préservatifs, et la méthode assurée pour la parfaite guérison du scorbut par M. André Falconet, Roannais, docteur médecin en l’Université de Montpellier et agrégé au Collège des médecins de la ville de Lyon publié en 1642 chez Jean-Antoine Huguetan à Lyon (v. note [18], lettre 80).

Après la dédicace au cardinal Alphonse-Louis de Richelieu, comte-archevêque de Lyon et oncle du ministre, on lit un Avis à Messieurs les recteurs de la Charité, où Falconet se glorifie d’être médecin de cet hôpital lyonnais. Dans ce traité, bien des idées sur le scorbut n’ont pas résisté au temps, mais on est frappé d’y lire (page 57) cette recommandation thérapeutique :

« J’approuve fort l’usage des oranges, lesquelles Ronsseus, {a} Épître 2, raconte être si excellentes que d’avoir guéri les nautoniers {b} flamands revenant d’Espagne. »


  1. V. note [8], lettre 427.

  2. Marins.

La référence exacte à Ronss est la lettre xxxiii (non datée) des Balduini Ronssei Gandensis, medici Reip. Goudanæ, Miscellanea, seu epistolae medicinales. Cito, tuto et iocunde [Mélanges, ou lettres médicales de Balduin Ronss natif de Gand, médecin de la ville de Gouda. Vite, sûrement et agréablement] (Leyde, Plantin chez Franciscus Raphelengius, 1590, in‑8o), intitulée Sceletyrben ac stomacacen dictam, esse magnorum lienum accidentia, nec esse distinctum morbum scorbutum a magnis Hippocratis lienibus : ad Cornelium Heydium [Le scélotyrbe, comme ce qu’on appelle le stomacacé (v. note [5], lettre 427), est un accident des grandes rates, et le scorbut n’est pas distinct des grandes rates d’Hippocrate : à Cornelius Heydius] (page 109-110) :

Novimus nonnullos qui solo pomorum anaranciorum una cum corticibus usu sanitatem recuperarunt : quod etsi empeiricum sit, cum ipsa tamen methodo nonnihil commune habere videtur : Siquidem quum in lienis affectibus, auctore Galeno, opus sit attenuantibus pharmasis citra manifestam caliditatem, cum modica astrictione, ut robur addatur affectæ particulæ, anarancia affecto lieni non prorsus inutilia pronunciabimus. Incidunt etenim, compescunt æstuantem sanguinem, et robur addunt læsæ parti. Cæterum num ratione duce homines barbari ad propellandam hanc luem anaranciis primum usi fuerint, pro incomperto est ; mihi probabilior ea videtur opinio, quæ fortuito et casu quopiam facultatem hanc compertam esse asserit, redeuntibus nimirum ab Hispaniis nautis Batavis, ac uberi novitate anaranciorum allectis, præter spem avidæ quædam gulositate morbum pellentibus, atque id non semel fœlici successu experientibus.

[Nous en avons connu quelques-uns qui ont recouvré la santé {a} par la seule consommation d’oranges avec leurs écorces. Cela est certes empirique, mais semble avoir quelque chose de commun avec la bonne méthode ; puisque, selon Galien, dans les affections de la rate, il y aurait besoin de remèdes atténuants avec un modeste effet astringent, sans provoquer d’échauffement manifeste, de manière à renforcer la partie affectée, alors, nous déclarons que les oranges n’y sont pas tout à fait inutiles. De fait, elles coupent et répriment le bouillonnement du sang, et confèrent de l’énergie à la partie lésée. Certains pensent que des Barbaresques ont été les premiers à avoir utilisé les oranges pour écarter cette maladie, mais cela est à tenir pour douteux. Je tiens pour plus probable que cette faculté ait été fortuitement découverte quelque part, sans doute par des marins hollandais revenant d’Espagne, qui avaient été séduits par l’opulente nouveauté des oranges : outre l’avidité gourmande qu’on peut en avoir, elles chassaient la maladie ; ce qu’ils avaient expérimenté plus d’une fois avec heureux succès].


  1. Guéri du scorbut.

V. note [4], lettre 427, pour la richesse des oranges en vitamine C, ce que tout le monde sait aujourd’hui et qui fait d’elles un souverain remède du scorbut ; Omicron (Mots & maux, Jean-Baptiste Baillière, 2001, page 164) :

« Au chirurgien de la marine britannique James Lind (1716-1794) revient le mérite d’avoir établi scientifiquement les vertus curatrices et préventives du citron <dans le scorbut> : 1747 fut l’année du premier essai comparatif jamais enregistré dans les annales thérapeutiques. Le capitaine James Cook (1728-1779), en ayant sans doute eu connaissance, servait de la choucroute à ses équipages ; mais il fallut bien du temps aux administrations maritimes pour reconnaître la démonstration de Lind. En 1804, les règlements de la British Navy rendirent obigatoire l’ajout de jus de citron à la ration quotidienne des marins. Le scorbut ne disparut complètement des navires que vers le milieu du xixe s. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 30 avril 1670. Note 4

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(Consulté le 22.10.2019)

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