Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 2 manuscrit, note 53.
Note [53]

« Voyez le livre de Hugo Grotius intitulé Defensio fidei Catholicæ de satisfactione Christi, in‑4o, Leyde, page 74. »

  • V. note [13], lettre 127, pour la « Défense de la foi catholique sur la disculpation du Christ » (Leyde, 1617) de Grotius contre Fauste Socin. La page 74 du chapitre iv n’illustrant pas le propos du Borboniana, je me suis référé au chapitre suivant (pages 82‑83), qui débat sur la punition du fils pour les fautes de son père :

    Quia vero inter omnes Dei proprietates antestat amor humani generis, ideo Deus cum juste posset et moveretur ad punienda peccata omnium hominum digna et legitima pœna, hoc est morte æterna, his qui Christum credunt parcere voluit : parcendum autem cum esset, aut aliquod exemplum aut nullum adversus tot et tanta peccata statuendo, sapientissime eam viam elegit, qua plures simul ipsius proprietates manifestarentur, nimirum et clementia et severitas, sive peccatis odium, legisque servandæ cura. Sic Zaleuci factum laudans Elianus caussas eius refert duas, ινα μη ο νεανισκος τυφλωθη τελεως, et, ινα μη διαφθαρη το απαξ κεκυρωμενον : quarum caussarum illa eo spectat, ut aliquid de lege mutetur per clementiam ; hæc vero ne nimium mutetur. Notant qui de legum relaxatione scripserunt, eas esse optimas relaxationes, quibus annexa est commutatio, sive compensatio : quia scilicet eo modo et legis auctoritati minimum perit, et rationi ei quæ caussa est legis aliquatenus mos geritur, ut si qui rem teneatur tradere pretium presolvendo liberetur. Proxima enim sunt idem et tantundem. Talis commutatio non modo inter res, sed interdum quoque inter personas admittitur, modo id fieri possit sine alterius injuria. Sic in carcerem filii patribus succedere permissi, ut Miltiadi Cimon.

    [Car en vérité, l’amour du genre humain représente la première de toutes les qualités de Dieu : quand il a le juste pouvoir, qu’il s’active à appliquer, de punir les péchés de tous les hommes d’un châtiment légitime et mérité, qui est la mort éternelle, il a néanmoins voulu épargner ceux qui ont foi dans le Christ. Toutefois, puisqu’absoudre tant et tant de fautes c’est en faire des exemples, bons autant que mauvais, Dieu a très sagement choisi une autre voie qui lui permet d’exprimer plusieurs de ses qualités : clémence et sévérité, haine des péchés et souci de préserver la loi. Élien, louant les actions de Zaleucos, rapporte ses deux sentences : que le jeune homme ne soit pas rendu entièrement aveugle, et que ce qui avait été établi une fois pour toutes ne soit pas altéré. {a} La seconde de ces sentences établit que rien dans la loi ne soit modifié par clémence, et la première, qu’elle ne soit pas altérée outre mesure. Ceux qui ont écrit sur la relaxe jugent que les meilleures remises de peine sont celles qu’on assortit d’une commutation ou d’une compensation. C’est en effet ainsi qu’on attente le moins et à l’autorité et, jusqu’à un certain point, à l’esprit de la loi ; ce qui revient presque au même. {b} Une telle commutation s’admet non seulement entre les biens, mais aussi, parfois, entre les personnes, pourvu que cela puisse se faire sans pénaliser lourdement l’autre. Ainsi des fils ont-ils été autorisés à être emprisonnés à la place de leurs pères, comme fit Cimon pour Miltiade]. {c}


    1. Zaleucos de Locres (en Calabre) est un législateur grec dont la légende situe la vie au viie s. av. J.‑C. Élien (v. note [2], lettre 618) l’a cité en exemple dans ses Histoires diverses (livre xiii, chapitre 24) :

      « Suivant une loi de Zaleucos, législateur des Locriens, tout homme convaincu d’adultère devait avoir les yeux crevés. Cette loi, par une cruelle fatalité, devint pour lui la cause d’un malheur qu’il n’avait ni craint, ni prévu. Son fils, surpris en adultère, allait subir la peine imposée par la loi : Zaleucos, pour que ne soit pas altéré ce qui avait été établi une fois pour toutes, et dont il était lui-même l’auteur, racheta un des yeux de son fils en donnant un des siens en échange, pour que le jeune homme ne soit pas rendu entièrement aveugle. »

    2. Traduction simplifiée mais ne trahissant pas, me semble-t-il, le latin plus disert de Grotius.

    3. Miltiade et son fils Cimon étaient deux stratèges athéniens du ve s. av. J.‑C., dont les historiens antiques ont conté les exploits et les revers. Dans son Mémoire sur Miltiade et les auteurs de sa race (Mémoires de l’Institut de France, 1842, vol. 15, première partie, page 209), Nicolas Maximilien Sidoine Séguier de Saint-Brisson a ainsi résumé l’épisode auquel Grotius faisait allusion :

      « Ne pouvant payer l’amende à laquelle il avait été condamné, Miltiade termina ses jours en prison, la gangrène s’étant mise à sa plaie. Son fils adolescent ne désarma pas la haine de ses ennemis, et, pour lui faire des funérailles, il dut se charger de chaînes jusqu’à ce qu’il eût payé l’intégrité de l’amende. »

  • Popoff (no 2005) a fourni une biographie détaillée de Jean Poîle (Poisle ou Poille), seigneur de La Bretesche, « neveu de Jean Boucher [v. note [14] du Naudæana 4], curé de Saint-Benoît, tous deux grands ligueurs » :

    « fut reçu conseiller au Parlement de Chambéry, puis à celui de Paris, le 20 novembre 1551, en la […]e des Enquêtes, monta à la Grand’Chambre le […]. {a} Son procès lui fut fait au Parlement pour concussions, exactions et faussetés d’arrêts en grand nombre, par lui commis en l’exercice de sa charge ; pour réparation de quoi, il fut condamné, par arrêt du samedi 19 mai 1582, à faire amende honorable, {b} tête nue, à deux genoux, à huis-clos, au Parc de l’audience, {c} et dire et déclarer que mal, témérairement et indiscrètement, il avait commis les cas et crimes énoncés au procès, dont il se repentait et demandait pardon à Dieu, au roi et à la justice ; fut privé de son état et office, et déclaré indigne de tenir office royal de judicature, banni de la vicomté de Paris pour cinq ans, condamné à 500 écus d’amende envers le roi, applicables à la réfection du Palais, et en 200 écus envers les pauvres de Paris, et aux dépens du procès envers René Le Roullier, conseiller clerc au Parlement, accusateur. Il remercia ses juges et alla le lendemain à Fontainebleau pour obtenir son rappel du ban, mais il fut refusé. Il avait fait un testament et mourut le […]. {a} Ses crimes sans nombre furent rendus publics par le livre imprimé en 1576, in‑8o, intitulé La Légende de Maistre Jean Poisle, conseiller au Parlement, contenant sa vie, déportements et actions, avec les moyens qu’il a tenus pour s’enrichir, en 69 pages ; {d} au bas de la dernière, on lit : “ baillé par mémoire, pour en faire plainte à l’assemblée des états de Sa Majesté, et porté à Blois par l’un de ceux qui étaient délégués pour la province de Paris et Île-de-France, et le tout communiqué à ladite assemblée. ” {e} Voyez les Mémoires de L’Estoile, tome 1, pages 128 et 140. {f} Blanchard, Conseillers, page 74. {g}

    Le même Jean Poille, étant conseiller en la Grand’Chambre, fut nommé avec N… Vialart, président à mortier au parlement de Rouen, par lettres du 5 juin 1574, pour faire le procès à Gabriel de Lorge, comte de Montgomery, qui avait été pris les armes à la main pour la Ligue par les sieurs de Matignon et Fervaque ; ceci fut exécuté le 26.

    Ledit Jean Poille avait épousé N… Tiraqueau, fille d’André ier Tiraqueau, {h} lieutenant général en la sénéchaussée de Poitou au siège et ressort de Fontenay-le-Comte, puis conseiller au parlement de Bordeaux, ensuite à celui de Paris, en la Grand’Chambre, et de […]. {i}

    Jacques Poille, seigneur de Saint-Gratien, fils de […]. {j} Il fut reçu conseiller au Parlement de Paris séant à Tours le 11 mai 1594. Il mourut le […] 1623, inhumé en l’église de ce lieu. Il avait épousé Catherine Gobin. »


    1. Popoff a mis entre crochets les informations manquantes.

    2. V. note [10], lettre 57.

    3. Au parquet des Gens du roi.

    4. Sans lieu ni nom ; j’ai corrigé l’erreur du titre fourni par Popoff : Pierre pour Jean. Légende signifie « ce qu’il faut lire sur ».

      Il a aussi paru sur le sujet l’Avertissement et discours des chefs d’accusation et points principaux du procès criminel fait à Maître Jean Poisle, conseiller en la Cour de Parlement. À la requête de Maître René Le Roullier, aussi conseiller en icelle Cour, partie civile, Monsieur le procureur général du roi joint avec lui : et réponse à un factum qu’il a fait imprimer sous son nom, contenant ses défenses (sans lieu ni nom, 1582, in‑8o de 57 pages).

    5. Seconds états généraux de Blois (octobre 1588-janvier 1589), sous le règne de Henri iii (ceux où eurent lieu les assassinats du duc de Guise et de son frère, le cardinal de Lorraine).

    6. Dans le tome 2 des Mémoires-journaux de Pierre de L’Estoile (édition de Paris, 1875), ces renvois correspondent aux paragraphes intitulés :

      1. Poisle et son emprisonnement, et pourquoi (pages 19‑21, août 1581) ;

      2. Jugement de messire Jean Poisle (pages 65‑69, mai 1582).

    7. Les Conseillers forment la seconde partie des présidents au mortier du Parlement de Paris… Ensemble un Catalogue de tous les conseillers… Par François Blanchard, Bourbonnais (Paris, Cardin Besongne, 1647, in‑4o). Jean Poille figure à la page 74 comme reçu le 20 novembre 1551, avec la description de ses armes : « Il portait d’azur au chevron d’or, accompagné en chef de deux étoiles d’argent, et en pointe, un cœur d’or. »

    8. L’ami de François Rabelais, v. note [2], lettre 597.

    9. V. notule {c}, note [13] du Faux Patiniana II‑4, pour la très méritante Marie Cailler, mère d’André ii Tiraqueau (et des 29 frères ou sœurs qu’on lui attribue).

    10. Surprenante lacune qui laisse à penser que Jacques Poîle voulait faire oublier qu’il était le fils de Jean.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 2 manuscrit, note 53.

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(Consulté le 26/02/2024)

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