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Ana de Guy Patin :
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Ms BnF Fr 9730 page 6 [1]

  • Johannes Regiomontanus [2] est l’inventeur de la boussole. [3] Il fut empoisonné par les enfants de Trapezuntius [4] pour l’envie qu’ils lui portaient à cause de la réformation du calendrier, [5] que le pape Sixte iv [6] voulait lui faire faire. Ce fut lui qui prédit que l’an 1588 il viendrait de grands malheurs. C’est contre ce Joannes Regiomontanus, et à cause de lui, que Picus Mirandulanus [7] écrivit contre les astrologues. [8] Il était évêque de Rastisbonne, [9] ex dono Papæ[1] Vide Paulum Jovium, [10] parte ia. Elog. pag. 287. Vide Melch. Adam. [11] in Vitis Philosophorum Germ. pag. 11. et clarissimum Thuanum, [12] tom. 4o. pag. 268, et 269[2]
    Joannes Picus Mirandulanus mourut jeune, comme lui avait prédit ce Jo. Regiomontanus, âgé de 33 ans, le même jour que Charles viii [13] entra dans Florence, l’an 1494 ; [3] et son neveu [14][15] fut tué par Galeottum, [16] Ludovici [17] fratris filium, cum filio Alberto, [18] anno 1533. ad Imaginem Christi crucifixi provolutus. Galeottus ille comites habebat sicarios armatos. [page 7] Francisci uxor Jo. Caraffa [19] in carcerem detrusa fuit[4][20]

  • On a depuis peu imprimé un fragment de Procope[21][22] où il raconte et dit des choses étranges contre Justinien, [23] lequel il fait plus méchant que l’antéchrist. [24] Je pense que cela n’est point dans Procope, c’est plutôt une œuvre supposée, pour venger le pape, [25][26] lequel Justinien avait heurté : c’est quelque papalin qui a fait cela en sa faveur, pour être avancé. Vide Observ. apologetica Fr. Trivorii 4[27] et M. de La Mothe Le Vayer [28] en son livre des historiens grecs et latins, pag. 189. [5]

  • Henri ii, roi de France, [29] erat bene mutoniatus, bene mentulatus : [6] un homme l’ayant un jour vu pisser, dit, comme en colère, « Ce prince a deux grands avantages : d’être roi, et de l’avoir si long. » Aussi était-il fort paillard, mais sa femme, Catherine, [30] ne l’était pas, quoiqu’en aient dit les huguenots [31] de son temps, car ils la haïssaient trop pour en dire du bien.

  • Les premiers chrétiens, pour avancer leur religion, ont inventé quantité de choses, comme les Oracles des sibylles[32] de nouveaux évangiles à leur mode, qui depuis ont été supprimés, etc. [33] Même le passage de Jésus-Christ qui se lit dans le 18e livre de Josèphe, en ses Antiquités judaïques[34] l’a été aussi, mais il a été inséré là fort mal à propos car, si vous l’ôtez, reliqua optime cohærent[7] Je pense que Josèphe n’était guère juif. C’est chose étrange que Philon, [35] juif qui était du temps de Caligula, [36] ut patet ex legatione ad Caium[8] et par conséquent du temps des apôtres, n’ait nullement parlé de Jésus-Christ ; même, dans tout le Josèphe, il n’y en a pas un mot ailleurs, < ce > qui est une forte preuve que les chrétiens ont ajouté ce passage, ut adstruerent veritatem mendacio. Græci hominum mendacissimi ista præstiterunt[9]

  • On distingue le temps depuis la création du monde en trois, savoir : tempus in altum, αδηλον, obscurum, ab Adamo ad Diluvium ; tempus fabulosum, a Diluvio ad primam Olympiadem ; tempus historicum ab Olympiadibus ad nostram ætatem. Olympias prima fuit circa tempus Homeri, [37][38] centum fere annis ante Urbem conditam. Vide Rualdum, [39] in Vita Plutarchi, [40] cap. 27. pag. 49. Vide Censorinum, cap. 21[10][41]

  • Il y a dans Tacite[42] xv. Annal. circa medium, un beau passage de Jésus-Christ et des chrétiens, lorsqu’il parle des actes tyranniques de Néron ; [43] un autre dans Suétone, [44] in Claudio, cap. 25, Judæos impulsore Christo assidue tumultuantes Roma expulit ; [45] un autre in Nerone, genus hominum superstitionis novæ ac maleficiæ ; [46] et un autre dans les Épîtres de Pline, [47][48] lib. 10, epistola 97. Les juifs ne sauraient rien répondre à ces passages-là. [11] Vide Catanæum, pag. 630[12][49]

  • Buchanan [50] a écrit avec trop de passion contre la reine d’Écosse, [51] et s’en est depuis repenti, quod tam virulentum calamum in Reginam bene meritam strinxisset, moriensque optavit ut tantisper superesset donec maculas quas maledicentia falso asperserat, revocata veritate, vel sanguine elueret : nisi (quod ipse dixit Rex Jacobus) [52] hoc vanum esset, cum pro ætate delirare videretur. Vide G. Camdenum, [53] in Elizabetha, ann. 1567. pag. 105[13][54]

  • Le président de Thou a ensuivi Buchanan en cette histoire, touchant Marie Stuart. Le roi Jacques le pria de changer ces crimes, et s’en plaignit au feu roi [55] par son ambassadeur : nihil tamen promovit[14] dont le roi Jacques demeura irrité, ce qu’il témoigna au fils aîné de [page 8] M. de Thou, [56] quand il l’alla saluer à Londres, car il lui dit : « Votre père était un menteur, un pédant, un homme de néant. Prenez garde à devenir plus homme de bien que lui. Si je n’étais roi, je vous en dirais davantage. » Ce fils était mal conseillé d’aller saluer ce roi : les amis de son père, MM. Perrot, [57] MM. Leschassier, [58] Rigault, [59] Dupuy [60] et autres le devaient avertir du maltalent [15] de ce prince qui, comme bon fils mais malheureux, regrettait son père qui avait été étranglé, et sa mère décapitée vingt ans après. Ce jeune de Thou en demeura malade deux mois au lit. Le roi faisait comme les enfants des pauvres gens qui regrettent extrêmement leurs parents, et les enfants des riches ne s’en soucient point. Il y a de cela un beau proverbe grec dans Plutarque :

    Quis patrem laudabit nisi infelices filii ? vel
    Quis patrem laudet, nisi proles sontis iniquæ ?

    Τις πατερ αινησει, ει μη κακοδαιμονα τεκνα. [16][61]

    Le président de Thou citait ce vers < à propos ;> du roi Jacques, qui paraissait si passionné à faire cacher les fautes que sa mère avait faites. Vide Adag[ia] Mich. Apostolii, pag. 231[17][62]

  • Tous les Barthélemy de Paris ont le bruit d’être ladres, [63] et les Nicolas d’être fous : dont on dit qu’il n’y a pas de sains Barthélemy, ni de sages Nicolas. [18][64][65]

  • Si le fils aîné du président de Thou eût voulu se marier, plusieurs partis le regardaient, qui l’eussent bien voulu avoir. M. Garrault, sieur de Bellassise, [66] conseiller en la Grand’Chambre, avait bien envie qu’il fût son gendre ; il eût eu plus de quinze mille livres de rentes en mariage s’il eût voulu. [19]

  • Jean Barclay[67] étant à Paris, devint amoureux de la fille du fou président d’Espeisses [68][69] (propre sœur de M. d’Espeisses, ambassadeur en Hollande, l’an 1626). [70] Elle fut mariée à M. de Bonœil, [71] lequel, par dépit, il a appelé Anemon dans son Euphormion, à cause de cela. [20][72] Jean Barclay fit des vers sur le chancelier de Bellièvre [73] qui tardait longtemps à mourir d’une maladie lente, qui le consumait peu à peu ; et disait qu’il était aussi long à mourir comme il était long à dépêcher les affaires, et qu’il avait le nez long. Voici les vers :

    Omnibus ambages nectit Pomponius actis
    tam longas, nasum quam videt esse suum :
    O successores, huic vos ignoscere justum
    quod lente moritur : nil nisi lentus agit
    .

    Vide Sylvas Jo. Barclaii, excusas Londini, 1606, in‑4o, p. 46. [21]

    Le même, voyant en Angleterre un pré et un fleuve qui l’entourait entièrement, disait que c’était orbis in orbe[22]

  • Luçon [74] est une villace de Poitou, qui n’est pas fermée, dont on dit : Beati qui habitant urbes, præter Séèz, Luçon et Maillezais[23][75][76]

  • Rapin [77] pria un jour Passerat [78] de monter sur son cheval pour s’en retourner chez M. de Roissy [79] où il était logé, venant de faire sa leçon ; Passerat le remercia, lui disant que son cheval ne savait rien des chemins que celui de la Grève : [80] c’est que Rapin [page 9] était lieutenant criminel de robe courte, en quelle qualité il fit faire le procès, l’an 1597, à Charpentier, avocat, [81] fils et père des médecins qui portent le nom de Jacques [82] et Antoine, [83] dont le fils fut rompu tout vif, [84] ut narrat Thuanus anno 1597. pag. 745[24]

  • L’évêque d’Orléans [85] appelait le docteur Mulot [86] teston rogné, caput sine literis[87] M. de Bassompierre [88] parlant de lui, disait que chez M. le card. de Richelieu, [89] « Tout y est grand, il n’est pas jusqu’à son fou qui ne soit docteur de Sorbonne. » [25][90]

  • 10 décembre 1637. Quand le cardinal de Richelieu quitterait le gouvernement des affaires au P. Joseph, [91] étant cardinal, tout changerait, parce que nihil simile idem : ces cervelles de drap ne feront jamais si bien que lui, ce sont d’autres esprits, plus mélancoliques [92] et plus cruels. » [26]

  • Le cardinal de Sourdis [93][94] était réputé fou pour plusieurs extravagances qu’il fit à Bordeaux et à Paris. On l’appelait à Rome le cardinal Sordidi. M. le prince de Condé [95] lui dit un jour au Conseil, « Je vous croirai quand vous aurez du plomb à la tête » ; le cardinal lui répondit : « Je n’sais pas m’en fournir chez vous, Monsieur, car vous n’en avez pas trop pour vous. » [27]

  • M. Viète[96] maître des requêtes natif de Fontenay en Poitou, [97] mourut à Paris l’an 1603. Vide Thuanum sub Henr. iv. pag. 1060[28][98] Il était fort savant en mathématiques. Étant fort malade, la présidente Dolu [99] le pria de se confesser à un prêtre et se servir d’un médecin ; il dit qu’il n’avait que faire de l’un ni de l’autre ; elle lui remontra que s’il mourait ainsi, que sa fille ne trouverait pas de parti, comme fille d’un athée, [100] ce qui le fit résoudre à se confesser. Pour médecin, il dit qu’il n’en voulait point, si ce n’était M. Duret, [101] à la charge qu’en ses visites il l’entretiendrait des mathématiques, auxquelles on disait qu’il était savant. [29] Il appela un jour Joseph Scaliger « maître ès arts », qui lui répondit qu’il était gentilhomme de bon lieu et qu’il n’avait appris les bonnes lettres que pour ornement de sa noblesse. [30][102][103] M. Viète était quelquefois trois jours et trois nuits sans boire, manger ni dormir, méditant quelque point difficile des mathématiques. M. Viète avait pour familier et domestique, et qui faisait la plupart de ses affaires, un nommé Aleaume [104] qui devint par ce moyen aussi grand mathématicien, et eut presque tous les livres de M. Viète après sa mort. [31]

  • M. Gaulmin [105] dit que Annibal, [106] en langue punique, signifie Jean en français. [32]

  • Jacques, roi d’Angleterre, demanda un jour à un ambassadeur d’Espagne : Domine legate, quid dicis de me ? Il répondit : Dico quod esses optimus Rex nisi faceres moriri Catholicos. Le roi à ce solécisme éclata de rire, et l’Espagnol lui dit : « Sire, je parle latin comme un roi et vous, comme un docteur. » Barclay m’a raconté que cela arriva du temps que M. de La Boderie [107] était ambassadeur pour le roi à Londres. [33]

  • Un Français disait, l’an 1630, à un Espagnol, en Italie, que la prudence avait quitté les Espagnols, et qu’elle était arrivée chez les Français ; l’autre [page 10] lui répondit : « Les Espagnols sont encore aussi habiles que jamais, mais c’est Dieu qui fait vos affaires cette année ; peut-être qu’il fera les nôtres l’an qui vient. » [34][108][109]

  • Élisabeth d’Angleterre demanda un jour à M. de La Boderie, notre ambas[sadeur,] « Que font mes sujets de France ? » ; qui répondit : « Madame ils vivent en si [gens] de bien que vous n’en entendez nulle plainte d’ici. » Le roi Jacques, nouveau [roi] d’Angleterre, n’aimait point à prendre le titre de roi de France : et [disait] qu’il en portait les qualités, mais qu’il n’en mangeait pas les chapons. [35][110]

  • En 1625, la reine mère [111] et la régnante [112] menèrent jusque près de Calais [113] [la] sœur du roi, [114][115] mariée à Charles ier, roi d’Angleterre : [116] ces trois princesses é[tant] à Amiens, [117] un Anglais dit à la reine mère que c’était une chose f[ort] remarquable qu’alors, dans Amiens, il y avait trois reines de France, [la]quelle lui répondit : « Pour moi, je n’en reconnais que deux, et la troisième po[ur] reine d’Angleterre seulement. » [36]

  • Un ambasadeur espagnol à Londres disait de M. de La Boderie, amba[ssadeur] français, qu’il le trouvait bien sage pour un Français, et qu’il était tr[ès] habile homme pour un homme de son pays.

  • Il y a bien plus d’apparence de croire, selon la raison humaine, que le m[onde] soit ab æterno[37] selon qu’Aristote [118] l’enseigne, et tous les anciens péripatétici[ens] [119] avec lui, que de s’imaginer qu’il ait été créé depuis tantôt 6 000 ans, comme dit la Bible. Néanmoins, c’est la foi qui l’enseigne, à laquel[le] chacun doit déférer, et principalement les chrétiens : oportet captivare intellectum in obsequium fidei ; [38][120] les théologiens n’apportent à cette créati[on] autre raison que la foi, et n’y en a point d’autre. Saint Thomas [121] même, en sa Somme, parte i, quæst. 32, art. i, dit qu’il ne faut pas disput[er] avec les païens par cette raison de la foi, de peur qu’ils ne croient que nous n’en avons point d’autres : Qui probare nititur Trinitatem personarum naturali ratione, dupliciter fidei derogat : primo quidem, quantum ad dignitate[m] ipsius fidei, quæ est ut sit de rebus invisibilibus, quæ rationem human[am] excedunt : unde Apostolus dicit ad Heb. 11. quod fides est de non apparen[tibus] ; [122] idemque dicit, iæ Corinth. 2o, “ Sapientiam loquimur inter perfectos : sapientiam vero non hujus sæculi, neque principum hujus sæculi ; sed loquimur Dei sapientiam in mysterio, quæ est abscondita. ” Secundo quantum ad utilitatem trahendi alios ad fidem. Cum enim aliquis ad probandam fidem inducit ra[tiones] quæ non sunt cogentes, cedit in irrisionem infedelium : credunt enim quod hujusmodi rationibus invitamur, et propter eas credamus. Quæ igitur fide[i] sunt, non sunt tentanda probare, nisi per auctoritates his, qui auctoritat[es] suscipiunt : apud alios vero, sufficit defendere non esse impossibile quod prædi[cat] fides. [39] Vide Keckermanni Systema logicæ plenius, p. 4. ii[123] et Fr. Sanchez, Quod nihil scitur, pag. 103[40][124]
    Voy. la Sagesse de Charron, [125] pag. 307 de la bonne édition, et p. 841. de l’édition de Douceur [126] de l’an 1614, et p. 781. Vide Josep. Scalig. Animadversiones in Eusebium, p. 247[41][127][128][129]

  • Le même saint Thomas, Ibid. art. 2o, quæst. 46, hoc habet : Mundum incœpisse [non] sola fide tenetur : nec demonstrative hoc sciri potest : et hoc ipsum scire maxime expedit, etc. p. 90, sub finem ; pag. vero 91. iterum sic ait. Unde mundum incœpisse est credibile, non autem demonstrabile vel scibile. Et hoc utile est ut consideretur, ne forte aliquis quod fidei est, demonstrare præsumens, rationes non necessarias inducat, quæ præbeant materiam incidendi infidelibus, existimant nos propter hujusmodi rationes credere quæ fidei sunt[42] De creatione mundi vide D. Sennerti Hypomnemata physica, cap. io integro[43][130] De sorte que ce n’est pas petite affaire de disputer avec des païens qui sont savants ; nec est opus cujuslibet rem tam grandem et tam arduam aggredi.
    De hac quæstione cum infidelibus discutenda, vide Molinam, [131] in i. partem [page 11] D. Thomæ, pag. 464. C D et 463. I. de quæstione, an mundus ab æterno, vide B. Meisneri [132] Philosophiam sobriam, tom. i. p. 760, Fridericum Wendelinum, [133] Contemp. Physic. sect. 2. pag. 221. 225. 224. 271. 272. 269. 274. 278. Casmannum in Cosmopoeia, pag. 28. 44. 93. [134] Casp. Bartholinum, in libello de Mundo, quæst. 9. 10. 11. 12. et in Physica, pag. 37[44][135]

  • Il y a dans les poèmes de Baudius [136] des vers contre François Pithou, [137] frère de Pierre : [138] il l’appelle Typhœus, au lieu de Pithœus[139] La pièce commence ainsi : Typhœus iste, qui jubatus ut draco, etc.[45] pag. 222. Pierre Pithou était fort bon homme, mais François, son frère, était tetricus atque morosus ; Scaliger même s’en plaint en ses Épîtres[46][140] Pierre Pithou n’eut qu’une fille. [141] François Pithou ne fut jamais marié. Il a donné par testament cinq cent livres de rente et sa bibliothèque [142] aux pères de l’Oratoire, à Troyes, [143] à la charge que cela n’ira jamais aux jésuites, [144] et y a fait des substitutions pour cela. J’ai vu son testament chez M. le Prés. de Thou, [145] entre les mains de MM. Dupuy. [47][146]

  • Le nommé Ant. Pithou. Il y avait un autre Pithou nommé M. de Luyères-Pithou, [147] maire de Troyes, duquel le fils est conseiller au Parlement[148] lequel a épousé la fille de M. Loisel, [149][150][151] conseiller de la Cour (gendre du président Bailly, [152] duquel la fille, [153][154] étant veuve de M. Loisel, s’est depuis remariée à M. Garsaulan, [155] partisan). [48] Ces messieurs avaient une sœur, [156][157] dont est né un neveu, nommé Jean de Vassan, [158] qui était huguenot, puis ministre ; après, s’étant converti, [159] il eut 200 écus de pension du Clergé, puis se rendit feuillant[160] et se nomme frère Jean de Saint-Paul. Il quitta le ministère huguenot sur les plaintes qu’on fit de ce qu’il avait fait un enfant à une fille ; et comme Mademoiselle Casaubon [161][162] se plaignait que son fils [163][164] s’était rendu capucin[165] le cardinal Duperron [166] la voulant consoler sur ce que M. de Vassan s’était converti : « Ô Monsieur, dit-elle, ce n’est pas de même, car mon fils était un bon enfant ; mais ce ministre révolté était un débauché vilain ; il était luxurieux. » [49][167]
    Pierre Pithou est mort l’an 1596. Papire Masson [168] lui a fait un éloge avec son épitaphes ; il est mort âgé de 57 ans. Sainte-Marthe [169] et le président de Thou lui ont aussi fait un éloge fort ample. [V. P]ap. Masson, [le Prés.] de Thou, [MM.] de Sainte-[Mar]the, Josias [Merc]erus [170] et M. [Nic.] Le Fèvre, in [præ]fat. ad fragmenta [B]. Hilarii[50][171][172]

  • Ce Jean de Vassan m’a dit depuis peu (il me vient quelquefois voir) qu’il a connu en l’an 1604, en Hollande, Joseph Scaliger, [173] que c’était un vénérable vieillard, fort doux et civil en sa conversation, et qui savait et entendait tout ce qu’on lui disait, de quelque matière qu’il fût entretenu, et qu’il était consulté de ce pays-là comme un oracle.

  • Balzac [174] s’est trompé en ses Lettres de l’an 1637 (c’est en la préface à M. le chancelier, [175] page. 4), lorsqu’il dit que Ramus [176] était catholique et non huguenot, car il était vraiment huguenot ; ce qui se reconnaît aisément dans sa vie que plusieurs ont décrite, comme Nancelius, [177] Freigius, [178] Banosius. [179] On dit qu’un jour, en haranguant dans la chapelle de son Collège[180] en regardant des images de nos saints, avec indignation, il dit : Tollite mihi hasce statuas, nolo auditiones habere surdos et mutos[51] Et de fait, il changea tout l’ordre de la religion romaine en son Collège ; ce qui fut un favorable prétexte à Carpentarius, qui était capitaine de son quartier, pour l’envoyer massacrer à la Saint-Barthélemy, avec lequel il y avait longtemps qu’il [page 12] avait querelle ; mais néanmoins, Dieu, qui hait le meurtre et les violences, a permis que, 25 ans après, le propre fils unique de ce Carpentarius ait été rompu tout vif à la Grève pour crime de lèse-majesté ; < ce > que plusieurs ont rapporté à un juste jugement de Dieu. Vide Thuanum anno 1597. Antoine Charpentier, le médecin d’aujourd’hui, est fils unique de celui-là qui fut rompu. Je m’étonne comment les médecins ont reçu cet homme parmi eux. [52] Cet homme ne devrait point paraître ici ; il devait changer de nom et s’en aller en pays étranger ; au moins devait-il quitter Paris. M. Poîle, [181] conseiller de la Cour, qui avait fait amende honorable [182] sous Henri iii[183] eut un fils [184] qui eut bien de la peine à être reçu au Parlement à cause de cette amende, qui était bien moindre qu’être rompu tout vif, comme fut Charpentier. Vide librum Hug. Grotii [185] sub hoc titulo, Defensio fidei Catholicæ de satisfactione Christi, in‑4o. Lugd. Batav. pag. 74[53]

  • Joseph Scaliger [186] avait demandé à Muret [187] aliquot fragmenta veterum poetarum[54] Muret n’en ayant pas, en fit exprès et les lui donna comme vieux ; desquels Scaliger se servit comme tels. Depuis, Muret découvrit la fourbe à quelqu’un, et fut cause qu’on se moqua de Scaliger qui, de regret d’être trompé et de dépit de Muret qui l’avait trompé, fit ce distique suivant :

    Qui rigidas flammas evaserat Tolosæ,
    quid mirum fumos si dedit ille mihi ?

    Vide Scaligerum in Varronem de Re rustica, pag. 212, anni 1573. [188] Vide Poemata Jos. Scaligeri, pag. 24, edit. Leidensis, in‑12, anno 1615. Vide Catalecta Josephi Scalig. pag. 189, etc. Vide Poemata The. Bezæ, [189] pag. 74 b[55]
    Muret disait qu’il n’avait pas voulu tromper Scaliger, mais éprouver seulement s’il reconnaissait bien la supposition, de laquelle il se devait garder, puisqu’il était si grand critique. Les huguenots ont haï Muret pour une harangue qu’il fit à Rome sur la Saint-Barthélemy ; et entre autres, un certain poète allemand, nommé Lambertus, [190] fit des vers contre lui, dont en voici un :

    Moribus est castis lingua diserta minor[56]

  • G. Hofmannus [191] Comment. in Gal. de Usu part. a dit du mal de lui. [57]

  • Théophile Raynaud[192] jésuite de Lyon, écrit d’un style qui est bien pire que celui de Lipse, stylo miserrimo : [193] il fait provision de marée le vendredi saint, on n’écrit plus comme cela, le temps en est passé, il faut écrire comme Cicéron, [194] ou au moins apprendre à faire comme lui. Ses amis lui ont remontré, et ses supérieurs lui ont défendu de < ne > plus écrire de la sorte : c’est se moquer des bonnes lettres. [58]
    Le père de ce prêtre gâte-bois se fit huguenot après avoir fait banqueroute, [195] et s’en alla mourir à Genève, [196] < où > ils sont fort vains à langues : quand il y est mort un boulanger ou un procureur, ils veulent qu’on leur fasse des harangues funèbres. Le grand-père de ce prêtre était hôtelier. [59][197]

  • Pierre Valens [198] est natif de Groningue en Frise, [199] qui fut prise l’an 1590 et qui est aujourd’hui aux Hollandais ; en termes de son pays, il s’appelait P. Stark, c’est-à-dire fort ; à cause de quoi, il a pris le nom de Valens. Il vint en France avec un autre Frison, nommé Maynard, [200] qui obiit antecessor Andegavensis[60][201] fort riche. [page 13]

  • Elias Vinetus[202] qui a commenté Ausone, [203] était natif de Barbezieux en Saintonge. [204] Il avait enseigné à Conimbre en Portugal [205] avec Goudan [206] et Buchanan. [61]

  • Cujas [207] avait un fils, [208] mais il ne voulait pas qu’il étudiât en droit, de peur qu’il ne parût pas assez et ne répondît pas suffisamment à la grande réputation de son père. Ce fils était fort débauché, il est mort adhuc vivo patre [62] de la vérole. [209] Il avait aussi une fille, [210] qui était garce : elle épousa un Bonacourcy de Rouen, [211] lequel mourut ; elle avait huit cents livres de douaire, qu’elle quitta à ses parents pour deux mille écus ; [212] et d’autant qu’elle était fort dissolue, ces parents de son mari lui donnèrent encore cinq cents écus afin qu’elle changeât de nom en se remariant ; [213] ce qu’elle fit, et devint bien pauvre. Un autre frère de ce Bonacourcy [214] avait épousé la fille de Bl. Vigenère. [63][215][216]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Ana de Guy Patin : Borboniana 2 manuscrit

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8203

(Consulté le 21.09.2021)