Autres écrits
Ana de Guy Patin :
Borboniana 2 manuscrit  >

Ms BnF Fr 9730 page 6 [1]


1.

« par faveur du pape. »

2.

« Voyez les Elogia de Paul Jove, première partie, page 287. {a} Voyez les Vitæ philosophorum Germanorum de Melchior Adamus, page 11, {b} et le très illustre de Thou, tome 4e, pages 268‑269. » {c}


  1. L’éloge de Johannes Regiomontanus est à la page 218 des Elogia de Paul Jove ; {i} en voici la seconde moitié :

    Extant eius subtilissima Commentaria in Almagestum Ptolomæi et Mathematicæ ratiocinationis exactus atque perutilis liber de Triangulis. Ab hac commendatione eruditi nominis creatus est a Xisto Quarto Rastiponensis Episcopus, accitusque Romam, ut annum ex vetusta intercalatione fastis minime respondentem, ad statas ex cursu lunæ Paschales cerimonias revocaret. Quod confici posse videbatur, subductis semel aliquot diebus Martio mensi, qua una ratione mille et quingentorum annorum excessus, in cursu sideris non plane sensilis, toto demum cumulo deprehensus, emendatissime tolleretur. Sed grassante in Urbe pestilentia Fato surreptus, quod maxime cupiebat, præstare non potuit.

    [Il a laissé de très subtils commentaires sur l’Almageste de Ptolémée, et un précis fort utile de raisonnement mathématique sur les triangles. {ii} Pour cette réputation de savant renom, Sixte iv le nomma évêque de Ratisbonne et l’appela à Rome afin de rétablir, suivant le mouvement de la Lune, des dates fixes pour la célébration de Pâques, car le calendrier fondé sur l’ancienne intercalation n’y répondait plus exactement ; il lui semblait possible d’y parvenir en retranchant de temps en temps quelques jours au mois de mars, car il y en a un de trop tous les mille cinq cents ans, ce qui ne tombe pas sous le sens en se fondant sur le mouvement apparent des astres, mais qui serait corrigé en reprenant très soigneusement tous les calculs. {iii} Il n’a pourtant pas pu accomplir ce qu’il désirait ardemment car la peste qui sévissait à Rome a mis fin à ses jours].

    1. Bâle, 1577, v. note [27], lettre 925.

    2. Ces deux livres de Johannes Regiomontanus, mort avant la diffusion de l’imprimerie sont :

      • In Ptolemæi magnam compositionem, quam Almagestum vocant, libri tredecim… In quibus universa doctrina de cœlestibus motibus, magnitudinibus, eclipsibus, etc. in Epitomem redacta, proponitur [Treize livres sur le grand œuvre de Ptolémée, qu’on appelle l’Almageste. Y est présenté, rédigé sous forme d’abrégé, tout le savoir sur les mouvements célestes, leurs ampleurs, les éclipses, etc.] (Nuremberg, Ioannes Montanus et Ulricus Neuberus, 1550, in‑fo de 19 feuilles) ; v. note [34], lettre 117, pour le grand œuvre ;

      • De Triangulis omnimodis libri quinque : quibus explicantur res necessariæ cognitu, volentibus ad scientiarum Astronomicarum perfectionem devenire : quæ cum nusquam alibi hoc tempore expositæ habeantur, frustra sine harum instructione ad illam quisquam aspirarit. Acesserunt huc in calce pleraque D. Nicolai Cusani de Quadratura circuli, deque recti ac curvi commensuratione : itemque Io de monte Regio eadem de re ελεγκτικα, hactenus a nemine publicata [Cinq livres sur les Triangles de toutes espèces, où est expliqué ce que doivent connaître ceux qui veulent accéder à la perfection du savoir astronomique : nul n’y parviendrait sans ces explications car elles n’ont encore jamais été exposées ailleurs. On a ajouté à la fin de nombreux textes de Nicolas de Cues (penseur et cardinal allemand du xve s.) sur la quadrature du cercle, et sur la mesure du droit et du courbe, ainsi que les démonstrations de Regiomontanus sur le même sujet] (ibid. Io. Petreus, 1533, in‑4o de 137 pages).

    3. Ce décalage a justifié le changement du calendrier (de julien à grégorien) qui n’est survenu qu’en 1582 (v. supra note [1]).

  2. La vie de Joannes Mullerus Regiomontanus est aux pages 5‑12 des Vitæ Germanorum philosophorum… [Vies des philosophes allemands…] de Melchior Adam (Heidelberg, 1615, v. note [3], lettre 584) ; la page 11 parle de sa mort (mais avec grande confusion sur les dates) :

    Redit igitur Romam ; ubi cum non diu fuisset, mortuus est anno millesimo, quadringentisimo et septuagesimo. Quis autem non doleat, tanto ingenio non contigisse vitam longiorem, pæsertim molienti res utilissimas ? Extinctus est enim cum iam ingressus esset quartum et trigesium annum. Fama est, venenum ei datum esse a Trapezontii filiis, quia et versionem Ptolemæi taxaverat, et errata in commentario et reprehensiones Theonis refutaverat. Ac genesis non solum hominem βιοθανατον significat ; sed etiam ingenuum et pugnacem. Quare fortassis ei linguæ libertas nocuit. Sed quomodo extinctus sit ; mors immatura fuit, ac etiamnum lugenda ; propterea quod iis operibus, quæ iam inchoarat, carendum est.

    [Ainsi revint-il à Rome, mais il n’y vécut guère longtemps, car il est mort en l’an 1470. {i} Qui donc n’est pas peiné qu’un si grand esprit n’ait pas vécu plus longtemps, d’autant qu’il nourrissait de très utiles desseins ? Il est en effet décédé quand il venait d’entrer en sa 34e année d’âge. {ii} On raconte que les fils de Trapezontius lui ont administré un poison, parce qu’il avait blâmé sa traduction de Ptolémée et ses commentaires sur cet auteur, et réfuté ses critiques sur Théon. {iii} Ce lien du sang explique que notre homme soit mort de manière inopinée, mais aussi en conséquence d’un complot criminel. Peut-être sa liberté de langage lui a-t-elle donc nui ; mais quelle que soit la manière dont il s’est éteint, sa mort a été prématurée et doit encore être pleurée aujourd’hui, car nous sommes privés des travaux qu’il n’avait qu’entrepris].

    1. Note marginale : Alii 1477 ; ut Bucholzerus : alii 1489. ut Crentzheim [Certains, comme (Gottfried) Bucholzer, disent en 1477, et d’autres, comme (Leonhard) Krentzheim, en 1489].

    2. Note marginale : Alii 41 [D’autres disent la 41e].

    3. V. seconde notule {b}, note [1] supra.

  3. Livre xc (année 1588, règne de Henri iii) des Historiarum sui temporis [Histoires de son temps] de Jacques-Auguste i de Thou (tome 4, 1620, v. note [4], lettre 13), dont les pages 268‑269 correspondent, dans Thou fr (Histoire universelle), au volume 10, pages 215‑216 :

    « Jamais année n’avait été tant célébrée que celle-ci, non par les faux oracles de quelques devins insensés, mais par les prédictions certaines des plus habiles astronomes ; et il n’y en eut jamais aussi de marquée par des événements si singuliers ; mais elle fut surtout funeste à la France, puisque ce fut alors que, par l’indolence ou le peu d’habileté des ministres, aussi bien que par la faiblesse naturelle et l’aveuglement malheureux du prince, on vit le premier trône du monde chanceler, prêt à tomber en ruine. {i}

    C’est ce que Jean Müller, surnommé Régiomontan, de la ville de Mont-Royal, appelée communément Königsberg, en Franconie, avait prédit longtemps auparavant par quatre vers allemands, dont l’original se garde encore aujourd’hui en l’abbaye de Castel au Haut-Palatinat, et qui furent mis au jour il y a trente-cinq ans par Caspar Bruschius d’Egren […]. {ii} Mais ce qui m’a toujours paru surprenant, c’est que, quoiqu’on ne puisse pas soupçonner Bruschius de n’avoir point su sa langue, cependant, en voulant rendre en latin les termes allemands dans lesquels la prédiction de Régiomontan est composée, il y en a ajouté lui-même une beaucoup plus surprenante : en effet, il dit que ces événements prédits par cet auteur doivent arriver sous un Sixte ; or, outre que Bruschius était mort longtemps avant l’élévation de Sixte iv au souverain pontificat, puisqu’il fut assassiné proche de Rothenbourg sur le Tauber l’an 1559, la prophétie de Régiomontan, comme je l’ai déjà dit, ne contient rien de cela. {iii}

    Au reste, pour avoir quelque légère idée de ce grand homme, on ne sera pas fâché de savoir qu’il mourut à Rome l’an 1470, {iv} à peine âgé de quarante ans. […] Appelé à Rome peu de temps après par Sixte iv, {v} pour travailler à la réformation du calendrier, à laquelle on pensait dès lors, quelque peine qu’il eût à abandonner la vie paisible à laquelle il avait tant aspiré, il ne put cependant se dispenser de céder à des instances si raisonnables, et qu’on pouvait regarder comme des ordres. Ainsi, après avoir donné au public ses tables de Directions, il se rendit une seconde fois dans cette capitale du monde chrétien, où il mourut peu de temps après. On crut qu’il avait été empoisonné par les fils de Georges de Trébizonde, jaloux de ce qu’il passait pour avoir effacé la gloire que leur père s’était acquise par ses commentaires sur la grande Syntaxe de Ptolémée. » {vi}

    1. V. note [2], lettre 81, pour la révolte de la Ligue contre le pouvoir royal (journée des barricades à Paris le 12 mai 1588), suivie, le 23 décembre, par l’assassinat des Guise, à Blois, sur l’ordre du roi Henri iii (lui-même poignardé par le moine Jacques Clément le 2 août 1589).

    2. V. la note E de Pierre Bayle sur Caspar Bruschius (Kaspar Brusch, humaniste et historien allemand, 1518-1559).

    3. Ce passage est incompréhensible car mal traduit (ou imprimé) : l’original latin nomme ici Sixte v (Sixte Quint, pape de 1585 à 1590, v. note [45] du Naudæana 1, et non de Sixte iv (1471-1484), contemporain et protecteur de Regiomontanus.

    4. Sic (sans coquille d’imprimerie ou erreur de traduction).

    5. Sans aucune précision supplémentaire sur la date de ce dernier voyage à Rome (qui eut lieu en 1475), et avec nouvelle confusion entre les deux Sixte, iv et v.

    6. Autre nom de l’Almageste de Ptolémée (v. première des deux références citées dans la première notule {a} supra).

3.

Jean Pic de la Mirandole est mort à Florence le 17 novembre 1494, jour où Charles viii (v. note [14], lettre 997) fit son entrée dans la ville sans avoir eu à combattre, au cours de la première guerre française d’Italie visant à reconquérir le royaume de Naples.

Cette campagne (1494-1498) se solda par un cuisant échec pour les Français ; elle est aussi réputée avoir été la cause de la première grande diffusion de la syphilis en Europe (v. note [1], lettre latine 158).

4.

« Galeotto [ii], fils de son frère Lodovico, ainsi que son propre fils Alberto, en l’an 1533 ; il a été assassiné au pied d’un crucifix. Ce comte Galeotto avait des sicaires armés. L’épouse de [Giovanni] Francesco, Giovanna Carafa fut jetée en prison. »

Cette phrase résume (et corrige, v. infra notule {f}) la sombre affaire que Jacques-Auguste i de Thou a expliquée dans l’Histoire des Pic, princes de la Mirandole (Pico della Mirandola) insérée dans le livre viii de son Histoire universelle (règne de Henri ii, année 1551, Thou fr, volume 2, pages 123‑124) :

« À Francesco succéda Giovanni Francesco, à celui-ci Nicolo, à Nicolo un autre Giovanni, et à Giovanni un autre Giovanni Francesco. Ce fut celui-ci qui fit le premier fortifier le château, l’an 1360, avec une dépense prodigieuse ; il laissa quatre enfants, Galeotto i, Antonio, Maria et Giovanni, que sa vaste et profonde érudition, et la connaissance qu’il avait des langues, jointes à sa vertu et à sa rare piété, firent appeler dès sa jeunesse le phénix de son siècle. {a}

Un si grand exemple de vertu et de science méritait d’être mieux imité par sa famille, et qu’ils observassent du moins plus régulièrement les droits du sang les uns à l’égard des autres ; mais Galeotto i, l’aîné des quatre frères, ayant laissé trois enfants, Giovanni-Francesco, Lodovico et Frederico, {b} Lodovico, qui était le second, se souleva contre son aîné, viola le droit des gens, et secondé d’Hercule, premier duc de Ferrare, il chassa son frère de la Mirandole. Ce Lodovico avait épousé une fille naturelle de Giangiacomo Trivulzio, de laquelle il eut un fils nommé Galeotto ii. {c} Après la mort de Lodovico, Giovanni Francesco, son frère aîné qui, à l’imitation de son oncle, s’était appliqué avec succès aux belles-lettres, à la philosophie et à la théologie, fut remis par Jules ii en possession du bien de ses aïeux. Louis xii l’en dépouilla de nouveau après la bataille de Ravenne ; et le cardinal Matthäus Lang, évêque de Gurk, ambassadeur de Maximilien ier, l’y rétablit. {d} Il demeura paisible possesseur de la Mirandole jusqu’à l’an 1533, que Galeotto ii, son neveu, étant entré de nuit dans la ville avec quarante hommes armés, commit un parricide horrible en la personne de son oncle, homme d’une grande piété, qu’il tua au pied d’un crucifix, devant lequel il était alors prosterné. Non content de cet exécrable attentat, il y joignit le meurtre d’Alberto, son fils, et fit mettre en prison Giovanna Carafa, femme d’Alberto, avec Paolo son fils, et Charlotte, de la Maison des Ursins, femme de Giantommaso, qui était un autre fils d’Alberto. {e} Ce fut par cette suite de crimes qu’il s’empara de la Mirandole ; mais craignant avec raison la vengeance de ses cousins, il avait remis la Mirandole entre les mains du roi, trois ans auparavant qu’il en fût question dans le traité, et il reçut en compensation des terres du domaine du roi. Lorsqu’on parla néanmoins de cette affaire dans le traité de Crépy, {f} et depuis encore au commencement du règne de Henri ii, comme on ne put être d’accord sur cet article, on jugea à propos de n’y plus penser. »


  1. La Mirandola (la Mirandole) est une ancienne ville fortifiée d’Émilie-Romagne, dans l’arrondissement de Modène. De 1354 à 1707, elle fut la capitale d’un petit État indépendant (successivement seigneurie, comté, principauté puis duché), associé au comté de Concordia et dirigé par la famille des Pic (Pici).

    Pour faciliter la compréhension du récit, j’ai italianisé les prénoms et numéroté ceux de Galeotto (Galeottus dans le Borboniana). Galeotto i (1442-1499) était le frère aîné du célèbre humaniste, Giovanni (Jean, 1463-1494, v. note [53], lettre Naudæana 2).

  2. Le philosophe et écrivain Giovanni Francesco Pico della Mirandolla (Jean-François Pic de la Mirandole, Mirandola 1469-ibid. 1533), que le Borboniana prénommait ici Franciscus, était le fils de Galeotto i et le neveu de Giovanni, dont, parmi maints autres ouvrages (v. supra première notule {a}, note [1] pour ses copieuses Opera omnia), il a écrit la Vita [Vie] (1496, plusieurs fois publiée avec les ouvrages de Giovanni).

    Giovanni Francesco avait succédé à son père en 1499, mais en 1502, son frère puîné, Lodovico, lui ravit le pouvoir sur la Mirandola ; Giovanni Francesco ne retrouva sa souveraineté qu’à la mort de l’usurpateur, en 1509.

  3. V. note [13], lettre 630, pour Giangiacomo Trivulzio (Trivulce). La suite du récit porte sur les méfaits de son petit-fils, le condottiere Galeotto ii Pico (Mirandola 1508-Paris 1550). Fille légitimée de Trivulzio, sa mère se prénommait Francesca.

  4. V. note [98] du Faux Patiniana II‑7 pour le pape Jules ii et la bataille de Ravenne le 11 avril 1512 où les Français avaient vaincu la Sainte-Ligue (alliance de Rome et de l’Espagne).

  5. Matthaüs Lang von Wellenburg (mort en 1540), évêque de Gurk (Autriche) en 1505, avait été nommé cardinal en 1511. V. note [4], lettre 692, pour Maximilien ier qui régna sur l’Empire germanique de 1508 à 1519.

  6. Quoique fidèlement traduit du latin, ce passage est inexact et donne raison au Borboniana manuscrit : Giovanna Carafa di Maddaloni (morte en 1537) avait épousé Giovanni Francesco Pico della Mirandola en 1591 ; elle était la mère (et non l’épouse) d’Alberto (âgé de 24 ans en 1533), qui fut tué en même temps que son père. Giantommaso (mort en 1567) était un frère (et non un fils) d’Alberto.

  7. La trêve de Crépy-en-Laonnois a été signée par François ier et Charles Quint le 18 septembre 1544, interrompant la 9e guerre d’Italie (terminée en 1546). Charles Quint avait condamné Galetto ii Pico à mort, mais il échappa au bourreau en rejoignant le parti français.

5.

VPatiniana I‑2, notes :

La référence au livre de Gabriel Trivoire, « Voyez l’Observ. apologetica de Fr. Trivorius, 4 », est énigmatique pour deux raisons.

  1. Son prénom ne correspond pas à l’abréviation Fr. et rien, dans les pièces liminaires (épître dédicatoire, préface au lecteur et privilège royal), ne permet de croire qu’il était moine (Frater). Trivoire y écrit toutefois, dans la préface, être neveu par sa mère de Nicolas Renouard (v. note [6], lettre 329) et lui avoir succédé dans la charge d’historiographe royal.

  2. Son Observatio est composée de 32 chapitres, mais le ive ne parle que brièvement des origines de l’empereur Justinien et de son nom (ce qui est détaillé dans les chapitres v‑vi). En plusieurs endroits, Trivoire critique rudement Nicolaus Alemannus, qu’il appelle Anecdoton interpretes [le traducteur des Anecdotes], en l’accusant non pas d’avoir écrit son livre sur ordre de Rome, mais d’avoir, au contraire, injustement médit de Justinien (conclusion du chapitre xxvi, page 167) :

    Quamobrem merito Anecdoton interpres censet nullam fidem habendam esse in iis, quæ Procopius de Religione scribit. Atqui erga Religionem Christianam tam male se affectum prodidit, ut nullius esse debeat auctoritatis, quo potest esse animo affectus erga Principem severum huius Religionis vindicem, ut fides eius indubitata debeat esse in conviciis, homine vero Christiano prorsus indignis, quibus calumniose Iustinianum insectatur ? Qui fieri potest ut Religiose credendum sit ei, qui nullius est Religionis ? In tuendis tamen huius Auctoris calumniis videtur eius interpres quasi pro aris focisque dimicare, propter effusam, ut existimat, Iustiniani licentiam ad Religionis dogmata definienda, Ecclesiasticasque leges sanciendas. Sed huic opinioni, quâ deceptus est, a me, cum doctissimo Baronio, satisfactum esse arbitror ; ut hinc satis appareat frustra eum acerbius in optimum Principer invexisse.

    [C’est pourquoi le traducteur des Anecdotes a raison de penser qu’il ne faut accorder aucun crédit à ce que Procope écrit de la religion. Il s’est révélé si mal disposé envers le christianisme qu’on ne doit pas lui accorder la moindre autorité : cet esprit peut l’avoir animé contre un prince qui fut le rigoureux défenseur de cette religion, mais est-ce au point que sa foi incontestable doive être couverte des invectives dont il accable calomnieusement Justinien, parfaitement indignes d’un homme vraiment chrétien ? Comment peut-on religieusement croire celui qui ne fait aucun cas de la religion ? Son interprète semble pourtant soutenir les médisances de cet auteur comme s’il combattait pour ses autels et ses foyers, en raison, estime-t-il, de la licence que Justinien a répandue pour brider les dogmes de la religion et censurer les lois ecclésiastiques ; {a} Mais sur cette opinion, qui est là pour tromper, j’estime, avec le très savant Baronius, avoir satisfait à mon devoir de montrer qu’il s’est inutilement emporté avec grande aigreur contre un excellent prince]. {b}


    1. Au moment où s’établissaient, dans la tourmente, les dogmes chrétiens, tout particulièrement sur la nature divine du Christ, Justinien adopta des points de vue vivement opposés à ceux de Rome, sans toutefois provoquer de schisme. Doté du suprême pouvoir temporel sur l’Empire, il contraignit le pape Silvère (536-537) à l’exil ; en 545, il fit même enlever son successeur, Vigile (537-555), pour le mener de force à Constantinople.

    2. Ce verdict condamne à la fois Procope et son interprète, sans trancher nettement sur l’authenticité des Anecdotes.

6.

« était bien membré, muni d’un grand pénis ».

En dépit de cet avantage sexuel prétendu (dont j’ai vainement cherché une confirmation crédible), le roi Henri ii {a} œuvra longtemps avant de faire dix enfants à sa légitime épouse, Catherine de Médicis : {b} âgée de 14 ans au moment de leur mariage (octobre 1533), elle ne donna naissance à son premier enfant, le futur roi François ii, {c} que dix ans plus tard (janvier 1544). La levée de cette désespérante stérilité est attribuée à Jean Fernel, {d} et les bruits les plus scabreux courent encore sur les causes en jeu (royale anomalie du pénis ou rétroversion de l’utérus), comme sur les remèdes proposés (coït en levrette ou pratiqué juste après la fin des règles) ; mais il ne s’agit là que de gaillardes légendes, pour lesquelles il vaut mieux se fier à Pierre Bayle {e} et à Louis Le Pileur, {f} qu’au Feuilleton d’Achille Chéreau. {g}


  1. V. note [26], lettre 86.

  2. V. note [35], lettre 327.

  3. V. note [7], lettre 102 ; mais Henri ii n’était pas stérile : en 1538, il avait donné une fille, Diane de France, duchesse d’Angoulême, à Filippa Duci, courtisane piémontaise.

  4. Nommé premier médecin du roi en 1556, v. notes [4], lettre 2, et [14], lettre 983.

  5. Note D de Bayle sur Fernel.

  6. Jean Fernel d’Amiens. Le meilleur traitement du Mal vénérien, 1579 (Paris, G. Masson, 1879, in‑8o, Avant-Propos, pages xxvii‑ xxxi).

  7. Jean Fernel. § iii. Fernel, père des rois (L’Union médicale, no 35, 21 mars 1864, pages 545‑549).

7.

« ce qui reste est parfaitement cohérent. »

V. notes :

Parmi les très nombreux témoignages sur le Nouveau Testament qui ont été écrits pendant les premiers siècles de notre ère, on compte plusieurs évangiles apocryphes (attribués à Judas, Barnabé, Pierre, Marie, etc.), dont l’Église romaine n’a pas admis l’authenticité, mais qui ont été à l’origine de maintes pieuses légendes.

8.

« comme le prouve sa Legatio ad Caium. »

Philon d’Alexandrie (Alexandrie vers 20 s. av. J.‑C.-ibid. 45 après), dit Philon le Juif, est un exégète biblique dont l’œuvre à principalement consisté à interpréter le Pentateuque (Ancien Testament) au regard des textes de Platon, mais sans évoquer Jésus-Christ, le plus célèbre contemporain de Philon.

« La Légation à Caius, ou des Vertus » est l’un de ses nombreux ouvrages (tous écrits en grec). Elle relate son ambassade à Rome, en 39‑40, pour plaider la cause des juifs qu’on persécutait à Alexandrie, auprès de l’empereur romain Caius Julius Cæsar Augustus Germanicus (12‑41), surnommé Caligula (« petite bottine », à cause de ses petits pieds) ; né en 12, il a régné de 37 à sa mort, en 41.

Les Œuvres de Philon Juif, Auteur très éloquent, et Philosophe très grave. Contenant l’interprétation de plusieurs divins et sacrés mystères, et l’instruction d’un chacun en toutes bonnes et saintes mœurs. Translatées de grec en français, par Pierre Bellier docteur ès droits. Revues, corrigées, et augmentées de trois livres, traduits sur l’original grec, par Fed. Morel, {a} doyen des lecteurs et interprètes du roi {b} étaient disponibles au moment de la rédaction du Borboniana. La Légation figure dans le tome 2, pages 1028‑1131. La préface du tome 1 {c} se conclut sur cette phrase :

« L’on disait ordinairement de lui entre les Grecs, Ou Platon suit Philon, ou Philon suit Platon, tant est grande la conformité de leur sens, et de leurs éloquents discours. »


  1. Fédéric Morel, v. note [6], lettre latine 355.

  2. Paris, Charles Chappellain, 1612, 2 tomes in‑8o de 658 et 1 326 pages.

  3. Intitulée Sommaire de la Vie, Mœurs et Œuvres de Philon Juif.

9.

« pour établir une vérité sur un mensonge. Les Grecs, qui sont les plus menteurs des hommes, auront accompli tout cela. »

V. note [5], lettre latine 75, pour l’application spécifique de ce méchant dicton aux Crétois.

10.

« le temps reculé, inconnu, obscur, depuis Adam jusqu’au Déluge ; le temps mythique, depuis le Déluge jusqu’à la première olympiade ; le temps historique depuis les olympiades jusqu’à notre siècle. La première olympiade fut environ au temps d’Homère, presque cent ans avant la fondation de Rome. {a} Voyez Rualdus, dans la Vie de Plutarque, chapitre xxvii, page 49. {b} Voyez Censorinus, chapitre xxi. » {c}


  1. Les historiens situent la première olympiade en 776 av. J.‑C. et la fondation de Rome, en 753 av. J.‑C.

  2. Jean Ruault (Johannes Rualdus 1580-1636), professeur royal d’éloquence latine nommé en 1629, a contribué au :

    Plutarchi Chæronensis omnium quæ exstant operum tomus primus, continens Vitas parallelas. Cum Latina Interpretatione Cruserii, et Xylandri : et Doctorum Virorum notis : et Libellis variantium Lectionum ex mss. Codd. diligenter collectarum : et indicibus accuratiss. Eiusdem Plutarchi Liber de Fluviorum Montiumque nominibus, antehac non editus : cum versione et notis Maussaci. Accedit nunc primum Plutarchi Vita, ex ipso, et aliis vtriusque linguæ scriptoribus a Ioan. Rualdo collecta digestaque. Eiusdem Rualdi Animadversiones ad insignia Plutarchi σφαλματα, sive lapsiones ii. et lxx.

    [Premier tome de toutes les Œuvres connues de Plutarque, natif de Chéronée, {i} contenant les Vies parallèles, avec : la traduction latine de Cruserius et de Xylander ; {ii} les notes de savants auteurs ; les listes des variantes textuelles soigneusement recueillies dans les éditions manuscrites ; et des index très complets. Du même Plutarque, le Livre sur les dénominations des fleuves et des montagnes, qui n’a encore jamais été imprimé, avec la traduction et les notes de Maussacus. {iii} On y a ajouté, pour la première fois, la Vie de Plutarque, d’après lui-même et les auteurs des deux langues, {iv} établie et rédigée par Jean Ruault ; ainsi que les corrections du même Ruault sur 72 erreurs ou fautes remarquables de Plutarque]. {v}

    Le chapitre xxvii (3e partie, page 49) de la Vie de Plutarque par Ruault est intitulé :

    Plutarchi φιλαληθεια. Tempus αδηλον, μυθικον, ιστορικον. Solius postremi homines narrati Plutarcho, quia noti et testati magis. Sed Theseus et Romulus quare additi, cum amborum pleræque res sint in occulto. Luculli egregia merita in Chæronenses : eius tamen vitia et virtutes juxta develatæ Plutarcho. Id factum potiori iure in aliis Principibus, nec beneficio nec iniuria cognitis.

    [Candeur de Plutarque. Les temps obscur, mythique, historique. Plutarque n’a traité que de personnages du dernier des trois, parce que c’est celui qu’il connaissait le mieux et dont il pouvait témoigner ; mais il y a inséré Romulus et Thésée, {vi} bien que maints faits soient inconnus à leur sujet. Lucullus {vii} a hautement mérité la reconnaissance des habitants de Chéronée, mais outre ses vertus, Plutarque a dévoilé ses vices ; il en a délibérément fait de même pour d’autres grands hommes qui ne sont pourtant réputés ni pour leurs bienfaits ni pour leurs méfaits].

    1. V. note [9], lettre 101.

    2. Hermannus Cruserius (Herman Croeser, 1510-1573) est un médecin, philosophe et humaniste allemand. V. notule {f}, note [52] du Patiniana I‑2, pour Guilielmus Xylander.

    3. Philippe Jacques de Maussac (1590-1650), érudit conseiller au parlement de Toulouse.

    4. Grecque et latine.

    5. Paris, Imprimerie royale, 1624, pour le premier de 2 tomes in‑fo, édition bilingue, grecque et latine, divisée en trois parties de 1 076, 92, et 150 pages.

      Ce sont les seuls écrits imprimés de Ruault : il n’a pas contribué au Tomus secundus, continens Moralia, Guilielmo Xylandro interprete [Second tome, contenant les Œuvres morales, dans la traduction de Guillaume Xylander] (ibid. et ibid. 1624). Ruault a été procureur fiscal de l’Université de Paris de 1617 à 1623 (v. notule {a}, note [37] des Affaires de l’Université dans les Commentaires de la Faculté de médecine (1650-1651).

    6. V. note [8], lettre 52, pour Romulus, premier roi légendaire de Rome. Thésée est son équivalent grec pour Athènes. Tous deux figurent dans les Vies parallèles.

    7. V. notule {a}, note [48] du Borboniana 6 manuscrit pour Lucullus, général romain ami de Cicéron : pendant la guerre qu’il a menée contre Mithridate vi (v. note [8] de l’Observation xi), il a protégé les Béotiens de Chéronée, ce qui lui a valu la reconnaissance mitigée de Plutarque.

  3. Dans son De Die natali liber [Livre du Jour natal] (début du chapitre xxi), Censorinus, grammairien latin du iiie s., a détaillé et attribué à Varron (v. note [1], lettre 14) la citation du Borboniana :

    Et si origo mundi in hominum notitiam venisset, inde exordium sumeremus ; nunc vero id intervallum temporis tractabo, quod ιστορικον Varro appellat. Hic enim tria discrimina temporum esse tradit : primum ab hominum principio ad cataclysmum priorem, quod propter ignorantiam vocatur αδηλον ; secundum a cataclysmo priore ad olympiadem primam, quod, quia multa in eo fabulosa referuntur, μυθικον nominatur ; tertium a prima olympiade ad nos, quod dicitur ιστορικον, quia res in eo gestæ veris historiis continetur. Primum tempus, sive habuit initium, seu semper fuit, certe quot annorum sit, non potest conprehendi. Secundum non plane quidem scitur, sed tamen ad mille circiter et sescentos annos esse creditur.

    [Et si l’origine du monde était connue des hommes, nous en déduirions le commencement, mais je ne traiterai maintenant que de la période que Varron appelle historique. Il distingue en effet trois ères : la première va du début de l’humanité au premier déluge, et on l’appelle obscure en raison de notre ignorance à son sujet ; la seconde va du premier déluge à la première olympiade, et on la dit mythique, parce qu’on en conte quantité de fables ; la troisième va de la première olympiade à notre temps, et on l’appelle historique, parce que ce qu’on en sait repose sur d’authentiques relations historiques. Ne sachant pas si le monde a eu un début ou s’il a existé de toute éternité, {i} on ne peut connaître la durée de la première époque. Sans être parfaitement renseigné sur la deuxième, on croit pourtant qu’elle a duré environ mille six cents ans].

    1. V. notes [48] et [49] du Borboniana 1 manuscrit, et [37] à [44] infra pour d’autres développements sur la création et l’ancienneté du monde, et sur la place de la foi chrétienne dans sa compréhension.

11.

Ce sont quatre célèbres références au Christ et au christianisme, tirées d’éminents auteurs païens de l’Antiquité latine.

  1. Tacite, « livre xv des Annales, vers le milieu » (chapitre xliv), après l’incendie de Rome qu’on accusait Néron d’avoir provoqué :

    Sed non ope humana, non largitionibus principis aut deum placamentis decedebat infamia, quin iussum incendium crederetur. Ergo abolendo rumori Nero subdidit reos et quæsitissimis pœnis adfecit, quos per flagitia invisos vulgus Chrestianos appellabat. auctor nominis eius Christus Tibero imperitante per procuratorem Pontium Pilatum supplicio adfectus erat ; repressaque in præsens exitiablilis superstitio rursum erumpebat, non modo per Iudæam, originem eius mali, sed per Urbem etiam, quo cuncta undique atrocia aut pudenda confluunt celebranturque. Igitur primum correpti qui fatebantur, deinde indicio eorum multitudo ingens haud proinde in crimine incendii quam odio humani generis convicti sunt. Et pereuntibus addita ludibria, ut ferarum tergis contecti laniatu canum interirent aut crucibus adfixi aut flammandi atque, ubi defecisset dies, in usum nocturni luminis urerentur. Hortos suos ei spectaculo Nero obtulerat, et circense ludicrum edebat, habitu aurigæ permixtus plebi vel curriculo insistens. Unde quamquam adversus sontes et novissima exempla meritos miseratio oriebatur, tamquam non utilitate publica, sed in sævitiam unius absumerentur.

    [Aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient pourtant taire le cri public qui accusait Néron d’avoir ordonné l’incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d’autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d’hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d’infamies et d’horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d’abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d’autres, qui furent bien moins convaincus d’incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d’autres mouraient sur des croix ; ou bien on les enduisait de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle et donnait en même temps des jeux au cirque où tantôt il se mêlait au peuple en habit de cocher, et tantôt conduisait un char. Aussi, quoique ces hommes fussent coupables et eussent mérité les dernières rigueurs, les cœurs s’ouvraient à la compassion, en pensant que ce n’était pas au bien public, mais à la cruauté d’un seul, qu’ils étaient immolés].

  2. Suétone, « dans la Vie de Claude, chapitre xxv : “ Il chassa de Rome ceux qui semaient continuellement le trouble sur l’instigation du Christ. ” » Claude a régné dix ans après la mort de Jésus, il ne s’agissait donc pas de son instigation, mais de celle de ses zélateurs.

  3. Suétone « dans la Vie de Néron » (chapitre xvi) :

    Afflicti suppliciis Christiani, genus hominum superstitionis novæ ac maleficæ.

    [Les chrétiens, espèce d’hommes adonnée à une superstition nouvelle et malfaisante].

  4. Pline le Jeune, Lettres, livre x, épître xcvii, à l’empereur Trajan (98-117, v. note [2], lettre 199) :

  5. Cognitionibus de Christianis interfui numquam : ideo nescio quid et quatenus aut puniri soleat aut quæri. Nec mediocriter hæsitavi, sitne aliquod discrimen ætatum, an quamlibet teneri nihil a robustioribus differant ; detur pænitentiæ venia, an ei, qui omnino Christianus fuit, desisse non prosit ; nomen ipsum, si flagitiis careat, an flagitia cohærentia nomini puniantur. Interim, in iis qui ad me tamquam Christiani deferebantur, hunc sum secutus modum : interrogavi ipsos an essent Christiani ; confitentes iterum ac tertio interrogavi supplicium minatus ; perseverantes duci iussi. Neque enim dubitabam, qualecumque esset quod faterentur, pertinaciam certe et inflexibilem obstinationem debere puniri. Fuerunt alii similis amentiæ, quos, quia cives Romani erant, adnotavi in Urbem remittendos.

    Mox ipso tractatu, ut fieri solet, diffundente se crimine plures species inciderunt. Propositus est libellus sine auctore multorum nomina continens. Qui negabant esse se Christianos aut fuisse, cum præeunte me deos appellarent et imagini tuæ, quam propter hoc iusseram cum simulacris numinum afferri, ture ac vino supplicarent, præterea male dicerent Christo, quorum nihil cogi posse dicuntur qui sunt re vera Christiani, dimittendos putavi. Alii ab indice nominati esse se Christianos dixerunt et mox negaverunt ; fuisse quidem sed desisse, quidam ante triennium, quidam ante plures annos, non nemo etiam ante viginti. Hi quoque omnes et imaginem tuam deorumque simulacra venerati sunt et Christo male dixerunt. Affirmabant autem hanc fuisse summam vel culpæ suæ vel erroris, quod essent soliti stato die ante lucem convenire, carmenque Christo quasi deo dicere secum invicem seque sacramento non in scelus aliquod obstringere, sed ne furta ne latrocinia ne adulteria committerent, ne fidem fallerent, ne depositum appellati abnegarent. Quibus peractis morem sibi discedendi fuisse rursusque coeundi ad capiendum cibum, promiscuum tamen et innoxium ; quod ipsum facere desisse post edictum meum, quo secundum mandata tua hetærias esse vetueram. Quo magis necessarium credidi ex duabus ancillis, quæ ministræ dicebantur, quid esset veri, et per tormenta quærere. Nihil aliud inveni quam superstitionem pravam et immodicam.

    Ideo dilata cognitione ad consulendum te decucurri. Visa est enim mihi res digna consultatione, maxime propter periclitantium numerum. Multi enim omnis ætatis, omnis ordinis, utriusque sexus etiam vocantur in periculum et vocabuntur. Neque civitates tantum, sed vicos etiam atque agros superstitionis istius contagio pervagata est ; quæ videtur sisti et corrigi posse. Certe satis constat prope iam desolata templa cœpisse celebrari, et sacra sollemnia diu intermissa repeti passimque venire victimas, cuius adhuc rarissimus emptor inveniebatur. Ex quo facile est opinari, quæ turba hominum emendari possit, si sit pænitentiæ locus.

    [N’ayant jamais assisté aux enquêtes sur les chrétiens, {a} j’ignore sur quoi et en quelle mesure s’applique la décision de sévir ou d’instruire. Je n’ai pas été sans hésiter : faut-il établir une distinction suivant l’âge, ou agir de la même façon pour les enfants et pour les plus âgés ? pardonner à celui qui, ayant été profondément chrétien, ne voit pas d’utilité à cesser de l’être ? punir le seul fait d’être chrétien, sans même avoir fauté, ou les délits attachés à cette religion ? En attendant de le savoir, voici toutefois la règle que j’ai suivie à l’égard de ceux que l’on a déférés pour christianisme à mon tribunal : je leur ai demandé s’ils étaient chrétiens ; quand ils l’ont avoué, j’ai répété ma question une deuxième et une troisième fois, et les ai menacés du supplice ; quand ils ont persisté, je les y ai envoyés, ne doutant pas que, quelle que fût leur foi, je devais certainement châtier leur opiniâtreté et leur inflexible obstination. J’en ai ménagé d’autres, entêtés de la même folie, en ordonnant de les renvoyer à Rome, car ils étaient citoyens romains.

    Ce délit s’étant répandu de lui-même, comme c’est ordinaire, il se présenta bientôt sous plusieurs formes. Ainsi fit-on circuler un libelle anonyme contenant les noms de nombreux individus : tous niaient être ou avoir été chrétiens ; mais j’ai pensé devoir les laisser aller parce que, sur mon ordre, ils invoquaient nos dieux et se prosternaient devant ton portrait, leur offrant à l’envi statuettes, encens et vin, et parce qu’ils médisaient même du Christ, à quoi, dit-on, on ne peut forcer aucun de ceux qui sont véritablement chrétiens. D’autres, après s’être déclarés tels, l’ont bientôt nié : ils l’avaient certes été, mais s’étaient dédits ; certains depuis trois ans, d’autres depuis plus longtemps, voire jusqu’à une vingtaine d’années ; et tous ceux-là ont pareillement vénéré ton effigie et celles de nos dieux, et médit du Christ. Ils affirmaient que toute leur faute ou erreur avait tenu à leur coutume de se réunir certain jour convenu, avant le lever du soleil, pour réciter ensemble un hymne au Christ, comme à un dieu, et pour prononcer un serment les engageant, non pas à fomenter quelque forfait, mais à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, à ne pas faillir dans leur foi et à ne pas refuser de rendre ce qu’on leur avait prêté. Cela fait, ils levaient la séance et se retrouvaient pour un repas composé de mets ordinaires et légers. Après l’édit interdisant ces réunions, que j’ai prononcé selon le mandat que tu m’as confié, ils ont abandonné leurs pratiques. J’ai en outre cru nécessaire de démêler le vrai du faux en soumettant à la question {b} deux esclaves qui se disaient leurs servantes, et elles ne m’ont rien révélé d’autre que déviance religieuse, vicieuse et immodérée.

    Après avoir mené toute cette enquête, j’ai décidé de prendre ton conseil car cette affaire me semble digne de réflexion, notamment en raison du nombre des adeptes : le péril menace et menacera quantité d’hommes et de femmes, de tous âges et toutes conditions ; en outre, cette superstition ne se limite pas aux cités, elle se répand aussi dans les faubourgs et dans les campagnes. Elle paraît néanmoins pouvoir être contenue et réformée : on constate déjà que le les temples, naguère presque abandonnés, recommencent à être fréquentés ; que de nouveau, on y célèbre des cérémonies sacrées, longtemps interrompues, en sacrifiant des animaux qui ne trouvaient plus que très rarement acheteur. Tout cela autorise volontiers à penser qu’on pourra remédier à ce tapage en donnant sa chance au repentir des gens]. {c}

    Suit la réponse de Trajan à Pline (lettre xcviii) :

    Actum quem debuisti, mi Secunde, in excutiendis causis eorum, qui Christiani ad te delati fuerant, secutus es. Neque enim in universum aliquid, quod quasi certam formam habeat, constitui potest. Conquirendi non sunt ; si deferantur et arguantur, puniendi sunt, ita tamen ut, qui negaverit se Christianum esse idque re ipsa manifestum fecerit, id est supplicando dis nostris, quamvis suspectus in præteritum, veniam ex pænitentia impetret. Sine auctore vero propositi libelli nullo crimine locum habere debent. Nam et pessimi exempli nec nostri sæculi est.

    [Tu as fait ton devoir, mon cher Pline, {d} en poursuivant avec obstination les procès de ceux qu’on t’a dénoncés comme chrétiens, mais il est impossible de fixer une règle générale et garantie. Il ne faut pas les pourchasser : s’ils sont dénoncés avec de bonnes preuves, il faut les punir ; néanmoins, si l’un d’eux a nié être chrétien et l’a démontré clairement, c’est-à-dire en se prosternant devant nos dieux, alors sa faute lui sera pardonnée, mais il demeurera suspect. Les dénonciations anonymes ne méritent pas de punition, bien que ce soient de fort détestables exemples, contraires aux mœurs de notre temps]. {e}


    1. Pline était alors légat impérial en Bithynie et Pont (berge orientale du Bosphore), et doté de pouvoirs consulaires.

      Sa première phrase surprend car la suite de sa lettre va le montrer parfaitement au fait des questions chrétiennes et de leur instruction judiciaire.

    2. V. seconde notule {d}, note [2] du Borboniana 10 manuscrit.

    3. La valeur historique de cette lettre et sa portée religieuse sont indéniables. En dépit du soin que j’y ai mis, ma traduction pourra être jugée fautive ou partisane. Pour une image moins complaisante de Pline, on lira celle qu’un anonyme a donnée au début du xviiie s. (Les Lettres de Pline le Jeune. Nouvelle édition, revue et corrigée, Paris, Compagnie des libraires, 1721, in‑12, tome troisième, pages 316‑322) ; sa dernière phrase en donne une idée : « De là, on peut juger quelle quantité de gens peuvent être ramenés de leur égarement si l’on fait grâce au repentir. »

    4. Trajan appelait Pline par son nom de famille, [Caius Plinius Cæcilius] Secundus.

    5. Cette réponse de Trajan, dont nul n’a mis l’authenticité en doute, est l’unique témoin de la sentence officiellement préconisée à l’encontre des chrétiens au début du iie s.

Les quatre « passages » rappelés par le Borboniana attestent assurément que les chrétiens ont été fort malmenés par les premiers empereurs romains. En disant que « les juifs ne sauraient rien répondre à ces passages-là », Nicolas Bourbon les accusait sans doute de nier la nature divine du Christ et la piété de ses adeptes, prouvée par les persécutions qu’ils ont endurées.

12.

Paul Jove a loué les talents et reproduit le portrait de l’érudit littérateur et poète italien Ioannes Marius (ou Maria) Catanæus (Giovanni Maria Cattaneo) aux pages 147‑148 de ses Elogia [Éloges]. {a} C’est la principale source dont on dispose pour établir sa maigre biographie. Natif de Novare dans le Piémont, durant la seconde moitié du xve s., il fut ami de Pietro Bembo, {b} qui le dissuada néanmoins de persévérer dans la composition d’une ambitieuse épopée latine en vers sur l’histoire de Gênes. Cattaneo est mort à la fin de 1529 ou au début de 1530 :

Periit in Urbe quum abesset Clemens, Carolo Cæsarii Romani imperii insignia Bononiæ traditurus, adeo celata morte, quod ita impetrandis sacerdotiis ex mora caveretur, ut sepulcri et funeris honore caruerit, quum ab Academicis ad Vetulonias aquas secessisse crederetur.

[Il périt à Rome au moment où, à Bologne, Clément allait remettre à Charles la couronne et le sceptre impériaux. {c} Sa mort fut cachée, dans la crainte qu’on fît obstacle à la transmission de ses bénéfices ecclésiastiques ; {d} à tel point qu’on ne l’honora ni de funérailles ni de sépulture officielles ; on fit croire à ses élèves qu’il était décédé tandis qu’il prenait les eaux à Vetulonia]. {e}


  1. Édrition de Bâle, 1577, v. note [27], lettre 925.

  2. V. remarque 1, note [67] du Naudæana 1.

  3. Le pape Clément vii (Jules de Médicis, 1523-1534, v. note [50], lettre 292) a couronné Charles Quint à Bologne le 24 février 1530.

  4. Cattaneo était prêtre et ses fonctions dans la curie romaine lui avaient permis d’obtenir d’importantes rentes, que convoitait son entourage.

  5. Vetulonia est une petite ville thermale située sur les collines qui entourent Castiglione della Pescaia, port toscan de la côte Tyrrhénienne.

L’édition qui a valu le plus de renom à Cattaneo est celle des :

C. Plinii Cæcilii Secundi Novocomensis, Epistolarum Libri x. Eiusdem Panegyricus Traiano dictus. Cum Commentariis Joannis Mariæ Catanæi, viri doctissimi. Multis Epistolis cum illarum interpretatione adiectis. Adiuncti sunt alii, ad alios Cæsares, Panegyrici, ad fidem vetusti exemplaris emendati.

[Dix livres des Lettres de Pline le Jeune, natif de Côme, et son Panégyrique prononcé en l’honneur de Trajan, avec les commentaires du très docte Giovanni Maria Cattaneo. De nombreuses lettres y ont été ajoutées et expliquées ; ainsi que d’autres panégyriques d’autres empereurs, corrigés sur la foi d’un ancien manuscrit]. {a}


  1. Sans lieu [Genève], Paulus Stephanus, 1600, in‑4o en trois parties de 646, 168, et 151 pages ; première édition à Milan en 1506.

La lettre de Pline le Jeune sur les chrétiens et la réponse de Trajan (4e citation de la note [11] supra) y sont transcrites et richement annotées aux pages 630‑634. Je me conterai de citer le début du commentaire de Cattaneno :

Dicerem hanc epistolam ex albo tollendam, vel saltem indiscussam omittendam, cum tota contra Christianos loquatur : sed cum mecum reputo, posse eius lectione, et Romanorum ignorantiam, qui veram fidem tot suppliciis persequerentur, ostendi et Christianorum auream constantiam : quos Christus adversus crudelissima quæque tormenta confirmabat : videor mihi operæ precium facturus, si quod in illis damnat, obnoxium potius Secundum ostendero ; adde quod huius epistolæ plurimi Christianorum meminere.

[Je dirais volontiers que cette lettre devrait être supprimée de la collection, ou du moins publiée sans commentaire, parce qu’elle est tout entière hostile aux chrétiens ; mais à la réflexion, je pense que sa lecture peut servir à montrer et la coupable ignorance des Romains, qui ont infligé tant de supplices à la véritable foi, et l’admirable constance des chrétiens, eux que le Christ avait fortifiés contre les plus cruels de tous les tourments. Ma peine sera récompensée, me semble-t-il, si mon travail montre que ce qu’on condamnait en eux leur a moins nui qu’à Pline. En outre, la plupart des chrétiens conservent le pieux souvenir de cette lettre].

13.

« Voyez l’Elizabetha de G. Camdenus, à l’année 1567, pages 105. »

Hormis le numéro de la page (105 pour 110), cette référence renvoie au volume 1 des Annales rerum Anglicarum et Hibernicarum, regnante Elizabetha… [Annales des affaires anglaises et irlandaises sous le règne d’Élisabeth…] de William Camden (Guilielmus Camdenus), {a} au premier paragraphe de l’année 1567 (première partie, page 110) :

Darlius Rex Scotorum occiditur.
Verum priusquam delegati illi à Scotorum Regina advenerint, uno et altero mense post Scotiæ Principem baptisatum, Rex eius maritus altero et vicesimo ætatis anno, intempesta nocte, atroci et horrendo scelere, quod boni omnes sunt detestati, in lecto strangulatus est, et in hortum proiectus, ædibus pulvere sulphurei subrutis. Rumor illico late per Britanniam sparsus, crimen in Mortonium, Moravium, et confœderatos contulit ; illi imbelli sexui insultantes, in Reginam transtulerunt. Quid Georgius Buchananus hac de re cum in Historia, tum in libello, cui Detectio titulum fecit, prodidit, ex libris impressis nemo non novit.

Buchananus ab Ordinib. Scotiæ falsi damnatur.
Cum autem ille partium studio, et Moravii munificentia abreptus, ita scripserit, ut libri isti salsitatis damnati fuerint ab Ordinibus regni Scotiæ, quorum fidei plus tribuendum ; et ipse ingemiscens coram Rege, cui fuit pædagogus, subinde se reprehenderit (ut accepi) quod tam virulentum calamum in Reginam bene meritam strinxisset, moriensque optaverit ut tantisper superesset donec maculas, quas maledicentia falso asperserat, revocata veritate, vel sanguine elueret ; nisi (quod ipse dixit) hoc vanum esset, cum præ ætate delirare videretur. Liceat mihi (ut altera etiam pars audiatur) rem omnem tum ex aliorum scriptis quæ eo tempore prodierunt, sed in Moravii gratiam et Reginæ odium in Anglia suppressa, tum ex Legatorum atque fide dignissimorum literis, quantum intelligere possum, sine omni amoris aut odii fuco, paucis explicare.

[Darnley, roi d’Écosse est tué. {b}
Toutefois, deux mois après le baptême du prince d’Écosse, avant l’arrivée de ces députés de la reine d’Écosse, le roi son mari, en sa 21e année d’âge, au cours d’une funeste nuit, fut étranglé dans son lit : atroce et détestable meurtre qui a horrifié tous les honnêtes gens. Son corps fut ensuite jeté dans le jardin et on fit sauter sa maison avec une charge de poudre. {c} Sur-le-champ, par toute la Grande-Bretagne, se répandit une rumeur qui attribuait ce crime à Morton, Murray et ceux de leur parti ; mais eux, faisant insulte au sexe faible, en accusaient la reine. {d} Nul n’en a rien ignoré grâce aux livres que George Buchanan a publiés sur cette affaire : tant son Histoire que son pamphlet intitulé Detectio. {e}

Le Parlement d’Écosse condamne Buchanan pour mensonge. {b}
Poussé à cela par la grande libéralité de Murray, il a écrit ses livres avec une telle partialité que le Parlement du royaume d’Écosse les a condamnés pour impudence, verdict auquel ont doit accorder plus de crédit qu’à leur contenu. Par la suite (à ce qu’on m’a dit), se lamentant devant le roi, dont il avait été le précepteur, il se serait lui-même blâmé d’avoir dégainé une plume si virulente contre une reine qui avait bien mérité sa reconnaissance, souhaitant qu’avant de mourir il aurait rétabli la vérité sur les taches dont sa médisance l’avait trompeusement éclaboussée, ou que, sinon, il les laverait de son sang ; mais ce propos (comme l’a lui-même dit le roi Jacques) était dénué de sens, sauf à penser qu’il délirait avant l’âge. Qu’il me soit maintenant permis (pour faire entendre la partie adverse) d’expliquer toute l’affaire, dans la mesure où je puis la comprendre ; mais sans le moindre semblant d’amour ou de haine, en me fondant tant sur d’autres écrits de l’époque qui ont paru en Angleterre, après que s’y furent éteintes la faveur de Murray et la détestation de la reine, que sur les correspondances d’ambassadeurs parfaitement dignes de foi]. {g}


  1. Londres, 1615, v. note [18], lettre 642.

  2. Sous-titre imprimé dans la marge.

  3. V. note [32], lettre 554, pour Lord Darnley, Henry Stuart, cousin germain et second époux de Marie Stuart, reine d’Écosse, veuve de François ii, roi de France. Depuis son mariage (29 juillet 1565), Henry était roi consort d’Écosse ; il venait d’être assassiné (nuit du 9‑10 février 1567). Un prince héritier avait vu le jour à Édimbourg le 19 juin 1556 : prénommé James et baptisé catholique le 17 décembre suivant, il allait devenir roi d’Écosse (couronné dès le 29 juillet 1567), sous le nom de Jacques vi, puis roi de Grande-Bretagne (24 mars 1603, à la mort de la reine Élisabeth ire d’Angleterre), sous le nom de Jacques ier.

    Quand débute ce récit, les députés écossais étaient en chemin pour Londres en vue d’annoncer la naissance de James : nouvelle qu’on allait recevoir dans la consternation parce qu’elle désespérait la noblesse anglicane en faisant un héritier légitime et de premier rang, mais catholique et écossais, pour la Couronne britannique.

  4. James Stuart, comte de Murray, demi-frère de Marie Stuart, et James Douglas, duc de Morton, étaient les deux principaux meneurs du parti écossais protestant. Tous deux allaient successivement assurer régence du royaume d’Écosse pendant la minorité de Jacques vi.

  5. V. note [39] du Naudæana 3 pour la relation de ce complot par George Buchanan dans sa Rerum Scoticarum historia [Histoire des affaires écossaises] (Édimbourg, 1582).

    Buchanan a aussi publié une Detectio Mariæ reginæ Scotorum [Mise en lumière de Marie, reine d’Écosse] {i} qui a plus tard été traduite en écossais, en anglais et en français :

    Histoire de Marie, reine d’Écosse, touchant la conjuration faite contre le roi, et l’adultère commis avec le comte de Bothwell, {ii} histoire vraiment tragique, traduite du latin en français. {iii}

    1. Londres, 1569 et 1571.

    2. V. note [38] du Naudæana 3.

    3. Édimbourg, Thomas Waltem, 1572, in‑8o de 176 pages.

  6. Passage transcrit par le Borboniana, que j’ai mis en exergue. Seul y diffère le contenu de la parenthèse, qui a été complété par Rex Jacobus [le roi Jacques] de manière à rendre la citation compréhensible.

    Buchanan mourut en 1582, quand le roi d’Écosse était âgé de 26 ans.

  7. Les 11 pages suivantes visent à disculper Marie Stuart en attribuant catégoriquement l’assassinat de Darnley à un complot ourdi par Morton et Murray.

    Un coup de feu tiré par un partisan de Marie Stuart mit fin à la régence de Murray (1567-1570) ; celle de Morton (1572-1578) se termina par sa décapitation à l’aide d’une machine, dénommée the Maiden [la Jeune fille], une ancêtre de la guillotine qu’il aurait lui-même inventée. Sur ordre de la reine Élisabeth, Marie Stuart connut le même sort (mais par le moyen, alors plus commun, d’une hache) en 1587 après une incarcération de 18 années.


14.

« mais il n’en retrancha rien. »

V. note [39] du Naudæana 3 pour l’Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou (première édition latine partielle à Paris, 1604) sur cette affaire, où il a repris voire plagié le récit et les opinions de George Buchanan.

Le « feu roi » (de France) était Henri iv (mort en 1610).

15.

Dictionnaire de Trévoux :

« Mal-talent : {a} mauvaise volonté qu’on a contre quelqu’un. Infensus alicui animus, mens infesta, infensa, inimica simultas. {b} “ Depuis l’injure qu’il a soufferte, il a toujours gardé quelque mal-talent contre son ennemi. ” Ce mot est vieux. Il vient de ce qu’autrefois le mot de talent signifiait volonté et désir. Talento le signifie encore en espagnol : sainte Thérèse {c} met dans une de ses lettres, nouvellement traduites, qu’elle voulait que ses religieuses fussent de buen talento, c’est-à-dire qu’elles eussent bonne volonté, un désir sincère de servir Dieu, de se consacrer à l’exercice de la mortification, de l’oraison, et de toutes les vertus chrétiennes et religieuses ; on a traduit “ bon talent ”, je suis persuadé que c’est une faute. »


  1. Le Grand Robert a conservé le mot, mais supprimé son trait d’union : « archaïsme médiéval (encore employé au xviie s.) ; mauvaise disposition à l’égard de quelqu’un ; variante, mautalent. »

  2. « animosité à l’encontre de quelqu’un, esprit hostile, rivalité malveillante. »

  3. Thérèse d’Avila.

V. notes :

Les familles Perrot et de Thou étaient étroitement liées. Probablement s’agit-il ici de Cyprien Perrot (1583-1630), seigneur de Saint-Dié : conseiller au Parlement de Paris, il était père de Jean Perrot (v. note [6], lettre 55) et oncle de Nicolas Perrot d’Ablancourt (v. note [3], lettre 203). Cyprien Perrot fut l’un des exécuteurs testamentaires de Jacques-Auguste i de Thou (Popoff, no 1965 ; note A de Bayle sur Perrot d’Ablancourt ; Philippe Hamon, La chute de la maison de Thou : la fin d’une dynastie robine, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 1999, 46 : 53‑85).

Tout cela permet de situer vers 1620 la houleuse entrevue du jeune de Thou avec le roi Jacques ier ; « je vous en dirais davantage » veut dire « je vous provoquerais en duel ».

16.

« “ Qui louera son père, sinon les fils ratés ? ”, ou bien “ Qui louerait son père, sinon les enfants indignes de gloire ? ” »

Dans son adage no 1836, Quis patrem laudabit nisi infelices filii ? Érasme a traduit l’original grec par une troisième version latine : Quis patrem laudet, nisi proles laudis inanis ? [Qui louerait son père, sinon les enfants sans gloire ?] ; kakodaïmona tekna signifie littéralement « les enfants possédés d’un mauvais génie ». Il ajoute ce commentaire :

Carmen vulgo jactatum de his, qui majorum suorum facinora jactitant, nimirum nihil habentes, quod de se ipsis vere prædicent, cujusmodi Ponticum quempiam ridet Juvenalis Sat. 8 :

             Sed te censeri laude tuorum,
Pontice, noluerim, sic vt nihil ipse futuræ
Laudis agas. Miserum est alienæ incumbere famæ.

Poterit in hanc quoque torqueri sententiam : Impii filii sic laudant parentes, dum illos, ceu bonos, desiderat populus, quod his longe deteriores ferre non possit. Id quod nonnunquam solet in principibus usu venire, videlicet, ut, quem vivum oderant, mortuum probent, ac requirant, filii comparatione bonum. Refert, et explicat, hoc adagium Plutarchus in vita Arati : […]

Id est Adagium quodam vetus, o Polycrates, Chrysippus philosophus, infamiam illius ut mihi videtur veritus, non ut habet, sed ut ipsi visum est melius proposuit : Quis patrem laudarit, nisi felices filii ? Ceterum Dionysodorus Troezenius redarguens illum verum proverbium denuo exponit. Id habet ad hunc modum : Quis patrem laudet, nisi proles infigna laudis ? Aitque eos, qui, si suius ipsorum meritis æstimentur, nullius sont pretii, ceterum insinuantes ses majorum suorum quibusdam virtutibus atque illorum laudibus sese immodice venditantes, hoc proverbio ad silentium adigi.

[On le dit communément de celui qui se targue des exploits de ses ancêtres sans avoir la moindre gloire à tirer des siens propres, comme ce Ponticus dont s’est moqué Juvénal (Satire 8) :

Mais toi, Ponticus, je ne voudrais pas qu’on te jugeât sur la seule gloire de tes aïeux, sans que toi-même ne fît rien pour assurer un jour la tienne. C’est pitié de s’appuyer sur la renommée des autres. {a}

On peut aussi entendre ainsi cet adage : quand le bon peuple regrette ses parents pour avoir été d’honnêtes gens, un mauvais fils les loue de la sorte, car il ne supporte pas qu’on puisse le trouver bien pire qu’eux. C’est ce qui arrive assez souvent dans les familles régnantes : on y honore et regrette, une fois qu’il est mort, celui qu’on haïssait vivant, et on le trouve bon quand on le compare à son fils. Plutarque rapporte et explique ce proverbe dans sa vie d’Aratus : {b}

« Voici, mon cher Polycrate, un vieux proverbe que Chrysippe, le philosophe, {c} a cité, mais craignant qu’il ne fût infamant, il ne l’a pas mis tel qu’il est, mais comme il l’a jugé meilleur : “ Qui louera son père, sinon les fils heureux ? ” Dénonçant l’altération de cet adage Dionysodore de Trézène {d} l’a remis dans son véritable sens : “ Qui louerait son père, sinon les enfants indignes de gloire ? ” Il ajoute que le but de ce proverbe est de faire taire ceux qui, n’ayant par eux-mêmes aucun mérite, se drapent des vertus de leurs ancêtres, et les glorifient à outrance. »]


  1. Vers 74‑76 de la Satire 8.

  2. Érasme transcrit ici en grec les premières phrases de la Vie d’Aratos, stratège grec du iiie s. av. J.‑C. avant d’en donner sa traduction latine.

  3. Chrysippe de Soles, stoïcien du iiie s. av. J.‑C., tenu pour l’un des plus prolifiques auteurs de l’Antiquité grecque.

  4. Énigmatique grammairien grec antique.

17.

« Voyez les Adages de Michel Apostolius, page 231 » :

Μιχαηλου Αποστολιου Παροιμιαι. Michaelis Apostolii Parœmiæ : Nunc demum post Epitomem Basiliensem, integræ, cum Petri Pantini versione, ejusque et Doctorum Notis, in lucem editæ.

[Adages de Michel Apostolius, {a} publiés pour la première fois dans leur intégralité, après l’abrégé de Bâle, dans la traduction de Petrus Pantinus {b} et avec ses notes et celles de savants auteurs]. {c}

Apostolius y commente brièvement ce proverbe à la page indiquée par le Borboniana (centurie xviii, no 68) :

Quis patrem laudet, nisi proles sortis {d} iniquæ ?] Fortassis de iis, qui majorum strenue facta propter inopiam propriorum venditant.

[Qui louerait son père, sinon les enfants d’une coupable injustice ?) Peut-être pour ceux qui, ne faisant rien qui vaille, se targuent de ce que leurs aïeux ont diligemment accompli]. {e}


  1. Michel (Michael) Apostolius (1422-1478), rhéteur et théologien grec natif de Constantinople.

  2. Pierre Pantin, humaniste belge (1556-1611).

  3. Leyde, Elsevier, 1619, in‑4o de 387 pages, édition bilingue, grecque et latine, avec épître dédicatoire de Daniel Heinsius à son beau-frère Janus Rutgersius (v. note [18], lettre 201).

  4. Sic pour sontis.

  5. À la fin de l’ouvrage, les Notæ in Apostolium [Notes sur Apostolius] de Pantin n’y ajoutent pas de commentaire.

18.

Le « bruit » est la réputation : jeu de mots oiseux si on le rapporte à la Saint-Barthélemy (v. note [30], lettre 211) ; il faudrait attribuer la paternité de cet adage à Nicolas Bourbon (qui s’excusait en même temps de son extravagance), car je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs.

V. note [19], lettre 79, pour ladre (lépreux, mais aussi fort avare).

19.

En 1600, Claude Garrault, sieur de Bellassise, avait été reçu conseiller aux Enquêtes du Parlement de Paris. Monté à la Grand’Chambre en 1633, il mourut en 1644.

En 1628, sa fille unique, prénommée Catherine-Charlotte (morte en 1652), avait épousé François de Castille, sieur de Villemareuil, conseiller au Parlement, reçu en en 1624, puis président de la deuxième Chambre des enquêtes (Popoff, nos 845 et 1279). Leur fille, Marie-Madeleine, devint la seconde épouse de Nicolas Fouquet en 1651 (v. note [1], lettre 588).

20.

Jacques Faye (1543-1590), seigneur d’Espeisses, conseiller au parlement reçu en 1567, était peut-être « fou », mais fit une brillante carrière : maître des requêtes en 1575, avocat général en 1580, il finit président au mortier du Parlement siégeant à Tours en 1589 (v. note [5] du Borboniana 4 manuscrit, pour sa compétition avec Jacques-Auguste i de Thou sur cette charge).

21.

« “ Pomponne insinue de longs détours en tout ce qu’il fait, comme on voit à son nez. Vous, ses héritiers, pardonnez-lui donc de mourir lentement : il ne fait rien sans lenteur. ”

Voyez les Sylvæ de Jean Barclay imprimées à Londres, in‑4o, page 46. »

Les Ioan. Barclaii Sylvæ [Silves {a} de Jean Barclay] {b} sont dédiées au roi Christian iv de Danemark.


  1. V. note [40] du Borboniana 6 manuscrit.

  2. Londres, R. Barker, 1606, in‑4o de 46 pages.

V. note [32], lettre 236, pour le Chancelier Pomponne i de Bellièvre (mort en 1607).

22.

« un cercle dans un cercle » ou, moins platement, « un monde dans un monde », mais sans source imprimée que j’aie su trouver dans le poésies de Jean Barclay.

23.

« Heureux les habitants des villes, sauf ceux de Sées, Luçon et Maillezais. »

Le Dictionnaire général et curieux… Par Me César de Rochefort, docteur ès droits, agrégé à l’Université de la Sapience de Rome, juge des appellations du comté de Grôlée, et juge ordinaire des terres du prieuré de Saint-Benoît pour Monsieur l’abbé de la Chaize (Lyon, Pierre Guillimin, 1685, in‑4o), article Ville (page 7985) :

« Beati qui habitant urbes : Socrate a banni de son École le séjour de la campagne, il dit que c’est une injustice de placer les sages dans les déserts, il ordonne que tous les philosophes soient des citoyens et non pas des paysans ; et sachant que les fleurs, les arbres et les pierres sont sans paroles, il veut que ses disciples vivent dans la société. »

Chacun complétait le dicton à sa guise en y mettant les noms des plus modestes évêchés de France : Saint-Papoul (près de Carcassonne), Alet (aujourd’hui Alet-les-Bains dans l’Aude), Lombez (v. note [2], lettre 683), etc.

Villace est un mot péjoratif désignant quelque « grande ville mal peuplée et mal fortifiée » (Furetière). V. note [15], lettre 505, pour Luçon (dont le futur cardinal de Richelieu fut évêque). Le Dictionnaire de Trévoux a défini comme suit les deux autres évêchés non ceints de murs que méprisaient Nicolas Bourbon et les autres brodeurs du dicton socratique.

24.

« comme raconte de Thou à l’année 1597, page 745. »

Guy Patin a cité ce passage de l’Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou, dans sa lettre du 5 juillet 1651 à Claude ii Belin (v. sa note [8]) : il y conte les infortunes de l’avocat Antoine i Charpentier, condamné à mort pour complot contre l’État en 1597. Il était le fils de Jacques, philosophe, professeur de mathématiques au Collège de France et doyen de la Faculté de médecine de Paris (v. note [51], lettre 97), et le père d’Antoine ii, collègue et éphémère correspondant de Patin.

V. notes :

M. de Roissy était Jean-Jacques i de Mesmes, conseiller au Parlement, maître des requêtes et conseiller d’État, mort fort âgé en 1642 (Popoff, no 121), père de Henri ii et de Claude (v. notes [12], lettre 49, et [33], lettre 79).

25.

Une caput sine literis est une « tête sans lettres » et se réfère au teston, comme l’explique le Dictionnaire de Trévoux :

« Ancienne monnaie de France qui a eu différents prix. On a commencé à les fabriquer sous Louis xii en 1513, et alors ils étaient du poids de 7 deniers, 12 grains et demi. {a} Capitatus nummus : {b} on les appelait testons à cause de la tête du roi, qui y était représentée. […] On appelle teston rogné, un ignorant : pour dire, qu’il n’a point de lettres, comme un teston dont on a rogné la légende. » {c}


  1. D’argent.

  2. « Pièce de monnaie capitée » (portant l’effigie d’un personnage).

  3. Par exemple, le douzième d’écu (soit 5 sols) frappé en 1642 représentait :

    • à l’avers, le profil du roi ceint d’une couronne de laurier, entouré de cette légende latine, « ludovicus xiii d. g. fr et navar rex » [Louis xiii, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre] ;

    • au revers, le blason royal (trois fleurs de lys couronnées) et « sit nomen domini benedictum . 1642 » [Béni soit le nom du Seigneur . 1642].

    V. aussi le mot teston dans notre glossaire pour sa définition abrégée par Furetière.


Celui que Nicolas de Netz, évêque d’Orléans de 1630 à 1646 (v. note [7], lettre 17), traitait de teston rogné était loin d’être un illettré : l’abbé Jean Mulot (v. note [13], lettre 333), docteur et doyen de Sorbonne, ancien précepteur et confesseur du cardinal de Richelieu, était un personnage fantasque et célèbre pour ses audaces spirituelles ; l’avant-dernier paragraphe de la lettre à Charles Spon, le 13 avril 1657, relate les propos de ce curieux prêtre sur le purgatoire. Comme toute la cour, le maréchal François de Bassompierre (v. note [10], lettre 85) tenait Mulot pour le fou du cardinal, c’est-à-dire son bouffon, « les princes ont des fous auprès d’eux pour les divertir, des gens qui font semblant d’être fous, pour dire toutes sortes de plaisanteries en liberté » (Furetière).

Louis Monmerqué et Alexis Paulin Paris ont repris cet article du Borboniana dans leur commentaire sur l’historiette que Tallemant des Réaux a consacrée à Mulot (Paris J. Techener, 1854, in‑8o, troisième édition, tome deuxième, note xlvii, page 100), avec cette intéressante précision sur leur source :

« Mémoires mss. {a} de Hugues ii de Salins, médecin, {b} communiqués par M. Feuillet de Conches. » {c}


  1. Manuscrits.

  2. Le correspondant de Guy Patin qui a transcrit le Borboniana manuscrit : v. note [15] de l’Introduction aux ana de Guy Patin.

  3. Félix-Sébastien Feuillet de Conches (1798-1887), diplomate français et insatiable collectionneur d’antiquités et d’archives, a non seulement lu, mais probablement acquis et conservé le Ms Bnf Fr 9730 dont nous publions la première édition intégrale.

26.

Sans trahir le sens du lapidaire nihil simile idem, je le traduis par « rien ne serait plus comme avant ».

« Cervelle de drap » est une expression que je n’ai pas lue ailleurs, mais que le contexte permet de comprendre ainsi : esprit mou et malléable à l’envi, comme un drap qu’on plie et qu’on froisse ; mais aussi cervelle de moine (dont la tête est couverte d’un capuchon de drap).

V. note [8], lettre 19, pour le P. Joseph, moine capucin mort en 1638 ; éminence grise de Richelieu, il ne fut jamais nommé cardinal, malgré l’intense désir qu’il en avait.

La date du 10 décembre 1637, écrite dans la marge de gauche, est une précieuse indication sur la période où ont eu lieu les entretiens consignés dans le Borboniana manuscrit.

27.

Sordido, en italien, signifie « sordide », c’est-à-dire : « vilain, avare, mesquin ; cet usurier est un homme fort sordide, qui se ferait fouetter pour cinq sols ; il y a des grands seigneurs qui ont une âme sordide, lâche, intéressée, qui font une dépense sordide, indigne de leur condition » (Furetière).

François ii d’Escoubleau de Sourdis (Thouars, Poitou 1574-Bordeaux 1628) était le fils aîné de François i (v. notule {a}, note [37] du Patiniana I‑3), et le frère de Charles (v. note [11], lettre 61) et Henri (v. note [5], lettre 29). En 1599, avec dispense d’âge, il fut nommé en même temps cardinal et archevêque de Bordeaux, primat d’Aquitaine.

The cardinals of the Holy Roman Church (traduit de l’anglais) :

« Initialement destiné à une carrière civile, il combattit au siège de Chartres (1591) {a} et fut fiancé à Catherine Hurault de Chiverny, fille du chancelier de France. {b} Pendant un séjour à Rome (1593-1594), il rencontra Frédéric Borromée {c} et Philippe Néri, {d} et il changea d’avis, décidant d’entrer dans les ordres. Il reçut la tonsure à son retour en France. » {e}


  1. Le 19 avril, par Henri iv, au cours de la huitième guerre de Religion.

  2. V. note [4], lettre 589.

  3. V. note [15], lettre 490.

  4. V. note [44] du Naudæana 3.

  5. Dans l’historiette consacrée à Henri de Sourdis, Tallemant des Réaux (tome i, pages 376‑378) dit que son frère François ii, le cardinal, était avare et « fut d’Église à cause qu’il était menacé d’épilepsie ». Il est réputé avoir pieusement rempli son sacerdoce.

V. note [8], lettre 23, pour Henri ii de Bourbon, prince de Condé, père du Grand Condé.

28.

« Voyez de Thou, sous Henri iv, page 1060. » (note écrite dans la marge de gauche).

Le mathématicien français François Viète ou Viette (Franciscus Vieta ; Fontenay-le-Comte 1540-Paris 1603), sieur de La Bigotière, a été l’un des fondateurs de la géométrie, de l’algèbre et de l’analyse modernes. Jacques-Auguste i de Thou (Histoire universelle, livre cxxix, année 1603 ; Thou fr, volume 14, pages 162‑166) a commémoré sa mort et composé son long éloge. Outre ce que contient cet article du Borboniana, on y lit ces trois passages remarquables :

« Adrianus Romanus ayant proposé un problème à tous les mathématiciens du monde, Viète le résolut à l’instant, et l’envoya à Romanus avec des corrections et des additions, auxquelles il joignit un Apollonius Gallus. {a} Romanus fut si surpris de ce prodige qu’il partit sur-le-champ de Wurtzbourg, où il demeurait depuis qu’il avait quitté Louvain, vint en France, pour voir cet homme si admirable, dont il n’avait jamais entendu parler, et lia avec lui une amitié très étroite. Lorsqu’il arriva à Paris, Viète était en Poitou, {b} où il avait fait un voyage pour voir si l’air natal ne rétablirait point sa santé. Cependant, quoiqu’il restât cent lieues de chemin à faire pour le joindre, Romanus entreprit ce voyage avec beaucoup de courage, après avoir mandé à Viète qu’il allait le trouver. Il demeura un mois entier avec lui, et pendant ce séjour, il lui proposa un grand nombre de questions, dont il avait eu soin de se fournir avant son départ ; mais il trouva encore plus qu’il ne croyait dans Viète, qui était un homme simple et sans ostentation, et il en était dans un étonnement qu’il ne pouvait exprimer. Enfin, après s’être embrassés et s’être dit avec regret le dernier adieu, Viète, voulant reconnaître l’honneur qu’il avait reçu de ce voyage de Romanus, le fit reconduire et le défraya jusque sur la frontière. […]

Peu de temps avant sa mort, Viète travailla sur le calendrier grégorien et, y ayant trouvé quantité de défauts, que d’autres avaient déjà remarqués, il pensa sérieusement à une réforme nouvelle qui pût être reçue par l’Église romaine. Dans cette vue, il dressa un calendrier nouveau qu’il appelait le vrai calendrier grégorien, et qu’il accommoda aux fêtes et aux rites de l’Église ; il le fit imprimer en 1606, avec une explication de sa méthode, qu’il adressait au Clergé. {c} Cet ouvrage fut présenté à Lyon au cardinal Aldrobandin, que le pape envoyait pour négocier un traité de paix entre Sa Majesté et le duc de Savoie, mais on n’en fit aucun usage. {d} Il m’avait parlé de son dessein avant son départ, et je l’avertis en bon ami qu’il allait prendre une peine inutile : qu’il ne fallait pas s’attendre qu’une réforme du calendrier qu’on avait insinuée avec tant d’affectation aux princes chrétiens, et qu’on n’avait enfin fait recevoir qu’à force d’intrigues et de manège, pût être changée, même en mieux, par des gens qui ont pour maxime fondamentale de leur gouvernement de n’avouer jamais qu’ils aient erré, ni qu’ils puissent même errer. […]

Ce que je vais ajouter est peu de chose au jugement même de Viète, mais je suis persuadé qu’il y a bien des gens qui n’en jugeront pas de même. Les différentes parties dont la monarchie d’Espagne est composée sont dispersées et si éloignées l’une de l’autre que, pour établir une communication et une espèce de concert entre tous ces membres, ceux qui gouvernent ont besoin d’un secret impénétrable. {e} Comme ils ont naturellement une prudence vaste et qui ne pèche que pour porter ses vues trop loin, pour dérober leurs lettres à la connaissance des autres nations, ils se servent de caractères qui ne sont plus en usage et qui sont tout à fait inconnus, et ils les font fort courtes quand ils n’écrivent qu’à une seule personne, et beaucoup plus longues lorsqu’ils les adressent à toute une province ou à tout un corps en général. De temps en temps même, ils s’amusent à changer l’ordre et la figure de leurs caractères : ils les tournent et retournent en différentes manières, de peur qu’avec le temps leur secret ne se découvre. Du reste, il leur faut beaucoup de temps pour faire ces changements, parce qu’ils sont obligés d’en donner avis aux gouverneurs qui sont dans les Indes. Tel était ce chiffre, composé de plus de cinq cents figures, dont ils se servaient contre nous pendant cette funeste guerre qui a duré dix ans. {f} On intercepta plusieurs de leurs lettres, qui étaient fort longues et qui contenaient le détail des desseins qu’ils avaient formés, et des mesures qu’ils prenaient pour les exécuter. Mais cette multitude de caractères embarrassaient tellement nos déchiffreurs qu’ils n’y <re>connaissaient rien. Le roi ordonna donc qu’on envoyât ces lettres à Viète, qui ne pensait à rien moins et qui aurait bien mieux aimé s’occuper à ses études ordinaires. Viète, accoutumé à méditer sur des matières bien plus importantes, eut bientôt trouvé la clef ; et depuis, il en déchiffra beaucoup d’autres qui étaient de grande conséquence ; ce qui déconcerta pendant deux ans entiers tous les projets des Espagnols. Cependant, comme ils surent à leur tour, par nos lettres qu’ils interceptèrent, que nous avions trouvé la clef de leur chiffre, qu’ils croyaient inexplicable, ils furent bien fâchés de se voir obligés d’en chercher un autre ; et, comme rien ne leur coûte pour décrier leurs ennemis et pour les rendre odieux, ils publièrent à Rome et dans toute l’Europe que le roi l’avait découvert par le secours de la magie, parce qu’il n’était pas possible, disaient-ils, de le trouver autrement. Mais tout l’avantage qu’ils retirèrent de cette calomnie fut qu’ils s’attirèrent le mépris et l’indignation de toutes les personnes raisonnables. »


  1. Adrianus Romanus est le nom latin du mathématicien Adriaan van Roomen (Adrien Romain, Louvain 1561-Mayence 1615). Le problème qu’il soumettait était la résolution d’une équation de degré 45. La Responsum [Réponse] de Viète fut publiée en 1595 (Paris, Jamet Mettayer, in‑4o).

    Viète ne publia que cinq ans plus tard son :

    Apollonius Gallus, seu, exsuscitata Apollonii Pergæi περι Επαφων Geometria. Ad V. C. Adrianum Romanum Belgam.

    [Apollonius français ou la Renaissance de la Géométrie des Contacts [ii} d’Apollonius de Perge. {ii} Au très distingué Flamand Adrianus Romanus] {iii}

    1. Contact (Furetière) : « action par laquelle deux corps se touchent. Le contact de deux globes parfaitement sphériques ne se fait qu’en un point ; et pareillement, le contact de la ligne tangente et du cercle est supposé ne se faire qu’en un point, géométriquement parlant. »

    2. Mathématicien grec du iiie s. av. J.‑C. dont certaines démonstrations avaient été perdues.

    3. Paris, David le Clerc, 1600, in‑4o illustré de de 25 pages.

    L’affaire fit tant de bruit que Tallemant des Réaux en a brodé une historiette (Viète, tome i, pages 191‑192) :

    Du temps de Henri iv, un Hollandais, nommé Adrianus Romanus, savant aux mathématiques, mais non pas tant qu’il croyait, fit un livre où il mit une proposition qu’il donnait à < ré>soudre à tous les mathématiciens de l’Europe ; or, en un endroit de son livre, il nommait tous les mathématiciens de l’Europe, et n’en donnait pas un à la France. Il arriva, peu de temps après, qu’un ambassadeur des États vint trouver le roi à Fontainebleau. Le roi prit plaisir à lui en montrer toutes les curiosités et lui disait les gens excellents qu’il y avait en chaque profession dans son royaume. “ Mais, Sire ”, lui dit l’ambassadeur, “ vous n’avez point de mathématiciens, car Adrianus Romanus n’en nomme pas un de français dans le catalogue qu’il en a fait. – Si fait, si fait ”, dit le roi, “ j’ai un excellent homme : qu’on aille me quérir M. Viète. ” M. Viète avait suivi le Conseil et était à Fontainebleau ; il vient. L’ambassadeur avait envoyé chercher le livre d’Adrianus Romanus. On montre la proposition à M. Viète, qui se met à une des fenêtres de la galerie où ils étaient alors, et, avant que le roi en sortît, il écrit deux solutions avec du crayon. Le soir, il en envoya plusieurs à cet ambassadeur et ajouta qu’il lui en donnerait tant qu’il lui plairait, car c’était une de ces propositions dont les solutions sont infinies. »

  2. À Fontenay-le-Comte, capitale du Bas-Poitou.

  3. Erreur de de Thou sur la mort de Viète (1606 pour 1603), dont les recherches sur le calendrier sont intitulées :

    Francisci Vietæ Fontenæensis libellorum supplicum in Regia magistri Relatio kalendarii vere Gregoriani. Ad Ecclesiasticos Doctores. Exhibita Pontifici Maximo Clementi viii. anno Christi 1600. iubilæo.

    [Relation {i} de François Viète, maître de requêtes de l’Hôtel du roi, {ii} sur le calendrier véritablement grégorien, {iii} à l’intention des docteurs ecclésiastiques. Présentée à Clément viii, souverain pontife, {iv} en l’année jubilaire 1600].

    1. En 41 propositions.

    2. D’abord conseiller au parlement de Bretagne (reçu vers 1570), Viète avait été nommé maître des requêtes en 1580.

    3. V. supra notule {b}, note [2].

    4. De 1592 à 1605, v. note [2], lettre 47.

    5. Paris, Ioannes Mettayer, sans date, in‑4o, de 80 pages ; la lettre 3 de Joseph Scaliger citée dans la note [30] infra déclare que ce livre a paru en 1600.
  4. V. notes [10], notule {a}, du Patiniana I‑1, pour le cardinal Pietro Aldobrandini, [2], lettre 47, pour son oncle Ippolito, le pape Clément viii, et [10], lettre 45, pour le duc Charles-Emmanuel ier de Savoie, père de Victor-Amédée ier.

  5. Cette technique de codage secret porte toujours le nom de chiffre (Furetière) :

    « certains caractères inconnus déguisés et variés, dont on se sert pour écrire des lettres qui contiennent quelques secrets, et qui ne peuvent être entendus que par ceux qui sont d’intelligence et qui sont convenus ensemble de se servir de ces caractères. On en a fait une science qu’on appelle polygraphie ou stéganographie, {i} c’est-à-dire écriture diversifiée et obscure […]. On appelle chiffre à simple clef celui où on se sert toujours d’une même figure pour signifier une même lettre, ce qui se peut deviner aisément avec quelque application. Un chiffre à double clef est celui où on change d’alphabet à chaque ligne ou à chaque mot, et celui où on met des nulles {ii} et autres déguisements qui le rendent indéchiffrable. On appelle aussi chiffre {iii} l’alphabet que chacun des correspondants garde de son côté, qui leur sert à écrire et à déchiffrer leurs lettres. »

    1. Ou cryptographie.

    2. Lettres ou mots dénués de sens, ajoutés au texte pour en compliquer le décodage.

    3. Ou clé.
  6. Succession des guerres de Henri iv contre la Ligue (1589-1594) puis contre l’Espagne (1595-1599).

29.

Élisabeth Dolu (morte en 1610) en était à son troisième mariage quand elle devint, en 1608, la première épouse de Charles i Duret de Chevry (v. note [12], lettre 33), président à la Cour des comptes (A. Adam), fils aîné du célèbre médecin Louis Duret (mort en 1586, v. note [10], lettre 11). Le médecin que François Viète eût seul toléré à son chevet était Jean Duret (mort en 1629, v. note [3], lettre 149), autre fils de Louis et beau-frère de la présidente de Chevry.

François Viète était père de deux filles : l’aînée, Jeanne, fruit d’une union illégitime, était déjà mariée (avec Jean Gabriau, conseiller au parlement de Bretagne) à la mort de son père ; la cadette, Suzanne (morte en 1618 sans descendance), était la fille légitime de Viète et de son épouse, Julienne Leclerc. Ce fut apparemment Jeanne qui hérita des biens de son père.

Viète est ici présenté comme un athée : élevé dans la religion catholique, il y demeura officiellement fidèle jusqu’à sa mort ; mais les ligueurs le suspectèrent de fortes inclinations pour la Réforme, à laquelle plusieurs membres de sa famille s’étaient convertis.

30.

V. note [10], lettre 104, pour les prétentions nobiliaires de Joseph Scaliger. Sa correspondance renvoie de riches échos sur ses disputes avec François Viète. J’en propose trois extraits, tirés de sa Correspondence (Genève, 2012), qui expliquent et enrichissent le propos du Borboniana.

  1. Lettre de Scaliger à Jacques-Auguste i de Thou, du château de Preuilly (propriété de Louis Chasteigner de La Roche-Pozay, v. note [8], lettre 266), près de Loches en Touraine, le 17 novembre 1592 (volume 2, pages 271‑272) :

    « J’ai vu le magnifique épigramme du aussi bon géomètre que poète. Est-il possible de faire un plus brutal et asinin épigramme que ces deux ? Je vois une fois ce glorieux ignorant chez son cousin, qui a été pendu à Paris, où je le méprise fort car, en deux paroles, il découvrit son ignorance. {a} Or je suis très aise qu’il n’y a que les ânes qui s’attaquent à moi. Il me servira de tironer pour me mettre en appétit de faire des épigrammes lycambées. {b} Et de bonne fortune, voyant les barbarismes de ses vers et les fausses mesures, dans le jardin de ce château, j’ai craché ces deux distiques.

    In barbarismos et falsos modulos syllabarum Viettæ geometropoetæ.

    Mille poematio quod protentosus in uno
              Barbara menda crepas, falsaque metra pedum.
    Ambo Vietta, tuæ debes accepta referre
              Ista geometriæ, moribus illa tuis
    . {c}

    Mais il n’en est pas quitte pour cela. Quelque jour montrant τετραγωνισμον et μεσολαβιον adigam hominem ad suspendium. {d} Il faut que je fasse publier ses épigrammes, pour publier sa barbarie. Il lui est aussi facile de juger de la géométrie, comme il lui a été facile res agere illius quæ illi asello sustulit cornua. » {e}


    1. Il pourrait s’agir du méprisant « maître ès-arts » que citait ici le Borboniana : à Paris, où Scaliger, né en 1540, avait étudié pendant quatre ans (1558-1562), ce tout premier plus humble grade des universités était conféré par la Faculté des arts (Quatre-Nations) et autorisait l’impétrant à poursuivre ses études dans l’une des trois facultés supérieures (théologie, droit canonique, médecine, v. note [8], lettre 679) ; sa conversion à la Réforme (1562) et la furie des guerres de Religion l’auraient dissuadé de pousser plus loin sa formation académique officielle (licence et doctorat).

      Cet entretien, qui s’était déroulé au début des années 1590, dut être si houleux que Viète voulut laver les injures dont Scaliger l’avait accablé en faisant circuler des vers (grecs ou latins) brocardant rudement les talents littéraires et mathématiques de son antagoniste : mais les meilleurs scaligéristes ne sont pas parvenus à les exhumer. Ce fut le début d’une longue querelle scientifique entre les deux savants, portant notamment sur la quadrature du cercle, dont Scaliger croyait avoir trouvé la solution (v. infra notule {d}).

      Le Secunda Scaligerana (pages 455‑456) explique l’allégation de Scaliger sur le cousin de Viète qui aurait été pendu à Paris :

      « Monsieur Miron est lieutenant civil à Paris, il a épousé la fille de Brisson. {i} La femme de Brisson était comme sa fille, qui fut engrossée par un homme qui entretenait aussi la mère. Brisson la donna, la vache avec le veau, {ii} à un qui vendait le bois au bourreau, pour brûler et faire des potences. Cette fille accoucha au bout de trois mois ; la mère était fort laide. Baudius {iii} dit que Miron est fort bel homme, mais que non amatur ab uxore, {iv} qui s’adonne à d’autres. Barnabas Brisson était riche. Il avait beaucoup gagné par injustice. C’était un méchant homme, aussi bien que son cousin germain Viète. » {v}

      1. V. notes [9], lettre 211, pour François ii Miron, et [52] du Patiniana I‑4 pour Barnabé Brisson, président au mortier du Parlement, son épouse et son exécution par les ligueurs en 1591.

      2. « On dit qu’un nouveau marié a eu la vache et le veau quand il a épousé une fille grosse du fait d’autrui » (Furetière).

      3. Dominicus Baudius (v. note [30], lettre 195).

      4. « n’est pas aimé de sa femme ».

      5. Note de l’éditeur du Scaligerana, Paul Colomiès :

        « C’est Franciscus Vieta, grand mathématicien, que Scaliger n’aimait pas d’abord, parce que l’autre lui marquait ses chasses. [*] Depuis, ayant reconnu qu’il avait raison, il l’estima toute sa vie sans lui en rien témoigner. »

        [*] « Chasse, en termes de joueurs de paume, est une chute de balle à un certain endroit du jeu, qu’on marque, au delà duquel il faut que l’autre joueur pousse la balle pour gagner le coup […] ; les marqueurs sont faits pour marquer les chasses » (Furetière).
    2. « Lycambe, de l’île de Paros, père de Néobule, promit sa fille en mariage au poète Archiloque ; mais ne lui ayant point tenu parole, il irrita contre lui ce poète, qui fit éclater sa vengeance par des vers pleins de rage et de fiel ; Lycambe en fut accablé et se pendit de douleur » (Fr. Noël).

      Je n’ai trouvé nulle part un sens au mot « tironer » : peut-être est-il à rapprocher du latin tiro (tironis au génitif), « débutant ». Plus astucieusement, en relisant cette note, Marie-France Claerebout, propose une faute de transcription pour « timonier », « nom qu’on donne à chacun des chevaux qui sont au timon ; les autres se nomment chevaux de volée” (Littré DLF).

    3. « Sur les barbarismes et les fausses mesures des syllabes de Viète, le géométropoète.

      En un seul poème, tu accomplis la prodigieuse prouesse de faire retentir mille fautes barbares et erreurs de métrique.
      Pour les unes et pour les autres, tu dois réviser tes principes, aussi bien de tes mœurs que de ta géométrie. »

      On attaque souvent un adversaire sur la forme quand on refuse de convenir qu’il a raison sur le fond.

    4. « Je pousserai cet homme à la potence avec ma quadrature et mon mésolabe ».

      Ces deux termes mathématiques renvoient à deux principaux livres que Scaliger allait alors publier sur la quadrature du cercle :

      • Mesolabium… [Le Mésolabe…] (Leyde, Franciscus Raphelenghius, 1594, in‑4o) ; le mésolabe est un « instrument de mathématique composé de trois parallélogrammes, qu’on fait mouvoir dans une coulisse jusqu’à certaines intersections ; les Anciens l’ont inventé pour trouver mécaniquement deux moyennes proportionnelles, qu’on n’a pu encore faire géométriquement » (Thomas Corneille) ;

      • Cyclometrica elementa duo… [Deux principes cyclométriques…] (ibid. et id. 1594, in‑4o) ; la cyclométrie est la géométrie des cercles.

      Viète démantela entièrement les fumeuses démonstrations de Scaliger dans plusieurs ouvrages.

    5. « de régler les affaires de celle qui a attaché des cornes à ce petit âne » : c’est-à-dire l’épouse de Viète qui l’aurait fait cocu ; haineuse calomnie typique de Scaliger.

  2. Lettre de Scaliger à Dominicus Baudius, de Preuilly, le 23 mai 1593 (volume 2, page 317) :

    Audio a Thrasone rumusculos spargi de tergiversatione – ut ipse mentitur – mea. Tu audacter nega. Cui rei ut fidem faciam, ego quamprimum illi manu mea exaratam provocationem meam in mille aut mille ducentos aureos mittam.

    [J’apprends que Thrason {a} répand des rumeurs sur mes hésitations, mais il ment. Dites bien haut que c’est faux. Je lui prouverai ma bonne foi, je lui enverrai dès que possible mon défi, écrit de ma propre main, en y engageant un pari de mille ou mille deux cents écus]. {b}


    1. Surnom que Scaliger donnait à Viète, en référence au personnage d’un soldat fanfaron que Térence a ridiculisé dans L’Eunuque (v. note [32], lettre de Christiaen Utenbogard, datée du 21 août 1656).

    2. Pour vider leur querelle, Viète avait convié Scaliger à une confrontation publique de leurs points de vue mathématiques divergents. La dispute devait se tenir à Tours, mais elle n’eut jamais lieu car Scaliger y renonça.

  3. Lettre du même au même, de Leyde, le 17 novembre 1600 (volume 3, pages 524‑525) :

    « J’ai vu un gros pet qu’a fait Viète sur l’an grégorien. {a} J’ai bien ma revanche. Je savais bien qu’il ne sait rien que sa géométrie ; mais encore ne pensais-je point qu’il fût si ignorant. Il a appris de moi à écrire son nom. Il s’appelait Vieteus auparavant, et maintenant, il se nomme Franciscus Vieta, depuis qu’il a entendu que son anagramme faisait cur asinus faciet. {b} Je montrerai bien combien il est fat et ignorant, et plus encore cette pièce d’Allemand Clavius, qui n’a fait non plus rien qui vaille en son Apologie. {c} Sachez, Monsieur, qu’il n’y a aujourd’hui nul qui entende cette matière ; et voilà pourquoi ils nous veulent < du > mal, parce qu’ils n’ont jamais ouï parler de cela. Mais c’est trop parlé de cette matière. »


    1. V. supra note [28], notule {c} pour la Relatio kalendarii de Viète sur la réforme du calendrier grégorien, dont la date de parution est donc bien 1600.

    2. « pourquoi un âne inventerait-il quelque chose ? »

    3. Novi calendarii Romani Apologia, adversus Michaelem Mæstlinum Gappingensem, in Tubingensi Academia Mathematicum, tribus libris explicata. Auctore Christophoro Clavio Bambergensi e Societate Iesu.

      [Apologie du nouveau calendrier romain, contre Michael Mæstlinus, natif de Göppingen, {i} mathématicien de l’Université de Tübingen, exposée en trois livres par Christoph Clavius, {ii} natif de Bamberg, prêtre de la Compagnie de Jésus]. {iii}

      1. En Souabe.

      2. V. notule {a}, note [13], lettre 183.

      3. Rome, Sanctius et associés, 1588, in‑4o de 398 pages divisées en 3 livres.

      Jacques Gillot {i} a reparlé de cette Apologia à Scaliger dans la lettre qu’il lui a adressée de Paris, le 4 août 1606 (volume 6, page 501), disant que Viète l’avait vertement critiquée dans sa Relatio kalendarii, en pestant contre les « loyolites » :

      « Défunt Monsieur Viète a fait un livre contre Clavius, leur grand mathématicien, par lequel il le convainc d’ignorance crasse en cette science. Et l’épître est adressée à ces pères agrafés, {ii} par laquelle il les prie de ne trouver mauvais qu’il leur justifie son ignorance, et qu’il croit que, eux qui aiment la vérité, avoueront qu’il a raison, puisqu’il a trompé tant de gens. »

      1. V. note [22] du Borboniana 3 manuscrit.

      2. V. note [6], lettre latine 83.

31.

Jacques Aleaume (ou Alleaume, Orléans 1562-Charenton 1627) a été le secrétaire, le disciple et le continuateur de François Viète. Huguenot, il a mis, en alternance, ses talents de déchiffreur et d’ingénieur au service des Provinces-Unies et de la France. Moins productif que son maître, il a surtout excellé dans l’étude de la perspective géométrique.

Il n’avait pas de lien familial établi avec Claude Alleaume, procureur au Parlement de Paris (v. note [9], lettre 487).

32.

V. note [15], lettre 282, pour l’orientaliste Gilbert Gaulmin.

La langue punique, parlée dans l’Antiquité à Carthage (capitale proche de l’actuelle ville de Tunis) et dans ses colonies, était sémitique et cousine du phénicien.

Hannibal, prénom du plus célèbre général carthaginois (v. note [29], lettre 525), est ordinairement lié à une autre étymologie (Trévoux) :

« on ne peut douter que ce ne soit un nom punique. Cela supposé, il faut qu’il vienne du phénicien hhanna, qui signifie “ grâce ”, […] et de Baal, “ seigneur, maître, possesseur ”, et il signifie “ seigneur, ou maître de la grâce ”, c’est-à-dire, gracieux, plein de grâces. Ce qui confirme ceci, c’est que nous trouvons que des Hébreux ont aussi porté ce nom. Il est parlé dans Josèphe, livre xix, Antiq., ch. 7, {a} d’un juif nommé Annibal. » {b}


  1. Les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe (v. note [18], lettre 95).

  2. Les linguistes modernes donnent à Hannibal le sens de « celui qui a la faveur du dieu Baal », et à Barca, le surnom du chef punique, celui de « foudre ».

33.

V. note [10] du Borboniana 1 manuscrit pour Antoine Lefebvre de La Boderie.

Le dialogue latin se traduit ainsi :

– Le roi : « Que dites-vous de moi, Monsieur l’ambassadeur ? »
– L’ambassadeur : « Je dis que vous seriez le meilleur des rois si vous n’aviez pas fait mourir les catholiques. »

Le solécisme de l’Espagnol, qui fit rire Jacques ier, est dans la tournure nisi faceries mori [si vous n’aviez pas fait mourir], qui est espagnole (et française), mais étrangère au latin, où on dirait nisi necares : il y avait double faute, de vocabulaire (verbe necare, et non facere mori, dans sa forme infinitive présente) et de conjugaison (la concordance des temps demande le conditionnel présent, et non passé).

Une fois encore (v. supra note [30], première notule {c}), on se replie souvent sur la forme quand on a perdu sur le fond d’un argument ; mais la spirituelle repartie de l’ambassadeur montre qu’il n’était pas homme à se laisser aisément piéger.

34.

La France avait connu deux événements politiques majeurs en 1630 :

L’année 1631 fut marquée par la paix de Cherasco (6 avril), qui mit fin à la guerre d’Italie, et par l’exil définitif de la reine mère, hors du royaume de France (18 juillet).

35.

La reliure serrée du recueil manuscrit a escamoté les dernières lettres des lignes. J’ai reconstitué les mots incomplets [fragments mis entre crochets]. Deux de mes interpolations méritent explication :

Depuis 1328, les souverains anglais portaient le titre officiel de rois (ou reines) d’Angleterre, d’Irlande et de France : cette année-là, Édouard iii (1312-1377, couronné en 1327), qui était, par sa mère, petit-fils de Philippe le Bel, avait revendiqué la Couronne de France, tombée en déshérence avec la mort de Charles iv (1322-1328) ; ce fut l’une des causes de la guerre de Cent Ans (1337-1443). Quoique ce titre restât fictif, les Anglais s’en targuaient volontiers pour agacer les Français. En liant celle d’Écosse à ses couronnes d’Angleterre et d’Irlande, le roi Jacques fut le premier souverain à s’intituler roi de Grande-Bretagne.

Le dialogue entre Antoine Lefebvre de La Boderie et la reine Élisabeth ire se comprend sans peine.

En se plaignant « qu’il n’en mangeait par les chapons » (c’est-à-dire la plus délicieuse des viandes), Jacques ier voulait dire qu’il ne percevait pas les impôts payés par les sujets du roi de France. On disait « d’une terre usurpée par quelqu’un : “ ce n’est pas celui à qui elle appartient qui en mange les chapons ” » (Furetière).

36.

Ce fut lors de ce voyage, à Amiens, qu’eut lieu la fameuse rencontre entre Anne d’Autriche, la reine régnante, et le duc de Buckingham, qui a laissé de profondes traces dans l’histoire galante de la cour (v. note [21], lettre 403), sous les yeux de Marie de Médicis, la reine mère.

Le mariage de la princesse Henriette-Marie, sœur de Louis xiii, avec Charles ier, roi de Grande-Bretagne, avait eu lieu, par procuration, à Paris le 11 mai 1625.

37.

« depuis l’éternité ».

La cosmogonie d’Aristote se fondait sur l’éternité de l’univers (monde ab æterno), comme l’illustre, parmi bien d’autres, ce passage de la Métaphysique (livre xii, chapitre 8) :

« Mais puisque ce qui est mû est nécessairement mû par quelque chose, que le premier moteur est immobile dans son essence, et que le mouvement éternel est imprimé par un être éternel, et le mouvement unique, par un être unique ; puisque d’ailleurs, outre le mouvement simple de l’univers, mouvement qu’imprime, avons-nous dit, l’essence première et immobile, nous voyons qu’il existe encore d’autres mouvements éternels, qui sont ceux des planètes […] ; il faut alors que l’être qui imprime chacun de ces mouvements soit une essence immobile en soi, et éternelle. En effet, la nature des astres est une essence éternelle ; ce qui meut est éternel et antérieur à ce qui est mû, et ce qui est antérieur à une essence est nécessairement une essence. Il est donc évident qu’autant il y a de planètes, autant il doit y avoir d’essences éternelles […]. »

V. supra note [10] pour d’autres considérations sur la création et l’ancienneté du monde.

38.

« il faut assujettir l’intelligence à l’obéissance de la foi » (saint Paul, v. note [15], lettre Naudæana 1).

39.

Citation textuelle tirée de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin (première partie, question 32, La connaissance des personnes divines, article 1) :

« Prétendre prouver la Trinité des personnes par la raison naturelle, c’est faire doublement tort à la foi.

D’abord, c’est méconnaître la dignité de la foi elle-même, laquelle consiste à avoir pour objet les choses invisibles, c’est-à-dire qui dépassent la raison humaine. La foi, dit l’Apôtre (Heb. 11), porte sur ce qu’on ne voit pas. {a} Et l’Apôtre dit en la Première aux Corinthiens, chapitre 2, : “ Parmi les parfaits, nous parlons de sagesse ; ce n’est cependant pas la sagesse de ce monde, ni celle des princes de ce monde : nous parlons de la sagesse de Dieu, celle qui est cachée dans le mystère. ” {b}

Ensuite, c’est compromettre les moyens d’amener d’autres hommes à la foi. En effet, apporter en preuve de la foi des raisons qui ne sont pas nécessaires, c’est l’exposer à la dérision des infidèles, car ils pensent que c’est sur ces raisons-là que nous nous appuyons, et à cause d’elles que nous croyons. » {c}


  1. Saint Paul, Épître aux Hébreux, 11:1‑3 :

    « Or la foi est la garantie des biens que l’on espère, la preuve des réalités qu’on ne voit pas. C’est elle qui a valu aux Anciens un bon témoignage. Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce qu’on voit provient de ce qui n’est pas apparent. »

  2. Paul, Première Épître aux Corinthiens, 2:6-7. Par parfaits, dit une note de l’École biblique de Jérusalem (Bible, 1955, note e, page 1512), il faut entendre : « non pas un groupe ésotérique d’initiés, mais ceux qui ont atteint le plein développement de la vie et de la pensée chrétiennes. »

  3. Deux phrases complètent le propos de Thomas d’Aquin :

    Quæ igitur fidei sunt, non sunt tentanda probare nisi per auctoritates, his qui auctoritates suscipiunt. Apud alios vero, sufficit defendere non essse impossibile quod prædicat fides.

    [N’essayons donc pas de prouver les vérités de la foi autrement que par des arguments d’autorité, pour ceux qui les acceptent. Pour les autres, il suffit de défendre que ce que la foi annonce n’est pas impossible].


40.

« Voyez le Systema de Keckermannus, qui est tout empli de logique, page 4, ii, {a} et Fr. Sanchez, Quod nihil scitur, page 103. » {b}


  1. V. note [18], lettre 181, pour les sept livres du Systema physicum [Système physique (d’histoire naturelle)] (Dantzig, 1610) de Batholomäus Keckermann. La référence indiquée renvoie au chapitre ii, De materia corporis naturalis [La matière du corps naturel], du livre i, continens partem Physicæ generalem de corpore naturali universaliter sumpto [contenant cette partie générale de la physique qui traite du corps naturel saisi en son entier]. Le passage le plus pertinent me paraît néanmoins se lire dans le chapitre i, In quo Præcognita de definitione et divisione huius scientiæ [Où sont exposées les connaissances préliminaires sur la définition et la division de cette science] (note b, pages 2‑3) :

    Physica scientia omnibus reliquis partibus philosophiæ copiosor est et prolixior, quia hæc tam late patet, quam late patet tota rerum universitas sive mundus : deinde quia in nulla scientia aut Philosophiæ parte plures occurrunt controversiæ et agitata, quam in hac ipsa, adeo etiam ut Aristoteles potissimam noctis studiique nocturni et lucubrationis partem, teste Laërtio, Physicæ tribuerit ; et merito quidem. Quid enim aliud Physica est, quam naturalium rerum à Deo et eius ministra Natura productarum pia, devota et modesta cogitatio, meditatio et contemplatio, cuius adminiculo Dei potentiam agnoscere et vereri, sapientiam mirari, bonitatemque prædicare mens humana tenetur, ut præter Poëtas Ethnicos, homines pii grato animo agnoscunt. Et Paulus Apost. quoque diserte monet Rom. i. vers. 20. ubi ait ex creaturis visibilibus mentem humanam deduci ad cognitionem quandam invisibilium Dei attributorum, æternæ videlicet eius tum potentiæ tum divinitatis.

    [La physique est la plus copieuse et la plus longue de toutes les parties de la philosophie, parce que son étendue est aussi vaste que tout l’univers des choses, soit le monde entier ; mais aussi parce que dans aucune science ou partie de philosophie ne se présentent plus de controverses et de discussions que dans celle-ci ; à tel point qu’Aristote, au dire de Diogène Laërce, {i} a consacré la plus grande partie de ses nuits et de ses études nocturnes ou élucubrations {ii} à la physique, et ce à fort juste titre. De fait, hormis les poètes païens, les pieuses gens admettent avec reconnaissance que la physique n’est rien d’autre que les bienheureuses, dévotes et humbles réflexion, méditation et contemplation des choses naturelles que Dieu et la Nature qu’il gouverne ont produites : par son moyen l’esprit humain est incité à éprouver et à vénérer la puissance de Dieu, à admirer sa sagesse et à affirmer sa bonté. Et l’Apôtre Paul y incite expressément dans l’Épître aux Romains, verset 1:20, quand il dit qu’à partir des créatures visibles de Dieu, l’esprit humain acquiert quelque notion des créatures invisibles qui lui sont attribuées, c’est-à-dire de sa puissance et de sa divinité éternelles]. {iii}

    1. Légende rabâchée, brodée à partir du passage de la Vie d’Aristote (livre v, chapitre 15) où Diogène Laërce (v. note [3], lettre 147) dit simplement :

      « lorsqu’il s’endormait, on lui mettait une boule de bronze dans la main, au-dessus d’un bassin, afin que, quand la boule tombait de sa main dans le bassin, il fût éveillé par le bruit. »

    2. V. note [2], lettre de François Citois datée du 17 juin 1639.

    3. Le texte latin exact de ce verset (Vulgate) est :

      Invisibilia enim ipsius, a creatura mundi, per ea quæ facta sunt, intellecta, conspiciuntur : sempiterna quoque ejus virtus, et divinitas : ita ut sint inexcusabiles.

      [En effet, ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité sont, depuis la création du monde, rendues visibles à l’intelligence par le moyen de ses œuvres. Ils (les païens) sont donc inexcusables].

  2. V. note [29] du Patiniana I‑3, pour le traité de François Sanchez intitulé « Ce qu’on connaît n’est rien ». La page 103 de l’édition de Rotterdam (Arnold Leers, 1649, in‑12), à laquelle se référait ici curieusement le Borboniana (car elle a paru cinq ans après la mort de Nicolas Bourbon), correspond aux pages 53‑54 de l’édition de Lyon, 1581, in‑4o. Le sujet traité est la connaissance propre des choses :

    Cum nil dignius sit anima, nil excellentius hac unica cognitione. Quam si perfecta enim haberet, Deo similis esset : imo Deus ipse. Nec enim perfecte cognoscere potest quis, quæ non creavit. Nec Deus creare potuisset : nec creata regere, quæ non perfecte præcognovisset. Ipse ergo solus sapientia, cognitio, intellectus perfectus, omnia penetrat, omnia sapit, omnia cognoscit, omnia intelligit : quæ ipse omnia est, et in omnibus : omniaque ipse sunt, et in ipso. Imperfectus autem, et miser homnunculus quomodo cognoscet alia, qui seipsum non nossi potest, qui in se est, et secum ? Quomodo abstrusissima naturæ, inter quæ spiritualia sunt, et inter hæc anima nostra, quæ clarissima, apertissima, quæ comedit, quæ bibit, quæ tangit, quæ videt, quæ audit, penitus non intelligit ? Profecto quæ nunc cogito, quæ hic scribo, nec ego intelligo, nec tu lecta intellecta habebis. Iudicabis tamen forsan pulchre et vere dicta. Et ego talia existimo. Nil tamen uterque scimus.

    [Bien que rien ne soit plus noble, rien ne soit plus éminent que ce savoir, une âme qui le posséderait parfaitement serait semblable à Dieu, ou plutôt Dieu lui-même ; car nul ne peut connaître parfaitement ce qu’il n’a pas créé ; et Dieu n’aurait pu créer un tel être, ni diriger des créatures qu’il n’aurait pas conçues d’avance. Seules sa sagesse, sa science, sa parfaite intelligence pénètrent tout, sentent tout, savent tout, comprennent tout : lui-même est tout, et en tout ; tout est lui et en lui. Comment donc un misérable petit homme imparfait connaîtrait-il ce qui l’entoure, lui qui ne peut se connaître lui-même, lui qui est en lui-même et avec lui-même ? Comment notre âme comprendrait-elle les choses spirituelles, qui sont parmi les plus profonds secrets de la nature, et dont elle fait partie, quand elle ne comprend pas entièrement les choses les plus claires, les plus patentes : ce qu’elle mange, ce qu’elle boit, ce qu’elle touche, ce qu’elle voit, ce qu’elle entend ? Je ne comprends certainement pas ce que je pense maintenant, ce que j’écris ici ; et ayant lu ces mots, vous ne les tiendrez pas pour compris. Vous jugerez pourtant peut-être qu’ils sont sincèrement et élégamment dits ; et je les estime tels, mais ni vous ni moi ne savons rien].


41.

Cette phrase est ajoutée dans la marge du manuscrit, et il convient probablement d’en faire une addition de Guy Patin.

42.

« [Saint Thomas] ibid. question 46, tient ce propos : “ On ne doit pas à la seule foi de croire que le monde a eu un commencement, mais cela ne peut pas se démontrer ”, {a} et il assure savoir cela parfaitement, etc. (au bas de la page 60, et il répète cela page 91). {b} On peut donc croire que le monde a eu un commencement, mais on ne peut le démontrer ni le certifier. Il convient d’examiner cela attentivement, afin que celui dont c’est la foi, dans l’intention de démontrer, ne se hasarde à fournir des explications qui ne sont pas indispensables et qui donneraient aux infidèles matière à contredire, et à estimer que nous fondons notre croyance sur des raisons de cette sorte, qui appartiennent à la foi. »


  1. Même en y ajoutant un non qu’aurait caché le pli de la reliure, cette citation ne reproduit pas le propos exact de Thomas d’Aquin :

    Videtur quod mundum incoepisse non sit articulus fidei, sed conclusio demonstrabilis. Omne enim factum habet principium suae durationis. Sed demonstrative probari potest quod Deus sit causa effectiva mundi, et hoc etiam probabiliores philosophi posuerunt. Ergo demonstrative probari potest quod mundus incoeperit.

    [Que le monde a eu un commencement semble ne pas être un article de foi, mais une conclusion démontrable : toute chose créée a un début qui établit sa propre durée. Il est possible de prouver que Dieu est la cause effective du monde, et les philosophes dignes de foi ont aussi établi cela. On peut donc démontrer que le monde a eu un commencement].

  2. Je n’ai pas identifié celle des nombreuses éditions latines de la Somme théologique à laquelle se référait le Borboniana, mais un peu plus loin dans le même article, Thomas d’Aquin écrivait, parmi d’autres arguments à l’appui de sa démonstration :

    Præterea, certum est nihil Deo æquari posse. Sed si mundus semper fuisset, æquipararetur Deo in duratione. Ergo certum est non semper mundum fuisse.

    [Il est certain que rien ne peut égaler Dieu ; mais si le monde avait toujours existé, il égalerait Dieu en durée ; il est donc certain que le monde n’a pas toujours existé].


43.

« Sur la création du monde, voyez tout le chapitre i des Hypomnemata physica de D. Sennert. »

V. note [15], lettre 14, pour les « Mémoires sur la physique » de Daniel Sennert (Francfort, 1636) : le chapitre i (pages 1 ‑10) de la première des cinq sections, De Rerum Naturalium Principiis [Les Principes des choses naturelles], est intitulé Creationis Mundi notitiam Physico necessariam [La connaissance de la création du monde est nécessaire au physicien (naturaliste)] ; pour faire très court, le monde a eu un commencement, par la volonté de Dieu.

44.

« n’importe qui n’a pas la diligence requise pour aborder cette question.
Pour en discuter avec des incroyants, voyez Molina sur la première partie de saint Thomas, pages 464, repères C‑D, et 463. Pareillement, sur la question de l’éternité du monde, voyez : la Philosophia sobria de B. Meisnerus, tome i, page 760 ; Fridericus Wendelius, section 2 des Contemplationum physicarum, pages 221, 225, 224, 271, 272, 269, 274, 278 ; Casmann dans la Cosmopoeia, pages 28, 44, 93 ; Caspar Bartholin, dans son petit livre de Mundo, questions 9, 10, 11, 12, et dans sa Physica, page 37. »

Pour ces six références à cinq auteurs, je me suis contenté d’indications bibliographiques.

  1. Commentaria in primam D. Thomæ partem, in duos Tomos divisa. Quorum alter xxvi. Quæstionum Priorum expositionem continet, alter una cum reliquarum Quæstionum explicatione tractatum de Opere sex dierum complectitur. Autore Ludovico Molina, e Societate Iesu Sacræ Theologiæ Doctore et Professore. Adiectæ sunt huic secunda editioni eiusdem Autoris Disputationes, ad hanc primam partem D. Thomæ spectantes, ex libro Concordiæ liberi arbitrii cum Gratiæ donis, excerptæ….

    [Commentaires sur la première partie {i} de saint Thomas, divisés en deux tomes. Le premier contient l’exposé des 26 premières questions, et le second, le reste des questions ; complété par l’explication des traités sur l’Ouvrage de six jours. {ii} Par Luis Molina, {iii} professeur et docteur en théologie sacrée de la Compagnie de Jésus. À cette seconde édition ont été ajoutées les Disputations du même auteur portant sur cette première partie de saint Thomas, tirées du livre sur la Concorde {iv}) du libre arbitre avec les dons de la grâce…] ; {v}

    1. De la Somme théologique.

    2. La Création du monde.

    3. Concepteur du molinisme, v. note [10], lettre 263.

    4. Compatibilité, harmonie.

    5. Lyon, Jean-Baptiste Buysson, 1593, in‑fo de 858 pages.

    Les pages 464 (première colonne, repères C‑ D) et 463 traitent surtout des opinions sur le libre arbitre moliniste que Rome et les jésuites ont opposé à la prédestination défendue par saint Thomas (thomisme des dominicains) et saint Augustin (jansénisme ou augustinisme), et par les protestants.

  2. V. note [19], lettre latine 35, pour la troisième partie de la « Philosophie modérée » de Balthazar Meisner ; la première partie a été publiée à Wittemberg en 1614 et 1655.

  3. V. note [21], lettre 301, pour la section ii (Cosmologia [Cosmologie]) des « Contemplations physiques » (Hanau, 1625) de Markus Friedrich Wendelin.

  4. Othonis Casmanni Cosmopoeia et ουρανογραφια Christiana, seu Commentationum disceptationumque physicarum, syndromus methodicus et problematicus ii. de Mundo in genere, et Cœlo. Quarum omnium Methodicam adumbrationem statim in initio exhibet tabella. Ex Dei Verbo, Philosophis cum veteribus, tum recentioribus liberius philosophantibus methodice propositus et in capita distinctus.

    [Création du monde et Uranographie {i} chrétienne, d’Otho Casmannus ; {ii} ou deuxième recueil méthodique et problématique sur le Monde en général et sur le Ciel, dont la table, placée juste au début, fournit le plan méthodique de tout le contenu, qui est divisé en chapitres et méthodiquement établi à partir de la Parole divine et des sages, tant anciens que récents, qui ont philosophé très librement]. {iii}

    1. Description des cieux.

    2. Otto Casmann (Warburg vers 1562-Stade 1607), philosophe et théologien protestant allemand.

    3. Francfort, M. Zacharias Palthenus, 1598, in‑8o de 816 pages.

    Les pages citées appartiennent aux chapitres i, De mundi definitione et efficiente [Définition et construction du monde] et ii, De creatione, qua mundus cœpit, mundique fine [Création, la manière dont le monde a commencé et la fin du monde].

  5. Caspar i Bartholin {a} est auteur des deux derniers ouvrages cités :

    • De Mundo Quæstiones et Controversiæ nobiliores, ex sacro codice, rationibus atque experientiis formatæ ac firmatæ. Acessit brevis Uranologiæ summa, ex iisdem fundis fontibusque derivata,

      [Questions et controverses fort éminentes sur le Monde, exposées et résolues à partir de l’Écriture Sainte, et de ses raisonnements et expériences. Avec un bref sommaire de l’Uranologie, {b} tiré des mêmes fonds et sources] ; {c}

    • Enchiridion Physicum. Ex priscis et recentioribus Philosophis accurate concinnatum, et controversiis naturalibus potissimis, utilissimisque, illustratum. Cum duplici Indice, uno capitum, altero rerum et verborum.

      [Manuel de Physique, soigneusement composé à partir des philosophes anciens et modernes, et illustré par les controverses naturalistes les plus importantes et les plus utiles. Avec deux index, l’un de chapitres, et l’autre des matières et des mots]. {d}


      1. V. note [1], lettre 306.

      2. Étude du ciel.

      3. Rostock, Joachimus Pedanus, 1521 [sic pour 1621], in‑12 de 7 feuilles.

      4. Strasbourg, Eberhardus Zetznerus, 1625, in‑12 de 865 pages, divisé en 8 livres.

45.

« Ce Typhœus, qui porte crête comme un dragon, etc. »

V. note [38] du Patiniana I‑3, pour la transcription et la traduction complètes de cette méchante épigramme de Dominicus Baudius (v. note [30], lettre 195), qui avait à se plaindre de Typhœus, l’avocat François Pithou (Pithœus, v. note [2], lettre 50) frère de Pierre i (v. note [4], lettre 45).

46.

Joseph Scaliger a abondamment correspondu avec Pierre i Pithou ; après sa mort (en 1596), son frère François, ici qualifié par le Borboniana de « sévère et morose », eut une vive querelle avec Scaliger, qui s’en est expliqué dans sa lettre à Nicolas Rigault (v. note [13], lettre 86), datée de Leyde, le 17 janvier 1600 (Correspondence, volume 3, pages 373‑374) :

« En mes dernières, je pense vous avoir touché quelque chose de la déloyauté du Sieur Pithou, et de la barbarie dont il a usé envers moi. Faites-moi, Monsieur, ce plaisir, s’il vous plaît, à votre premier loisir, de savoir tout au long le discours que j’ai dressé à Monsieur Gillot, conseiller à la Cour. {a} J’en supplie autant tous mes autres bons seigneurs et amis, tant du Sénat que du barreau, d’y vouloir entendre. Je ne désire rien tant que d’être condamné par eux si j’ai tort. Tant y a que ledit Pithou est si outré de πλεονεξια {b} qu’il me retient mon labeur ; et pour excuse et prétexte de me le retenir, il m’allègue que je lui rende des inscriptions que feu son frère (plus homme de bien que lui) me prêta. {c} Pensez si c’est parler en jurisconsulte. Vous verrez ce que j’ai couché par écrit chez Monsieur Gillot. Or, il n’eût osé me faire un tel tour si j’eusse été aussi près de lui que j’en suis loin. Je lui eusse bien montré qu’un Gascon est trop impatient que d’endurer les chicaneries des Champenois, {d} et un homme de ma qualité, d’être bravé d’un tel homme stramentitius. {e} Pardonnez-moi si je vous parle d’un homme qui ne mérite n’être pas même regardé d’un homme de tel mérite que moi. Il le faut renvoyer au pays des Topinambous, {f} où il trouvera des hommes de ses mœurs, puisque parmi tant d’honnêtes hommes qu’il voit et fréquente tous les jours, il n’a pu apprendre aucun point de civilité. […] {g}

Tous ces livres, je les avais prêtés à feu de bonne mémoire Monsieur Cujas. {h}. Incontinent après sa mort, on y mit les griffes. Ces livres, avec autres, tombèrent entre les mains de feu Monsieur Pithou, je ne sais comment. Tant y a que la dernière lettre que ledit Sieur Pithou m’écrivit, peu avant sa mort, parla de me rendre tous ces livres. Je vous assure, Monsieur, que je respecte tant mes amis que quand il m’eût demandé ce Priscian conféré par moi {i} et qu’il eût usé de quelque courtoise demande, je lui eusse donné d’aussi bon cœur que, de mauvais trait, {j} il le retient. Il mieux estime me faire tort que d’entretenir notre amitié, de laquelle il est indigne, comme homme barbare et rustique : tel que, non seulement, l’avons toujours connu, mais encore, lui avons reproché familièrement ; de quoi, il n’en faisait que rire. Vous ne pouvez point ignorer quel il est : legitur in facie. » {k}


  1. Jacques Gillot (v. note [22] du Borboniana 3 manuscrit).

  2. Cupidité.

  3. Il s’agissait d’inscriptions que Pierre i Pithou avait relevées dans les archives de la ville de Périgueux et envoyées à Scaliger en 1593.

  4. Les frères Pithou étaient natifs de Troyes.

  5. Un homme de paille : « on appelle un homme de néant, un fort vêtu [homme portant beaux habits] qui se présente pour caution, un homme de paille » (Furetière).

  6. V. note [5], lettre 711.

  7. Suit une liste d’une demi-douzaine d’ouvrages rares et anciens retenus par François Pithou, mais dont Scaliger revendique la propriété.

  8. L’éminent juriste Jacques i Cujas (mort en 1590, v. note [13], lettre 106).

  9. Scaliger avait annoté un exemplaire des œuvres de Priscian (Priscianus Cæsariensis, grammairien latin du ve ou vie s.), un des livres que Pithou ne lui avait pas rendus.

  10. Malicieusement.

  11. « on le lit sur son visage. »

47.

Du mariage de Pierre i Pithou avec une dénommée Catherine Palluau, était née une unique fille, prénommée Marie.

La bibliothèque de François Pithou, léguée au Collège des oratoriens de Troyes, fait aujourd’hui partie des collections conservées par la Médiathèque Jacques-Chirac de cette ville. De 1603 à 1611, François Pithou avait été l’un des plus vigoureux opposants à l’installation d’un collège jésuite à Troyes (v. note [2], lettre 37).

V. notes :

48.

La précieuse Prosopographie des gens du Parlement de Paris (Popoff, nos 1596 pour les Loisel, et 1996 pour les Pithou) permet de débrouiller cet écheveau familial.

49.

V. note [20], lettre 146, pour le cardinal Jacques Davy Duperron, mort en 1618.

50.

La dernière phrase est ajoutée dans la marge de gauche ; j’en ai rétabli (entre crochets) les lacunes dues au pli de la reliure.

51.

« Ôtez ces statues de ma vue, je ne veux pas avoir d’auditeurs sourds et muets. » Cela se passait au Collège de Beauvais {a} où enseignait Pierre Ramus. {b}


  1. Presles-Beauvais, v. note [29], lettre 449.

  2. Pierre de La Ramée, v. note [7], lettre 264.

52.

V. supra note [24], pour la référence à l’Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou sur les deux Charpentier : Jacques, le rival de Ramus, qui profita de la Saint-Barthélemy pour se débarrasser de lui, et son fils Antoine i, qui fut roué pour haute trahison. Antoine ii, fils d’Antoine i, était collègue de Guy Patin à la Faculté de médecine de Paris, et fut même l’un de ses correspondants éphémères.

53.

« Voyez le livre de Hugo Grotius intitulé Defensio fidei Catholicæ de satisfactione Christi, in‑4o, Leyde, page 74. »

54.

« quelques fragments de poètes antiques. »

55.

« “ Il avait pris la fuite devant le bûcher de la rigoureuse Toulouse ;
et voilà que ce Muret m’a vendu de la fumée. ” {a}

Voyez Scaliger in Varronem de Re rustica, page 212, l’an 1573. {b} Voyez les Poemata de Joseph Scaliger, page 24, édition de Leyde, in‑12, 1615. {c} Voyez les Catalecta de Joseph Scaliger, page 189, etc. {d} Voyez les Poemata de Théodore de Bèze, page 74 b » {e}


  1. V. note [7] du Naudæana 2 pour ce distique acerbe de Joseph Scaliger, qui se vengeait de Marc-Antoine Muret, lequel l’avait humilié en lui faisant passer pour authentique une épigramme qu’il avait lui-même écrite, mais attribuée au poète latin Quintus Trabea, dont les œuvres ont disparu (v. note [19] de L’homme n’est que maladie).

  2. Josephi Scaligeri, Iulii Cæsaris F. Coniectanea in M. Terentium Varronem De lingua Latina. Appendix ad eadem nunc primum ab eo edita. Eiusdem Iosephi Scaligeri Notæ ad Varronis libros De re rustica.

    [Conjectures de Joseph Scaliger, fils de Jules-César, {i} sur La Langue latine de Varron. {ii} Avec un Appendice sur le même sujet, publié pour la première fois. Notes du même Joseph Scaliger sur les livres de Varron à propos de L’Agriculture]. {iii}

    Les notes de Scaliger sur le premier livre de Varron De re rustica (pages 211‑212) prouvent que, parlant du style de Plaute, le savant philologue est tombé à pieds joints dans le filet maillé par Muret :

    Producam autem locum veteris comici Trabeæ ex fabula Harpace, ubi hoc loquendi genus usurpatur, tum propter sententiæ elegantiam, tum etiam quia nondum vulgo noti sunt […].

    Quis enim tam aversus à Musis, tamque humanitatis expers, qui horum publicatione offendatur ? Quod si hi placent, non gravabor et alios eiusdem notæ, sed alius poetæ, adhibere, qui tanquam superiorum gemini et germani sunt.

    [Pour l’élégance de son style et parce qu’il n’a encore jamais été publié, je citerai pourtant un passage de l’ancien comique Trabea, tiré de son poème intitulé Harpax, {iv} où il recourt à cette manière de parler, (…). {v}

    Qui donc aurait une telle hostilité envers Muses et un tel manque de lettres pour s’offenser de leur publication ? S’ils plaisent, je ne serai point fâché d’en faire voir bien d’autres de la même veine, mais d’un autre poète, qui sont comme les frères jumeaux de ceux-là]. {vi}

    1. Joseph Scaliger (v. note [5], lettre 34) avait la curieuse habitude de s’abriter ainsi sous le nom de son père, Jules-César : cela témoigne d’un manque d’assurance, en singulier contraste avec la détestable arrogance du fils.

    2. V. note [1], lettre 14.

    3. Sans lieu ni nom [Henri Estienne], ni date [1573], in‑4o de 276 pages.

    4. Harpax est le nom d’un esclave voleur dans le Pseudolus de Plaute (mais son cas ablatif est Harpage, et non Harpace).

    5. Suivent les six vers de Muret cités dans la note [19] de L’homme n’est que maladie.

    6. Suivent les citations de plusieurs autres poètes latins moins douteux que Trabea. On imagine sans peine l’éclat de rire qui dut secouer Muret quand il lut cela.

  3. V. note [6], lettre 261, pour les Poemata omnia [Poèmes complets] (Leyde, 1615, mais in‑8o, et non in‑12) de Joseph Scaliger où se lit (viii, page 24) son féroce distique sur le bûcher de Toulouse auquel Muret aurait échappé, sous le titre amer de In Rumetum qui suos versus pro antiquis supposuerat [Contre Rumet (sic et à dessein), qui avait fait passer ses vers pour antiques].

  4. Catalecta Virgilii et aliorum Poetarum Latinorum veterum Poematia : Cum Commentariis Iosephi Scaligeri Iul. Cæs. fil.

    [Catalectes {i} de Virgile et petites pièces d’autres anciens poètes latins. Avec les Commentaires de Joseph Scaliger, fils de Jules-César]. {ii}

    1. Recueil de fragments.

    2. Leyde, Ioannes Maire, 1617, in‑8o de 348 pages ; précédemment publiés sous le titre de Publ. Virgilii Maronis Appendix, cum supplemento multorum antehac nunquam excusorum Poematum veterum Poetarum… [Appendice de Virgile avec un supplément de nombreux vers d’anciens poètes qui n’ont encore jamais été imprimés…] (Lyon, Guliel. Rovillius, 1573, in‑8o de 548 pages.

    Je n’y ai rien trouvé sur les faux vers de Trabea ni sur Muret, que ce soit à la page 189 ou ailleurs.

  5. Theodori Bezæ Vezelii Poemata varia. Silvæ. Elegiæ. Epitaphia. Epigramma. Icones. Emblemata. Cato Censorius. Abrahamus Sacrificans. Canticum Canticorum. Omnia ab ipso Auctore in unum nunc Corpus collecta et recognita…

    [Poèmes divers de Théodore de Bèze, natif de Vézelay : {i} Silves, Élégies, Épitaphes, Épigrammes, Portraits, Emblèmes, Caton le Censeur, Abraham sacrifiant, Canrique des Cantique. L’auteur a lui-même revu le tout et l’a maintenant réuni en un seur recueil…]. {ii}

    1. Émule de Calvin à Genève, v. note [28], lettre 176.

    2. Genève, Jacobus Stoer, 1614, in‑8o illustré de 410 pages.

    Aux pages 74 b (vo)‑ 75 a (ro), est imprimée une épitaphe intitulée M. Antonii Mureti Lemovicis, Romanam civitatem suis virtutibus promeriti, Memoriæ [À la mémoire de M. Antoine Muret, natif du Limousin, dont les vertus ont amplement mérité la qualité de citoyen romain] ; elle est cruelle mais factuellement exacte :

    Gallia quod peperit, pepulit quod Gallia monstrum :
    Quem Veneti profugum non potuere pati,
    Muretum esse sibi civem iussere Quirites,
    Et tumulo extinctum composuere suo,
    Vivere nam potius qua debuit urbe cynædus ?
    Impius et quanam dignius urbe mori ?

    [La France a engendré ce qu’elle a chassé comme étant un monstre. Les Vénitiens n’ont pu souffrir ce fuyard, mais les Romains ont décidé de donner la citoyenneté à Muret, et quand il est mort, ils lui ont bâti un tombeau, car en quelle autre ville un sodomite eût-il préféré vivre ? En quelle ville un impie meurt-il plus honorablement ?]


56.

Lambertus Ludolfus Pithopœus (Lambert Ludolph Helm, Deventer 1535-Heidelberg 1596), humaniste luthérien, a enseigné la poésie et l’éloquence latines à l’Université de Heidelberg.

Entre autres ouvrages, il a publié un recueil intitulé Poematum Libri iv [Quatre livres de Poèmes]. {a} Ce vers (mis en exergue dans ma transcription) est le dernier de l’épigramme intitulée In M. Antonium Muretum, Oratorem et Poetam præstantissimum [Contre Marc-Antoine Muret, très éminent orateur et poète] (page 430) :

Gloria sermonis, Tulli, tibi prima Latini
Debetur. post hunc prima, Murete, tibi.
Si tam casti essent mores, quam lingua diserta,
Quem tibi præferrem, nemo, Murete foret.
O utinam non hac despectus parte iaceres
.
Moribus est castis lingua diserta minor.

xvii. kalend. Ianuar. 1582

[À toi, Cicéron, est due la première gloire de la langue latine. Après lui, c’est à toi, Muret, qu’elle revient. Si tes mœurs étaient aussi irréprochables que ta langue est habile, il n’y aurait personne, Muret, à qui je te préférerais. Pût ce travers ne t’avoir pas jeté dans le mépris ! Une langue habile vaut moins que des mœurs irréprochables.

Le 16 décembre 1581].


  1. Spire [Neapoli Nemetum], Matthæus Harnisch, 1585, in‑8o illustré de 446 pages.

Le Manuscrit de Vienne (v. note [12] de l’Introduction aux ana de Guy Patin) cite aussi ce vers et explique son contexte (pages 243‑244) :

« Entre les Oraisons de Muret il y en a une sur la mort de Charles ix, qui commence ainsi :

Hoc igitur unum restabat adflictis ac pene prostratis infelicis Galliæ rebus, ut Carolus Rex, quo se illa recreabat ac solabatur uno, de quo cogitans, in quem intuens, omnium quas excepit acerbitatum memoriam deponebat, cum bonorum animos ad aliquam spem quietis erigere cœpisset, in ipso ineuntis adolescentiæ flore, acerba atque immatura morte raperetur ? O fallaces hominum spes ! O incerta vota ! O lubrica et ancipitia humanæ vitæ curricula ! etc. {a}

Il y en a quelques-uns, Mureti gloriæ plus æquo faventes, {b} qui disent que Muret fit cette harangue funèbre sur-le-champ devant le Pape ; {c} ce que je ne crois pas. Cette première période, qui est si longue, démontre bien le contraire. C’est dans cette harangue qu’il a si haut loué le massacre de la Saint-Barthélemy ; {d} à cause de quoi les Allemands ont tant médit de Muret, l’appelant sodomite, etc. Même, un certain Lambertus a fait des épigrammes contre lui, dont voici un vers :

Moribus est castis lingua diserta minor. » {e}


  1. M. Antonii Mureti Orationum Volumina duo [Deux volumes des Discours de Marc-Antoine Muret], {i} Habita Romæ Anno m d lxxiv. Oratio xxiiii. In funere Caroli ix. Gallorum Regis [Discours xxiv prononcé à Rome l’an 1574. Sur les funérailles de Charles ix, roi de France], volume 1, pages 309‑319 :

    « Les malheureuses affaires de la France, déjà désolantes et presque à l’abandon, n’avaient-elles donc plus qu’à subir le trépas cruel et prématuré du roi Charles, à peine entré en la fleur de son âge, {ii} lui dont l’unique délassement, l’unique réconfort, était la pensée et la perspective, en écartant le souvenir de tous les malheurs qu’il avait endurés, d’avoir commencé à élever les esprits des honnêtes gens vers un espoir de calme ? Ô perfides espérances des hommes ! Ô vœux incertains ! Ô cours glissants et douteux de la vie humaine ! »

    1. Lyon, 1613, v. note [6], lettre 851.

    2. Charles ix était mort de probable tuberculose (mais avec soupçon de poison) le 30 mai 1574, en sa 23e année d’âge.

  2. « louant la gloire de Muret au delà du raisonnable ».

  3. Grégoire xiii, v. note [2], lettre 430.

  4. Le reste du discours, dont le début est traduit dans la notule {a} supra, loue le courage et la constance du roi à défendre la foi catholique, et blâme hautement les trahisons et la perfidie des réformés ; ce qui revient à justifier, sans les nommer, les massacres de la Saint-Barthélemy (v. note [30], lettre 211).

  5. Les Bibliothèques françaises de La Croix du Maine et de Du Verdier, sieur de Vauprivas (Paris, 1772) citent aussi ce vers dans leur article sur Muret (tome second, page 77) :

    « Un poète allemand, nommé Lambertus, fit des vers contre lui, sur ce qu’il [Muret] avait dit qu’il voudrait avoir été damné un mois, et avoir fait les Géorgiques. »

57.

V. la note [11] de la lettre de Caspar Hofmann, écrite au printemps 1646, pour ses Commentarii in Galeni de Usu partium corporis humani lib. xvii [Commentaires sur les 17 livres de Galien concernant l’Utilité des parties du corps humain (v. note [13], lettre 254)] (Francfort, 1625). La référence à ce livre est sans doute à attribuer à Guy Patin, car il a labouré en tous sens les ouvrages de Hofmann et était bien plus fin connaisseur de ce livre que ne devait l’être Nicolas Bourbon.

Hofmann y critique en effet Muret dans une parenthèse de son commentaire sur un passage où Galien (livre v, chapitres xx‑ xxi) parle de la loi que les Égyptiens avaient prononcée contre les paresseux (page 127, première colonne, lignes 6‑10) :

[…] Isocrates (tu dispice, cui ex tribus, de quibus Muretus in frontispico Variarum, transcribere placeat) […]

(…) Isocrate {a} (à toi, lecteur, de trouver celui des trois dont Muret trouve bon d’écrire dans le tout premier chapitre de ses Variarum) (…)] {b}


  1. Isocrate d’Athènes (v. seconde notule {b}, note [2], lettre 157) est auteur du manifeste intitulé l’Aréopagitique, auquel Hofmann se référait ici.

  2. L’allusion de Hofmann renvoie au chapitre i, livre i (pages 9‑10), intitulé Tres Isocrates. Cuius sit παραινεσις ad Demonicum, indicatum [Les trois Isocrate. Auquel attribuer les Conseils à Demonicus], des :

    M. Antonii Mureti Variarum lectionum libri xv. Ad Hippolytum Estensem Cardinalem ac Principem Illustrissimum.

    [Quinze livres de Diverses leçons de Marc-Antoine Muret, adressées à Hippolyte d’Este, {i} très illustre cardinal et prince]. {ii}

    Un anonyme « membre de l’université », auteur d’une anthologie des Orateurs et sophistes grecs, {iii} a donné raison à Muret :

    « Deux autres orateurs ont porté le même nom qu’Isocrate : l’un, originaire d’Apollonie, dans le Pont, fut disciple de l’illustre rhéteur athénien ; {iv} le second fut, dit-on, l’ami de Denys d’Halicarnasse. D’après le témoignage d’Harpocration, plusieurs critiques ont attribué les Conseils de Démonique à Isocrate d’Apollonie. »

    1. V. note [32] du Borboniana 6 manuscrit.

    2. Anvers, Christophorus Plantinus, 1586, in‑8o de 325 pages.

    3. Paris, Charpentier, 1842, introduction aux Conseils à Démonique (page 172).

    4. Auteur de l’Aréopagitique.

58.

Quoique très friand des œuvres du P. Théophile Raynaud et admirateur de son immense érudition, Guy Patin a porté exactement le même jugement que le Borboniana sur son latin (v. notes [6], lettre 298 et [18][19], lettre 605) : parallèle avec celui de Juste Lipse, « qui est d’un style tout à fait indigent » (mais Patin n’est pas allé jusqu’à proférer ce jugement) ; « faire provision de marée le vendredi saint » (être hors de mode et de saison, v. note [10], lettre 88).

Bayle sur le P. Raynaud :

« Il était fort estimé de Monsieur Patin, et l’on trouve qu’il en a été un peu trop loué, et qu’à l’égard de son style, il n’en a pas été bien repris, car il n’est pas vrai : qu’il imitât Juste Lipse ; qu’il courût après les vieux mots ; et qu’il aimât déterrer certaines phrases obscures et abandonnées, ce qui a été le défaut de quelques auteurs qui ont encouru les justes censures des gens de bon goût. »

Les longues notes H et I de Bayle nuancent toutefois les critiques sur les défauts littéraires du P. Raynaud (v. note [18], lettre 605).

59.

Un gâte-bois est une variété de gâte-métier : « gâte-pâte, gâte-plâtre, gâte-bois, gâte-cuirs, se dit des compagnons ignorants qui gâtent les matières qu’ils emploient ; et surtout, un gâte-papier se dit d’un mauvais auteur » (Furetière).

Être vain à langues est une locution inédite, que j’entends comme voulant dire : parler sur des sujets vains (sans intérêt) ; parler pour ne rien dire.

Les biographies de Théophile Raynaud que j’ai feuilletées commencent toutes à son entrée chez les jésuites (1602), sans parler de sa jeunesse ni de sa famille. Dans sa lettre du 13 mars 1665 à André Falconet (v. sa note [1]), Guy Patin a annoncé une Vie du R.P. Raynaud que voulait composer son collègue, le P. Jean Bertet, éditeur des Theophili Renaudi Opera omnia [Œuvres complètes de Théophile Raynaud] en 19 volumes in‑fo (Lyon, 1665, v. note [6], lettre 736) ; elle n’a pourtant jamais vu le jour. Ce qu’en dit le Borboniana est sans doute original, mais invérifiable et donc à prendre avec la plus grande circonspection : sa 5e partie (v. sa note [5]) est en effet revenue sur cette question, mais en fournissant des informations nettement plus honorifiques ; la discordance pourrait tenir au fait que les deux propos aient eu un auteur différent, Guy Patin pour l’un, et Nicolas Bourbon pour l’autre.

60.

« qui mourut professeur de droit à Angers ».

V. note [5], lettre latine 259, pour Pierre Valens, professeur royal de grec.

Le siège et la prise de Groningue par Maurice de Nassau, décisifs pour la construction des Provinces-Unies, n’eurent pas lieu en 1590, mais en juillet 1594.

Je ne suis pas parvenu à mieux identifier le dénommé Maynard, originaire de Frise, qui a professé le droit à Angers.

61.

Élie Vinet (Elias Vinetus, Barbezieux 1509-Bordeaux en 1587), érudit et historien français, doit son renom à son disciple Joseph Scaliger et aux :

Ausonii Burdigalensis, Viri Consularis, omnia, quæ adhuc in veteribus bibliothecis inveniri potuerunt, Opera. Ad hæc. Symmachi, et Pontii Paulini litteræ ad Ausonium scriptæ tum Ciceronis, Sulpiciæ, aliorumque quorundam veterum carmina nonnulla, cuncta ad varia vetera novaque exemplaria hac secunda editione emendata, commentariisque auctioribus illustrata, per Eliam Vinetum Santonem, Iosephum Scaligerum, et alios, quos pagina tertia indicat. Indices duo subiuncti præfationi, scriptorum hic contentorum, rerum et verbiorum. Adiunctum est et Chronicon rerum Burdigalensium Gabrielis Lurbæi.

[Toutes les Œuvres d’Ausone, {a} consul natif de Bordeaux, telles qu’on a pu les trouver à ce jour dans les anciennes bibliothèques. Avec les lettres que Symmachus et Pontius Paulinus ont écrites à Ausone, ainsi que quelques poèmes de Cicéron, {b} de Sulpicia et de certains autres anciens. Seconde édition où tout cela a été corrigé, en conformité avec les anciens et nouveaux exemplaires, par Élie Vinet, natif de Saintonge, Joseph Scaliger et d’autres, dont la troisième page indique les noms. On y a ajouté : après la préface, deux index, des auteurs cités, et des matières et des mots ; ainsi que la Chronique des affaires bordelaises par Gabriel Lurbæus]. {c}


  1. V. note [9], lettre 335.

  2. Quintus Tullius Cicero (v. note [4], lettre 324), frère de l’orateur (Marcus Tullius).

  3. Bordeaux, S. Millange, 1590, in‑4o ; précédente édition ibid. et id. 1575 et 1580, deux tomes in‑4o

Vinet avait étudié à Paris, puis à Bordeaux auprès d’André de Gouveia (Andreas Gouveanus, curieusement déformé en Goudan dans le Borboniana ; Beja, Portugal 1497-Coimbra 1548), humaniste franco-portugais, à qui le roi du Portugal, Jean iii (qui a régné de 1521 à 1557), avait confié en 1537 le soin de fonder l’Université de Coimbra (Conimbre en ancien français). Vinet l’y avait rejoint avec l’Écossais George Buchanan (v. supra note [13]) en 1547, mais la mort de Gouveia écourta leur séjour.

62.

« quand son père était encore en vie ».

Dans cette phrase, paraître, « se faire distinguer des autres, éclater davantage » (Furetière), et à prendre au sens de briller.

V. note [49] du Patiniana 4 pour Jacques ii Cujas, fils unique de Jacques i, né de son premier mariage, en 1557, avec Magdalena Roria Franc. Avenionensis Doctoris medici filia [Madeleine du Roure, fille de François, docteur en médecine d’Avignon] (Iacobi Cuiacii iureconsulti Vita [Vie de Jacques Cujas] écrite par Jean-Papire Masson (Paris, Sébastien Nivelle, 1590, une feuille in‑4o).

63.

V. note [50] du Patiniana I‑4, pour Suzanne, née du second mariage de Jacques i Cujas, et qui avait une solide réputation de débauchée. Le Borboniana médisait ici sur la suite de sa triste existence. Les archives et généalogies que j’ai consultées établissent que :


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Ana de Guy Patin : Borboniana 2 manuscrit

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8203

(Consulté le 25/02/2024)

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