L. 17.  >
À Claude II Belin,
le 6 février 1634

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Monsieur, [a][1]

C’est avec beaucoup de regret et de ressentiment de votre perte [2] que je vous écris la présente ; [1] ce que j’eusse fait plus tôt si la nouvelle que j’en ai apprise ne m’eût tellement étonné que j’ai été plus de huit jours sans me pouvoir résoudre d’en mettre la main à la plume, sachant bien que mon style n’est guère consolatif, et vous prie de n’en attendre de moi aucune, [2] vu que moi-même, à cause de vous, en aurais besoin, et ne m’en veux mêler, de peur de ressembler à ces anciens ambassadeurs grecs qui, après le deuil passé de la mort du fils de Tibère, [3] vinrent pour consoler le père qui se moqua d’eux ; [3][4][5] et prie Dieu que n’en ayez plus guère besoin quand vous recevrez la présente. La mauvaise disposition de ses entrailles, son mauvais foie et sa triste et pâle couleur ont été capables de vous avertir du malheur qui la suivait de près ; et croyant bien que l’avez prévu, cela vous doit servir à modérer votre douleur, ayant reconnu qu’il n’y avait point de remède. Prava diathesis iamdudum fixa in hepate, summam vitæ brevem pollicebatur, spemque vetabat inchoare longam[4][6] Pour vous le dire en un mot, j’en porte le deuil comme vous et en ai un grandissime regret, et vous puis assurer que ma femme même en a été fort touchée. Je voudrais bien avoir ou savoir quelque chose qui fût capable de vous consoler. [7] Il n’y a rien ici de nouveau. Le marquis de Coislin, [8][9] fils aîné de M. de Pont-Château, [10][11] parent de M. le Cardinal, [12] épousa avant-hier la fille aînée de M. le garde des sceaux[13][14][15][16] moyennant une dot de 100 000 écus[5] M. de Bullion [17][18] est en mauvaise posture aux finances et a reçu de gros mots, qui sont les précurseurs d’une grande disgrâce qui s’en va lui venir. [6] L’évêque d’Orléans [7][19][20] est ici fort malade d’une pierre dans le rein [21][22] quæ ischuriam iam triduo perseverantem intulit[8] Je vous envoie un livre nouveau, plein de paradoxes assez gentils, et souhaite qu’en sa lecture il vous donne du divertissement. J’attendais toujours à l’avoir pour vous écrire, mais le privilège nous a retardés. Dans le milieu dudit livre, vous trouverez le portrait de M. François, [9][23] auteur du Pantagruélisme, que Monsieur votre petit frère [24] m’a demandé pour vous. [10] Je vous prie de recevoir l’un et l’autre de bonne part, comme venant d’un de vos plus fidèles amis. Hier au matin, le premier président [25] trouva sur son siège, [11] y prenant place, un petit sac de cuir dans lequel était contenu un nouveau manifeste de Monsieur ; [12][26] lequel Messieurs de la Cour jugèrent qu’il fallait envoyer au roi, [27] ce qui fut exécuté. Hier au soir, un honnête homme m’apporta céans en mon absence votre gummi hederæ[13][28] duquel je vous remercie. J’ai bien du regret que je n’aie vu cet honnête homme qui a pris la peine de me l’apporter. Le jeudi gras, [14] M. Bouvard, [29][30] premier médecin, présidera ici à une thèse [31] de aquarum mineralium facultatibus[15] opposée à celle que vous avez emportée de M. Piètre. [16][32][33] Nous verrons si elle sera aussi bien faite que la première. Je ne manquerai de vous en envoyer une dès l’heure même, et me ferez la faveur de m’en dire votre jugement. Le bonhomme Piso, [34] auteur du livre de serosa colluvie[17] est mort cet été passé à Nancy en Lorraine. [18][35] On commence à imprimer ici les Conseils de médecine de feu M. Baillou, [19][36][37] qui mourut en 1616, l’ancien de notre Faculté ; [20][38][39][40] je crois que ce sera une fort bonne pièce car il était fort savant, et ce que j’en ai vu m’a beaucoup plu. Je vous prie de remercier Monsieur votre frère [41] de celle qu’il lui a plu m’écrire ; quand j’aurai quelque chose digne de lui, je ne manquerai de lui écrire en lui envoyant. Je vous baise les mains, à Madame votre mère [42] et à Madame votre sœur, lesquelles j’ai eu le bonheur de voir ici, et suis, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De votre [21] maison de Paris, ce 6e de février 1634.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 6 février 1634

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(Consulté le 23.10.2019)